David et Jonathas Tragédie biblique H. 490 Livret du Père François de Paule Bretonneau représenté au Collège Louis-le-Grand à Paris le 28 février 1688
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OUVERTURE SUJET DU PROLOGUE Il est rapporté dans la sainte Ecriture, que Saül, voiant que le Ciel ne lui répondoit point touchant le succès de le Bataille, qui se devoit donner contre les Philistins, se déguisa, et alla consulter une Pythonisse. Elle fit paroitre Samüel, qui prédit à Saül sa mort, celle de ses enfans, et le couronnement de David, qu'il persécutoit. La pythonisse en voiant Samüel fut effrayée, le prenant pour un Dieu; et elle reconnut au même temps Saül. On suppose Saül chez la Pythonisse. ACTEURS DU PROLOGUE Saül, Roy des Israëlites L'ombre de Samüel Une pythonisse Troupe de Démons
PROLOGUE Scène première SAÜL Où suis-je ? qu'ai-je fais ? le ciel prest à frapper Peut-être en ce moment n'attend qu'un nouveau crime. D'un trop juste couroux malheureuse victime, Au bras qui me poursuit puis-je encor échapper ? Fuions, fuions... que dis-je ? Et mon âme incertaine Ne pourra-t -elle enfin jamais se rassurer ? Parle; de tes bontez que faut il espérer ? Que dois-je craindre de ta haine ? Hélas ! Rien ne répond ! desespéré, confus... Ah ! cessez vains remords que je n'écoute plus. C'est trop, c'est trop attendre : Achevons; l'Enfer seul doit m'annoncer mon sort. Puisque le Ciel toujours refuse de m'entendre, Je viens chercher ou la vie, ou la mort. Scène seconde Saül, La Pythonisse SAÜL Dois-je enfin éprouver le secours de vos charmes ? LA PYTHONISSE Allez, allez, l'Enfer va répondre à vos voeux. SAÜL Après de mortelles allames Il est l'unique espoir qui reste aux maheureux. SAÜL ET LA PYTHONISSE Après de mortelles allarmes Il est l'unique espoir qui reste aux malheureux. Scène troisième LA PYTHONISSE Retirez-vous affreux tonnerre. Orages calmez-vous. Vents soumis à mes lois, Que rien ne trouble ici la terre : Je veux jusqu'aux Enfers faire entendre ma voix. Et vous que j'ai formés, venez nuages sombres Dans vos voiles épais ensevelir ces lieux. Répands, obscure nuit, et l'horreur et les Ombres : L'Enfer ne peut souffrir la lumière des Cieux. Qu'entends-je ? sous mes pas la terre tremble. Tout m'obéit; tout cède à mes charmes Vainqueurs. Esprits que mon ordre rassemble, Venez, venez, Démons, secondez mes fureurs Une troupe de démons se présente à la Pythonisse; et elle appelle Samüel. Ombre, c'est moi qui vous appelle. En vain dans le séjour des morts Vous goûtez les douceurs d'une paix éternelle : Reconnaissez ma vois, cédez à mes efforts. Ombre, c'est moi qu ivous appelle. Les Démons qui s'étaient prosternés, témoignesnt à la Pythonisse que rien ne paraît. Quoi! je parle, et l'Enfer autrefois si Fidelle Commence en ce moment à ne plus m'écouter ! Quel transport me saisit? la mort, la mort cruelle Pour la première fois à pû me résister ! Elle n'a point de loi qui vous doivez arrester, Ombre, c'est moi qui vous appelle. Les Démons disparaissent. Une subite horreur leur fait quitter ces lieux ! Qu'ont-ils veû ?... que vois-je paroitre? ( A Saül ) Un Dieu, seigneur, un Dieu se présente à mes yeux ! Et je commence, hélas ! trop tard à vous connoitre Samüel paroit, et Saül rentre au cri de La Pythonisse. Scène quatrième L'Ombre de Samüel, Saül, La Pythonisse L'OMBRE Quelle importune voix vient troubler mon repos ? SAÜL Dans la vive douleur dont mon ame est atteinte, Vous que je vis toujours si fensible à mes maux, Hélas! daignez entendre encor ma triste plainte. L'OMBRE Temeraire où vas-tu ? quel criminel effort T'a fait précipiter et ta honte et ta mort ? Enfans, Amis, Gloire, Couronne, Le Ciel va te ravir tout ce qu'il t'a donné. Après tant de faveurs, ingrat, il t'abandonne, Comme tu l'as abandonné. Samüel disparoit Scène cinquième Saül, La Pythonisse SAÜL Est-ce assez ? ai-je enfin épuisé ta colère ? Juste ciel ! as tu mis le comble à ma misère ? Et la Terre et l'Enfer conspirent contre moi ! Tonne, frappe; c'est tout ce que j'attends de toi. LA PYTHONISSE Saigneur... SAÜL J'entends déjà la foudre sur ma teste... Sur moi, sur Jonathas elle doit éclater. Le sceptre que je perd, David le va porter ! Qu'il jouïsse à son grès d'une injuste conqueste : Dieu vangeur à tes coups je me vais présenter. ( OUVERTURE ) ( reprise ) FIN DU PROLOGUE. SUJET DE LA TRAGEDIE Saül poursuivant David, perdit la bataille qu'il donna contre les Philistins. Jonathas fils de Saül et ami de David y fut tué. Saül le perça lui-même de son épée. La mort de Saül et celle de Jonathas firent avoir la couronne à David. ACTEURS Saül, Roy des israelites Jonathas, fils de Saül Troupes de guerriers et de captifs de Peuple et de pasteurs que David a délivrez Achis, Roy des Philistins David, persécuté par Saül Joadab, un des chefs de l'armée des Philistins, ennemy de David Choeur, de la suite de Saül, d'Achis, de David, de Jonthas et de Joadab. ACTE PREMIER David aiant vaincu les Amalécites est rappellé dans le Camp des Philistins, d'où il avoit été renvoyé par la jalousie des Chefs de l'armée. Une troupe de Guerriers, de Captifs, et de Pasteurs qu'il a délivrez, commencent par chanter ses louanges. Achis, auprès de qui il s'étoit auparavant retiré, va le recevoir hors du Camp, et lui apprend, que là même il doit y avoir une conférence entre Saül et lui, pour délibérer ensemble, si l'on fera la Paix, ou si l'on donnera Bataille. ( Marche Triomphante ) Scène Première Troupes de guerriers, de pasteurs et de captifs UN GUERRIER Du plus grand des Héros publions les exploits; Peuples, Guerriers, Pasteurs il fait cesser vos peines. Et vous qu'il a vaincus, Captifs brisez vos chaines, L'amour, le seul amour nous soumet à ses lois. UN BERGER Le Ciel dans nos bois le fit naître; Et jamais au bord des ruisseaux Dans nos jeux innocents on ne le vit paraitre Qu'avec mille charmes nouveaux. Vainqueurs des fiers lions, content de sa victoire, Aux douceurs de son sort il bornoit tous ses voeux. Ah! peut-être avec moins de gloire Ce berger vivoit plus heureux. TROIS BERGERS Ah! peut-être avec moins de gloire Ce berger vivoit plus heureux. UN GUERRIER Jeune, et terrible dans la Guerre, Nous l'avons veu cent fois au milieu des combats, Seul voler aux dangers et braver le trépas. Le Dieu qui lance le tonnerre, Fait marcher en tous lieux l'effroi devant ses pas. L'affreux géant ne lui resista pas. Non, non, le reste de la Terre N'eust point couté plus d'efforts à son bras. CHOEUR L'affreux géant ne lui résista pas Non, non, le reste de la Terre N'eust point couté plus d'efforts à son bras. DEUX CAPTIFS Cédons; rien ne peut se défendre. Ce Héros sçait charmer jusqu'à ses ennemis. A ses attraits on a veü se rendre, Plus que son bras n'en a soumis. Scène seconde David, Troupes DAVID Allez, le Ciel attend un légitime hommage. Il a conduit nos pas; il a vaincu pour nous. Sans me laisser flatter d'un injuste partage, Au pieds de nos autels je vais me joindre à vous. Scène troisième DAVID Ciel ! quel triste combat en ces lieux me rappelle? Puis-je oublier quel sang à mes yeux va couler? Perfide ami, sujet rebelle, C'est Saül qu'il faut immoler A ma vengeance criminelle ! Jonathas tant de fois me vit renouveller Mille sermens d'une amour mutuelle : Hélas il fut toujours Fidelle, Moi seul je puis les violer Non, non, vous ne pouvez flatter ma peine extrème Ambitieux désirs d'un triomphe odieux. Quoi-qu'ordonne le sort, vaincu, victorieux, Moi-mesme je péris, ou je perds ce que j'aime. Toi qui m'as soutenu toujours, En ce triste moment mon unique recours, Tu peux encor, Dieu que j'adore, Sensible à nos malheurs en arrester le cours. Du moins, mesme au prix de mes jours, Accorde à Jonathas le secours que j'implore. Scène quatrième Achis, David, Troupes de guerriers, de captifs... ACHIS Le Ciel enfin favorable à mes voeux Vous ramène, Seigneur, et nous rejoint tous deux. La victoire partout à vos loix asservie Confond vains projets d'une secrette envie. Venez, qu'un Peuple entier conspire contre nous, Toujours à ses Fureurs que Saül s'abandonne ; Le péril n'a rien qui m'étonne, Si je puis combattre avec vous. DAVID Ah ! d'un faible secours que pouvez vous attendre, Seigneur? ACHIS Tout ce qu'en craint Israël allarmé, Tout ce que peut un bras à vaincre accoutumé. Bientost icy Saül avec moy doit se rendre ; D'un funeste combat il veut se dégager : Parlez, c'est de vous seul que mon choix va dépendre. DAVID Trop long-temps la discorde à sçû nous partager. Pour jamais que la Paix nous lie. Aisément un grand coeur oublie Le soin fatal de se venger. ACHIS ET DAVID Aisément un grand coeur oublie Le soin fatal de se venger. ACHIS Goutez, goutez les fruits d'une illustre victoire ; Triomphez Héros glorieux. Il a briseé vos fers, Captifs, chantez sa gloire. Que mille-fois son nom retentisse en ces lieux. CHOEUR des captifs en mettant leurs chaînes aux pieds de David Goutez, goutez les fruits d'une illustre victoire : Triomphez Héros glorieux. DEUX CAPTIFS Après les Fureurs de l'orage, Pourquoi plaindre les maux que le calme à couté ? Qu'il est doux de penser aux horreurs du naufrages, Quand le péril est évité ! Un coeur n'a jamais bien gouté, Sans les rigueurs de la liberté. CHOEUR Un coeur n'a jamais rien houté, Sans les rigueurs de l'esclavage, Les douceurs de la liberté ( Menuet ) FIN DU PREMIER ACTE ACTE SECOND Le premier soin de David et de Jonathas est de demander à se voir durant la Trève. Joadab jaloux de la gloire de David, et espérant de le faire périr plus aisément dans une bataille, s'efforce de luy persuader de combattre, mais en vain. Il forme le dessein d'accuser David auprès de Saül, de le vouloir tromper sous l'apparence d'une fausse paix. David et Jonathas commencent à gouter les douceurs de la paix, qui leur est promis, et qui les rejoint tous deux ( Prélude ) Scène première Joadab, David JOADAB Quel inutile soin en ces lieux vous arreste? Le Ciel au rang des Rois semble vous appeller. Hâtez vous d'acheter une illustre conqueste; Toujours à la Victoire un Heros doit voler. DAVID Entre la Paix et la Victoire Un héros peut se partager. Dans un heureux repos, dans l'horreur du danger, S'il sçait également trouver par tout la gloire, Un héros peut se partager Entre la Paix et la Victoire CHOEUR de la suite de Joadab qu'on entend mais qu'on ne voit point Suivez-nous, suivez-nous, Plaisirs, faites briller vos charmes les plus doux. DAVID Suivez-nous, suivez-nous Plaisirs, faites briller vos charmes les plus doux. Scène seconde Joadab, Choeurs de la suite de David et Jonathas qu'ond entend et qu'on ne voit point JOADAB Dépit jaloux, haine cruelle, Venez, il est temps d'éclater. Puis-je autrement calmer une douleur mortelle? Le Ciel ne cesse point de me persécuter. Dépit jaloux, haine cruelle CHOEURS Tout suit vos voeurx; Cessez de craindre. Tout suit vos voeux Amis heureux. Des fureur de la Guerre est il temps de vous plaindre, Quand le Ciel pour jamais veut vous unir tous deux? Amis heureux Cessez de craindre: Amis heureux Tout suit vos voeux. JOADAB David au comble de la Gloire, Cherche à jouïr en Paix de ses nobles travaux. Toi, seul, témoin de sa victoire, Va lache, va languir dans un honteux repos. CHOEURS Que la Paix regne sur la Terre; Pour elle tous les coeurs sont faits. Que cherche un Héros dans la Guerre, Autre chose que la Paix ? JOADAB C'est trop, à ma fureur je veux que tout réponde. Toujours d'un vain soupçon facile à prévenir, Il faut contre David que Saül me seconde. Son bonheur est un crime, et je dois l'en punir. Dépit jaloux, haine cruelle, Venez, il est temps d'éclater. Puis-je autrement calmer une douleur mortelle? Venez, il est temps d'éclater Dépit jaloux, haine cruelle. Scène troisième David, Jonathas, Troupes de la suite de l'un et de l'autre. JONATHAS A votre bras vaiqueur rien ne peut résister. Je vous revoi comblé d'une gloire nouvelle. Mais puis-je me flatter, De vous revoir fidelle? DAVID Je puis au-milieu des combats Eprouver à mon tour la Victoire volage. Que le ciel en couroux m'abandonne à l'orage; Tout changeroit pour moi; je ne changerois pas. DAVID ET JONATHAS Goutons, goutons les charmes D'une aimable Paix. Les soins et les allarmes Cessent pour jamais. Goutons, goutons les charmes D'une aimable Paix. UN de la suite de Jonathas Tout finit dans la vie. L'Hiver a son temps: D'un heureux Printemps Sa rigueur est suivie : Vous seuls, tendre Amis, soiez toujours constants. Goutons, goutons les charmes D'une aimable Paix. Les soins et les allarmes Cessent pour jamais. CHOEUR Les soins et les allarmes Cessent pour jamais. Goutons, goutons les charmes D'une aimable paix. DAVID Bergers, le Ciel enfin a calmé son couroux. TROIS BERGERS Venez, venez tous Avec nous Jouïr des plaisirs les plus doux. DEUX de la suite de David et Jonathas Cessez après les peines Regrets superflus. Les moments perdus Ont coulés comme l'Onde, et on ne peut vivre heureux. CHOEUR des bergers Venez, venez tous Avec nous Jouïr des plaisirs les plus doux. I. BERGER De nos jeux innocens quel coeur n'est point jaloux? II. BERGERS Nos voeux, tristes Honneurs, ne sont jamais pour vous. CHOEUR Venez, venez tous Avec nous Jouïr des plaisirs les plus doux. ( Chaconne ) FIN DU SECOND ACTE ACTE TROISIEME Saül soupçonnant tout de David et cherchant toujours l'occasion de le perdre, ajoute aisément foi à l'accusation de Joadab. Il demande pour condition de la Paix qu'on lui livre David. Achis seur de son innonence et son protecteur, le refuse. Cependant David paroit devant Saül avec Jonathas. Saül lui repproche sa trahison ; David étonné et voiant que sa présence irrite Saül, se retire. Saül le poursuit ; et Joadab se réjuit de l'heureux succès de son accusation. ( Symphonie d'ouverture) Scène première Saül, Achis SAÜL Ah ! Je dois assûrer et ma vie et l'Empire. Une trompeuse Paix m'exploitoit au danger, De périr sous les coups d'un traître qui conspire. Ou vengez-moi, Seigneur ; ou je cours me vanger. ACHIS Toujour vous écoutez un soupçon qui l'outrage ? Il a pû vous ravir le sceptre et le jour ; Vous vivez, vous régnez : que faut il davantage ? David pouvoit-il mieux vous prouver son amour ? SAÜL Seigneur, il me doit tout. Une noble alliance Couronna ses exploits, releva sa naissance. ACHIS En vain au plus haut rang vous l'avez fait monter ; Sans cesse vous cherchez à l'en précipiter. SAÜL Il fut toujours rebelle Après tant de faveurs. ACHIS Il est toujours fidelle Malgrès tant de rigueurs. SAÜL ET ACHIS Apprenez, apprenez, Seigneur à le connoitre. Malgrès tant de rigueurs ( Après tant de faveurs ) , Il est toujours fidelle ( rebelle ) et le veut toujours être. SAÜL Content de sa Victoire, en ce jour glorieux Il vient faire éclater son triomphe à mes yeux. ACHIS Bientost vous le verrez paraître. Lui-même devant vous il se deffendra mieux. Scène seconde SAÜL Objet d'une implacable haine, Je sens le triste effet f'un arrêt rigoureux. Tout me trahit ! tout redouble ma peine ! Ah ! que faut-il encore pour perdre un malheureux ? Ingrat ! le Ciel punit une mortelle offense. Confus et soumis à sa loi Ton coeur lui-même approuve une juste vengeance, Et Te condamne malgrès toi . Hélas ! à me percer quelle main se prépare ? Peut-être Jonathas à ma perte animé... Non, ne l'accusons point de ce dessein barbare : Il est trop généreux, et je l'ai trop aimé. David seul en secret espère me surprendre. Un ennemi caché frappe plus sûrement. Troublons tout. Je ne puis autrement m'en défendre. Du moins, s'il faut périr, perissons noblement. Scène troisième Saül, David, Jonathas, Joadab, Troupes.... JONATHAS, à Saül David peut-il attendre un regard favorable ? Ce soin après la Paix doit encore m'allarmer. Seigneur, puis-je l'aimer Sans devenir coupable ? SAÜL, à David Vous mesme vous troublez le cours de vos exploits ! Toujours Victorieux pourquoi quitter les armes ? La Paix pour un Héros à-elle tant de charmes ? Achevez de soumettre Israël à vos loix. DAVID Je vous revoi ; d'une autre gloire , Seigneur , je ne suis plus jaloux. Il n'est point à mon coeur de triomphe plus doux : Je ne puis aimer la Victoire Si je n'ai combattu pour vous. SAÜL Barbare ! en ce moment il n'est rien qui t'arreste : Ta main à me frapper, ta main est-elle preste ? DAVID Moi, signeur ? moi ! faut-il au milieu des combats , Seul contre les efforts d'une Troupe ennemie , Verser pour vous mon sang, pour vous perdre la vie? La plus affreuse mort ne m'arreste pas. JONATHAS Parlez : vous me verrez partout suivre ses pas. DAVID Faut-il verser mon sang ? JONATHAS Faut-il perdre la vie ? DAVID ET JONATHAS La plus affreuse mort ne m'arrestera pas SAÜL, à Jonathas Ah ! plustot dès ce jour vange moi d'un perfide. David, David conspire ; il s'arme contre moi. Va prévenir les coups d'une main parricide : L'orage en m'accablant doit retomber sur Toi. Il lui présente son épée Que vois-je ? pour lui seul ton amour s'interresse ? Cruel ! est-ce là le prix Que tu dois à ma tendresse ? Quand il faut soulager la douleur qui me presse, Je ne retrouve plus mon Fils ? DAVID Hélas ! Il se retire SAÜL J'irai moi même... il me fuit ! et son crime Enfin en ce moment se découvre à mes yeux. ( Au gardes ) Hatez-vous de servir la fureur qui m'anime. Peut-être puis-je encore le rejoindre en ces lieux. JONATHAS O Ciel ! protège l'innocence. Scène Quatrième JOADAB Achevons ; mon bonheur passe mon espérance. Malgrès les droits que j'ai trahis , Jouïssons d'une heureuse vengeance. Pour perdre un Ennemi Tout doit être permis. Un troupe de Philistins du parti de joadab répète ces vers. ( Gigue ) FIN DU TROISIEME ACTE ACTE QUATRIEME Saül d'autant plus animé contre David, qu'il le voit plus soutenu par le Roi des Philistins, et prenant de là mesme de nouveaux soupçons, se déclare enfin pour la batailles. Achis y est fortement porté de son côté apprenant le tumulte qu'il y a dans son armée, qui animée par les intrigues de Joadab, demande à combattre. David se retirant dans le camps des Philistins, est rencontré par Jonathas. Quelle douleur l'un et l'autre d'être ainsi obligez à se séparer. David lui déclare que bien loin de combattre contre Saül, il ne pensera qu'a sauver son Prince et son ami. ( Prélude ) Scène première DAVID Souverain juge des mortels, Seigneur, de mes projets Témoin toujours fidelle, Quand une injuste loi me déclara rebelle, Quels voeux formoit mon coeur au pied de tes Autels ? Tu le sçais. Que Saül redouble sa colère ; D'une pareille ardeur que le Fils animé Seconde la haine du père ; Prest à voir contre moi tout Israël armé, Seigneur, c'est à toi seul que David cherche à plaire. Scène seconde Jonathas, David JONATHAS Vous me fuiez ! DAVID Toujours vous me fuirez ! JONATHAS Ne pourrai-je avec vous partager vostre peine ? DAVID Voiez en quel péril mon malheur vous entraine : Oublions-nous. JONATHAS Cruel ! DAVID Vous le devez. JONATHAS Vous le pouvez ? DAVID Malgrès nous le Ciel nous sépare. JONATHAS Contre vous seul Tout se sépare ! DAVID ET JONATHAS Ah ! qu'une douce Paix Avoit de charmes ! Ah ! Falloit-il jamais Nous ravir les plaisirs d'une si douce Paix ! JONATHAS Dans le trouble et le bruit des Armes Peut-être on me verra combattre avec vous ! DAVID Peut-être au milieu des allarmes Je verrai Jonathas expirer sous mes coups ! DAVID ET JONATHAS Non, plutost mille-fois je périrai moi-mesme. David : Parmi de mortelles horreurs, Jonathas : Malgrés d'inutiles fureurs, J'irais chercher et sauver ce que j'aime. JONATHAS Demeurez. DAVID Je ne puis. JONATHAS Hélas ! DAVID En ce moment Voulez-vous par vos pleurs redoubler mon tourment ? Scène troisième JONATHAS A-t-on jamais souffer une plus rude peine ? Dois-je suivre tes pas Ami trop malheureux ? Père trop rigoureux Dois-je servir ta haine ? Ami trop malheureux, Père trop rigoureux, A-t-on jamais souffert une plus rude peine ? CHOEUR D'IRAËLITES ET DE PHILISTINS, qu'on entend mais qu'on ne voit point. Courons, courons : cherchons dans les combats, Ou le triomphe ou le trépas. JONATHAS Quelle fureur, Barbares, vous anime ? Ah ! déjà tout conspire et David va périr ! Non, je ne puis le souffrir sans un crime : Malgrès leur vains efforts j'irai le secourir. Triste devoir tu me rappelles ! Je dois Tout à Saül ; la Nature à son tour Hélas ! porte à mon coeur mille atteintes mortelles. Ne pourrai-je accorder le devoir et l'Amour ? A-t-on jamais souffert une plus rude peine ? Dois-je suivre tes pas Ami trop malheureux ? Père trop rigoureux Dois-je servir ta haine ? Ami trop malheureux, Père trop rigoureux, A-t-on jamais souffert une plus rude peine ? CHOEUR Courons, courons : cherchons dans les combats, Ou le triomphe ou le trépas. Scène quatrième Saül, Achis, Jonathas, Joadab, Troupes d'Israëlites et de Philistins SAÜL Venez, Seigneur, venez : Saül va vous attendre ACHIS Peut-être il me verra trop-tost le prévenir. SAÜL Soutenez un ingrat, qu'un Roi devoit punir. ACHIS D'une injuste fureur je sçaurai le défendre. SAÜL ET ACHIS Courons, courons : cherchons dans les combats Ou le triomphe ou le trépas. Scène cinquième Achis, Joadab, Troupes... JOADAB Enfin vous m'écoutez, Seigneur et la Victoire D'une nouvelle ardeur a pû vous enflammer. Jamais un autre soin vous dût-il animer ? Un héro est fait pour la Gloire. ACHIS, avec les Choeurs Courons, courons : cherchons dans les combats Ou le triomphe ou le trépas. De nos cris redoublez que le Ciel retentisse ; Quel l'ennemi vaincu sous mille coups périsse. Courons, courons : cherchons dans les combats Ou le triomphe ou le trépas. ( Rigaudon ) ( Bourrée ) FIN DU QUATRIEME ACTE ACTE CINQUIEME La bataille se donne, et Saül la perd. Jonathas blessé à mort esr rencontré par Saül ; quel désespoir pour ce Prince et ce père malheureux ? Il retourne chercher David : cependant David paroit de son côté cherchant Jonathas. Quelle douleur ! Jonathas meurt dans les bras de son ami. Saül prest à tomber entre les mains des Philistins, se perce de son épée, et est rapporté dans cet état. Achis paroit en mesme temps triomphant, et apprend à David que les israëlites l'ont élu Roi. David se retire confus et percé de douleur. Bruits d'Armes Scène première JONATHAS, blessé, entre les bras d'une troupe de gardes ( Aux gardes ) Courez ; Saül attend un secours nécessaire. Percé du coup fatal qui me ravit le jour, Si je puis par mon sang appaiser ta colère, O Ciel ! en sa faveur écoute mon amour. Scène seconde Saül, Jonathas, troupes de gardes SAÜL Que vois-je ? quoi je perds et mon fils et l'Empire ! Mon ennemi triomphe ! et Jonathas expire ! JONATHAS Seigneur... SAÜL Et vous l'avez permis ( Aux gardes ) Traitres ! c'est a vos soins que je l'avais commis. TROUPES DE GARDES Hélas ! SAÜL Fils maheureux d'un plus malheureux père ! Ah ! dans le triste éclat où je me vois réduit , Seul tu pouvais encor soulager ma misère ; Tu meurs ! Pour échapper au Dieu qui me poursuit, La victime m'étoit trop chère. JONATHAS Pouvois-je attendre un sort plus doux ? Pourquoi plaindre ma mort, ou penser à me suivre ? Puisque pour vous je n'ai pu vivre, Trop heureux de mourir pour vous. SAÜL Qu'entends-je ? Il va périr ! quelle fureur m'anime ? Où pourrai-je à mon tour trouver un victime Il prend dans sa fureur un de ses gardes pour David David devant mes yeux ose se présenter ! Le Perfide à mes maux vient encor insulter ! A moi gardes..; reçoi Barbare; Reçoi le coups mortel que Saül te prépare... On l'arrête Où suis-je ? tout s'oppose à mon juste couroux ! Mille infidelles mains ont arrêté mes coups... Le Ciel du moins, le Ciel m'offre une mort certaine. Frappez, lâches, Frappez contentez votre haine... Hélas ! de quel espoir mon coeur s'est-il flatté ? Ils ont pour me trahir assez de cruauté, Et trop peu pour finir ma peine ! TROUPES DE GARDES Hélas ! hélas ! SAÜL Ah ! tant de pleurs ne me le rendent pas. Il faut verser du sang ; il faut courir aux armes : David, David m'attend au-milieu des allarmes : Poursuivons un perfide, et vengeons nous de Jonathas. JONATHAS Foible soulagement ! Inutile vengeance ! SAÜL D'un Empire puissant je perds l'unique appui : Souffrirai-je un ingrat regner en assurance ? Heureux du moins si je puis aujourd'hui L'entrainer en tombant et périr avec lui. Scène troisième Jonathas, Troupes de gardes et Philistins, CHOEUR des Philistins qu'on entends mais qu'on ne voit point Victoire ! Victoire ! Tout cède à nos coups ; Courons à la gloire : Le Ciel est pour nous. Victoire ! Victoire ! Scène quatrième Jonathas, David, Troupes.... DAVID Qu'on sauve Jonathas... allez... soins superflus ! Je vois couler son sang ! Jonathas ne vit plus ! JONATHAS Quelle triste voix me rappelle ? DAVID Quoi, Prince, je vous perds ! JONATHAS Le jour que je revoi , Si je ne retrouvois un ami si fidelle , Seroit encore plus funeste pour moi. DAVID Ah ! vivez. JONATHAS Je ne puis. DAVID David, David lui-mesme Va céder aux transports d'une douleur extrème. JONATHAS Malgrès la rigueur de mon sort, Du moins je puis vous dire encor que je vous aime. DAVID Ciel ! Il est mort ! Jamais Amour plus fidelle et plus tendre Eut-il un sort plus malheureux ? D'une cruelle mort mes soins n'ont pu défendre L'objet le plus doux de mes voeux. Le Ciel avoit pû seul former de si beaux noeuds : Hélas ! le Ciel sans moi devoit il le reprendre ? Jamais Amour plus fidelle et plus tendre Eut-il un sort plus malheureux . On retire le corps de Jonathas. CHOEUR DE LA SUITE DE DAVID ET DE JONATHAS Jamais Amour plus fidelle et plus tendre Eut-il un sort plus malheureux ? Scène cinquième Saül blessé, entre les bras de ses soldats , David, Troupes.... SAÜL, à David Voi traitre, et reconnoi ta nouvelle victime. Mon bras a commencé, viens achever le crime : Frappe. DAVID Seigneur ! SAÜL Jouïs d'un spectacle si doux. Toin Roi meurt, et sa mort va t'assurer l'Empire. Il lève pour frapper David, et il retombe entre les bras des gardes. Que dis-je ? quoi l'ingrat échappe à mon couroux ! Dans ce dernier effort... ah ! perfide... DAVID Il expire ! SAÜL Non, du moins dérobez mon trépas à ses yeux. On le retire. DAVID Ah ! puis-je longtemps demeurer dans ces lieux ? Scène dernière Achis, David, Troupes de triomphants ACHIS Joignez à vos exploits l'honneur du diadème. Joadab par sa mort vous vange de lui mesme, Seigneur, à mes désirs le Ciel a répondu. Saül vous cede enfin l'autorité suprème ; Il meurt. DAVID J'ai perdu ce que j'aime, Pour moi tout est perdu. Il se retire ACHIS ET LES CHOEURS Du plus grands des héros chantons, chantons la gloire. Trompettes et tambours Annoncez sa victoire. Que toujours sous ses lois on passe d'heureux jours. Chantons, chantons sa gloire ; Annoncez sa victoire trompettes et tambours. FIN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE
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Ludovic Toujas
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