LA DESCENTE D'ORPHÉE AUX ENFERS H. 488 Musique de Marc-Antoine Charpentier Librettiste inconnu
OUVERTURE ACTE 1 Scène 1 : Daphné, Énone, Aréthuze, Euridice, chŠur de nymphes chantant et dansant DAPHNÉ Inventons mille jeux divers, Pour célébrer dans ce bocage De deux parfaits époux le charmant assemblage. CHOEUR Inventons mille jeux divers, Pour célébrer dans ce bocage De deux parfaits époux le charmant assemblage. DAPHNÉ Que nos chansons percent les airs Et que nos pas légers en impriment l'image Sur l'herbe de ce tapis vert. CHOEUR Que nos chansons percent les airs Et que nos pas légers en impriment l'image Sur l'herbe de ce tapis vert. (Entrée des nymphes) ÉNONE ET ARÉTHUZE Ruisseau qui dans ce beau séjour D'un printemps éternel entretiens la verdure Pour flatter Euridice et lui faire la cour, Mêle à nos chants ton doux murmure. Et vous petits oiseaux Si vous voulez lui rendre hommage, Accordez votre doux ramage Au bruit charmant des eaux. EURIDICE Compagnes fidèles, Je vois sous vos pas Mourir les appas De cent fleurs nouvelles. Ah! Ménagez mieux Ces dons précieux Des soupirs de Flore Et des pleurs de l'Aurore. Épargnez leurs attraits naissants, Je les prétends offrir au héros que j'attends. Couchons-nous sur la tendre herbette, Et mêlons à la violette Le vermeil de la rose et le blanc du jasmin. Nous en ferons une couronne Que je lui mettrai de ma main, Sa constance en est digne et l'hymen me l'ordonne. CHOEUR Qu'il se croira fortuné, Ce héros tendre et fidèle, De se voir couronné Par une main fidèle. EURIDICE Ah! ENONE L'on ne goûte point de plaisirs sans douleurs, Chère compagne, et les plus fines Ne peuvent éviter la pointe des épines En se jouant avec les fleurs. EURIDICE Soutiens-moi, chère Énone, un serpent m'a blessée, Je n'en puis plus, je tombe, et du venin pressée. Scène 2 : Orphée, troupe de bergers chantant et dansant, et les susdits ORPHÉE Qu'ai-je entendu, que vois-je ? TOUS Oh ! Comble des malheurs ORPHÉE Quoi ! Je perds Euridice EURIDICE Orphée, adieu, je meurs. ORPHÉE Ah ! Bergers, c'en est fait, il n'est plus d'Euridice, Ses beaux yeux sont fermés pour ne jamais s'ouvrir. Impitoyables dieux, vous la laissez mourir, Quelle rigueur, quelle injustice L'infortunée à peine entrait dans ses beaux jours Et vous en terminez le cours. CHOEUR Ah ! Nymphes, c'en est fait, il n'est plus d'Euridice. Ses beaux yeux sont fermés Pour ne jamais s'ouvrir. Impitoyables dieux, vous la laissez mourir, Quelle rigueur, quelle injustice ! L'infortunée à peine entrait dans ses beaux jours Et vous en terminez le cours. (Entrée de nymphes et de bergers désespérés). ORPHÉE Lâche amant, pourrais-tu survivre À la nymphe qui t'a charmé ? Non! Tu ne l'as jamais aimée Si tu diffères de la suivre, Mourons ! Destin jaloux qui rompt de si beaux noeuds, Malgré toi le tombeau nous rejoindra tous deux. Scène 3 : Apollon et les susdists. APOLLON Ne tourne point, mon fils, ce fer contre toi-même, C'est répandre mon sang que de verser le tien. J'entre dans ta douleur, ton tourment est le mien, Suis mes conseils plutôt que ta fureur extrême. ORPHÉE Hélas ! Un malheureux qui perd tout ce qu'il aime Après le coup affreux d'un si funeste sort Doit-il pas se donner la mort ? APOLLON Mon fils, ne perds point l'espérance. Va pour ravoir ta nymphe implorer la puissance Du prince ténébreux qui règne chez les morts. Va lui faire sentir la douce violence De ces charmants accords Où je dressais tes mains dès ta plus tendre enfance. Tes chants adouciront ce tyran des Enfers. Tout barbare qu'il est, touché de ta demande, Ne doute point qu'il ne te rende La nymphe que tu perds. ORPHÉE Que d'un frivole espoir c'est flatter mon supplice ! N'importe, essayons tout pour ravoir Euridice. CHOEUR Juste sujet de pleurs, Malheureuse journée, Sont-ce là les douceurs Que les nŠuds d'un saint hyménée Promettaient à ces jeunes cŠurs ? (Entrée de nymphes et de bergers désespérés) ACTE II Scène 1 : Tantale, Ixion, Titye, furies chantantes. PRÉLUDE IXION, TANTALE & TITYE Affreux tourments, gênes cruelles, Qu'en ces lieux nous souffrons sans espoir de secours, Renaissantes douleurs, peines toujours nouvelles, Hélas, durerez-vous toujours ? Scène 2 : Orphée, fantômes et les susdits. PRÉLUDE ORPHÉE Cessez, cessez, fameux coupables, D'emplir ces tristes lieux de cris réitérés, Les tourments que vous endurez Aux rigueurs de mon fait ne sont point comparables. IXION, TANTALE & TITYE Quelle touchante voix, quelle douce harmonie Suspend mon rigoureux tourment ? TANTALE Ni ces fruits, ni ces eaux ne me font plus d'envie. IXION Je respire, ma roue arrête en ce moment. TITYE De mes cruels vautours la faim semble assouvie. IXION, TANTALE & TITYE Mortel, qui que tu sois, Si ton coeur est sensible à notre long martyre, Recommence à mêler au doux son de ta lyre Les tendres accents de ta voix. ORPHÉE Je ne refuse point ce secours à vos larmes, Heureux si ces tristes accents Sur vos maux si puissants Pour attendrir Pluton avaient les mêmes charmes, Heureux si ces tendres accents Le portaient à finir les peines que je sens. CHOEUR Il n'est rien aux Enfers qui se puisse défendre De leurs charmes vainqueurs. Juges-en par les pleurs Que tu nous vois répandre, Attendris nos barbares cŠurs, Calme nos cuisantes douleurs, C'est ce qu'il n'appartient qu'à toi seul d'entreprendre. Que tes chants ont d'appas, qu'ils sont pleins de douceurs ! LES FANTOMES Scène 3 : Pluton, Proserpine, ombres heureuses chantant et dansant avec les susdits. PRÉLUDE PLUTON Que cherche en mon palais ce mortel téméraire ? Ose-t-il en troubler le silence éternel ? Prévoit-il ce qui suit son dessein criminel ? Connaît-il le danger qu'on court à me déplaire ? ORPHÉE Je ne viens point ici, Monarque des Enfers, Pour faire aucune violence Aux lieux soumis à ta puissance, Ni poussé du désir d'apprendre à l'Univers Qu'Orphée a mis Cerbère aux fers. Un unique et cher objet pour qui mon coeur soupire, Euridice... A ce nom je sens manquer ma voix, Ma lyre en est autant muette, sous mes doigts Ne peut plus exprimer mon rigoureux martyre. Soupirs, ardents soupirs, c'est à vous à le dire. PROSERPINE Pauvre amant, quel coeur de rocher Ne se laisserait pas toucher Aux tendres accents de ta plainte ? CHOEUR Pauvre amant, quel coeur de rocher Ne se laisserait pas toucher Aux tendres accents de ta plainte ? PROSERPINE Donne relâche à tes soupirs, Raconte tes malheurs sans crainte, Je partage tes déplaisirs. CHOEUR Donne relâche à tes soupirs, Raconte tes malheurs sans crainte, Nous partageons tes déplaisirs. ORPHÉE Euridice n'est plus, et mon feu dure encore. Cette naissante fleur ne faisait que d'éclore. Hélas ! Dans son plus beau printemps Un serpent a fini sa triste destinée, Sur le point qu'elle allait par un doux hyménée Récompenser mes feux constants. Ah ! Laisse-toi toucher à ma douleur extrême, Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté, Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime, Redonne-lui la vie ou m'ôte la clarté. PLUTON Le destin est contraire à ce que tu souhaites. Epoux infortuné, finis tes vains regrets, Les ombres qui me sont sujettes De l'empire des morts ne retournent jamais. PROSERPINE Ah ! Puisqu'avant le temps la rigueur de laParque A tranché le fil de ses jours, Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque, Et qu'elle en achève le cours. CHOEUR Permets qu'elle revive, ô souverain Monarque, Et qu'elle en achève le cours. ORPHÉE Tu ne la perdras point, hélas ! Pour me la rendre, Tout mortel est soumis à la loi du trépas, Et ma chère Euridice aura beau s'en défendre, Il faut que tôt ou tard elle rentre ici-bas. PLUTON Quel charme impérieux m'incite à la tendresse Et me fait plaindre son tourment, Pluton, aurais-tu la faiblesse De te laisser toucher aux regrets d'un amant ? PROSERPINE Courage, Orphée, étale ici les plus grands charmes De tes accents mélodieux, Le plus inflexible des dieux Ne retient qu'à peine ses larmes. CHOEUR Courage, Orphée, étale ici les plus grands charmes De tes accents mélodieux, Le plus inflexible des dieux Ne retient qu'à peine ses larmes. ORPHÉE Souviens-toi du larcin que tu fis à Cérès, Souviens-toi que l'Amour Dans les yeux pleins d'attraits De ton épouse incomparable Choisit le plus beau de ses traits Dont le coup sut percer ton coeur impénétrable. C'est par ce coup heureux dont ton coeur fut blessé, C'est par ces yeux charmants d'où ce trait fut lancé Que le fidèle Orphée à tes pieds te conjure De soulager l'excès des peines qu'il endure, N'ont-ils plus les appas dont tu fus enchanté ? Ah ! Laisse-toi toucher à ma douleur extrême, Rends-moi, Dieu des Enfers, cette rare beauté, Le jour m'est odieux sans la nymphe que j'aime, Redonne-lui la vie ou m'ôte la clarté. PLUTON Je cède, je me rends, aimable Proserpine, Conjuré par vos yeux je n'ai plus de rigueur. Voyez ce que peut sur mon coeur Votre beauté divine. Retourne à la clarté du jour, Orphée amoureux et fidèle, Je vais tirer des mains de la Parque cruelle L'objet de ton amour. Sors triomphant de l'empire des ombres, Euridice suivra tes pas. Mais pour la regarder ne te retourne pas, Que tu ne sois sorti de ces demeures sombres, Sinon je la reprends par un second trépas. (Proserpine et Pluton disparaissent) ORPHÉE Amour, brûlant Amour, pourras-tu te contraindre ? Ah ! Que le tendre Orphée à lui-même est à craindre. Scène 4 : ChŠur d'ombres heureuses, coupables, de furies et de fantômes. CHOEUR Vous partez donc, Orphée. Ah ! Regrets superflus, Soulagement trop court, Plaisirs trop peu durables, Hélas, vous êtes disparu Comme des songes agréables. Demeurez toujours avec nous, Charmante impression de cette voix touchante Qui nous ravit, qui nous enchante. IXION, TANTALE & TITYE Tant que nous garderons un souvenir si doux Le bonheur des Enfers rendra le Ciel jaloux. CHOEUR Demeurez toujours avec nous, Charmante impression de cette voix touchante Qui nous ravit, qui nous enchante. Tant que nous garderons un souvenir si doux Le bonheur des Enfers rendra le Ciel jaloux. Entrée des Fantômes CHOEUR Demeurez toujours avec nous, Charmante impression de cette voix touchante Qui nous ravit, qui nous enchante. Tant que nous garderons un souvenir si doux Le bonheur des Enfers rendra le Ciel jaloux.
FIN
Note : l'édition de ce livret et sa correction on demandé beaucoup de travail. Si vous pensez le copier et le mettre sur votre site web, ayant la courtoisie d'y laisser les références de l'auteur et de son site
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Jean-Benoit CHENIQUE
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