Médée   Tragédie Lyrique en 5 actes et un prologue Livret de Thomas Corneille
 

Avertissement : de nombreux sites sont sur le Web plus ou moins spécialisés dans la mise en ligne de livrets d'Opéra. On y trouve de nombreux livrets de Médée. Souvent scannés avec un OCR peu performants, et sachant qu'aucun OCR n'apprécie le français du XVII° siècle, on y trouve de nombreuses erreurs. Manifestement, ces livrets on-line ont été fait d'aprés le livret de la première Médée des Arts Florissants parue chez Harmonia Mundi. Cette première version avait été réalisées sur vinyl : pour des raisons dites techniques, il y a eu quelques " coupures". Elles sont rétablies ici.

J'ai pris le parti de reproduire l'exacte orthographe, accentuation et ponctuation du livret de Ballard. Cela peut donner des choses curieuses : Ballard ne peut manifestement mettre les accents sur les majuscules et il écrit MEDE'E; il il a un accent sur le second e de Médée, jamais le premier... Il y a souvent quelques variations entre les livrets édités vendus à la représentation et la partition. Ceci n'est pas un défaut du XVII° siècle puisque c'est encore la cas actuellement...

Le fac similé du livret de Médée est disponible en PDF sur le site de la Bibliothèque Nationale ( Gallica ).

 
 

PROLOGUE
 
Le Théâtre represente un lieu rustique embelly  par la Nature, de Rochers & de Cascades 
 
TROUPE de peuples, de bergers héroïques et de pastres
 
UN CHEF D'HABITANS
 
Louis est triomphant, tout cède à sa puissance,
La Victoite en tout lieux fait reverer ses loix.
Pour la voir avec nous toujours d'intelligence,
Rendons-luy des honneurs dignes de sa presence,
Rendons-luy des honneurs dignes des grands exploits,
Qui consacrent le Nom du plus puissant des Roys. 
 
Choeurs d'habitans & de Bergers Heroïques
 
Louis est triomphant, tout cède à sa puissance,
La Victoite en tout lieux fait reverer ses loix.
Pour la voir avec nous toujours d'intelligence,
Rendons-luy des honneurs dignes de sa presence,
Rendons-luy des honneurs dignes des grands exploits,
Qui consacrent le Nom du plus puissant des Roys. 
 
 
Deux Bergers & un Habitant
 
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez,
Amenez-nous Bellonne, Amenez-nous la gloire
Par qui vos soins pour nous sont si bien secondez. 
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez.
 
LE CH‘UR
 
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez. 
 
Les deux Bergers & l'Habitant
 
Ce nuage brillant nous donne lieu de croire,
Que vous nous entendez. 
 
LE CHOEUR
 
Paroissez, charmante Victoire,
Hastez-vous, venez, descendez. 
 
On entend une Symphonie, pendant laquelle il paroît un tourbillon de nüages qui descend, & 
en s'ouvrant fait paroîtren le Palals de la Victoire, qul s'avance  & occupe tout le Théâtre; 
& au milieu du Palais, sont la Gloire, la Victoire & Bellone. 
 
LA VICTOIRE
 
Le Ciel dans vos voeux s'intéresse,
Depuis long-temps la France est mon séjour,
Attachée au Heros qui pour elle sans cesse
Faut agir sa haute sagesse,
Je sens pour luy de jour en jour
En redoublant mes soins, redoubler mon amour.
Ne craignez pas que la Victoire
Favorise jamais les jaloux de sa gloire.
Ils ne cherchent à triompher
Qu'afin de prolonger la guerre.
LOUIS combat pour l'étouffer,
Et tendre le calme à la terre. 
 
LE CHOEUR
 
Ils ne cherchent à triompher
Qu'afin de prolonger la guerre.
LOUIS combat pour l'étouffer,
Et tendre le calme à la terre. 
 
BELLONE
 
Vous resistez en vain, tremblez fiers Ennemis,
Au grand Roy que je sers, je vous rendray soûmis.
Chez vous plus que jamais, par l'effroy de ses armes,
Je porteray les plus rudes allarmes :
Et mille triomphes divers,
Feront de son grand Nom retentir l'Univers
 
Le CHOEUR
 
Par mille triomphes divers,
Faisons de son grand Nom retentir l'Univers
 
LA GLOIRE
 
Pour seconder vos soins, laissez faire la Gloire,
Ce Heros me cherit & je l'aimay toujours.
On verra durer nos amours,
Quand mëme il n'aura plus besoin de la Victoire.
Non, non, ses Ennemis jaloux
Ne pourront jamais rien,  contre des n¦uds si doux. 
 
LE CH‘UR
 
Non, ses Ennemis jaloux
Ne pourront jamais rien contre des n¦uds si doux. 
 
LA VICTOIRE
 
Le bruit des tambours, des trompettes.
Ne viendra point troubler vos jeux,
Bergers, reprenez vos musettes,
Chantez l'amour, chantez ses feux,
La guerre & ses dangers affreux,
N`approchent point de vos douces retraites :
Le plus grand des Heros, vous y fait vivre heureux.
Il vaincra tant de fois, sur la terre & sur l'onde,
Que ses Ennemis terrassez,
Malgré tous leurs projets, seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde. 
 
CHOEUR
 
Il vaincra tant de fois sur la terre & sur l'onde,
Que ses Ennemis terrassez,
Malgré tous leurs projets, seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde. 
 
 
UN BERGER
 
Dans le bel âge,
Si l'on n'est volage,
Les tendres coeurs
Goûtent peu de douceurs.
L'ardeur d'une flame constante
Est bien-tost languissante,
Veut-on d'agreables amours?
Il fait changer toujours. 
Dans le bel âge,
Si l'on n'est volage,
Les tendres coeurs
Goûtent peu de douceurs.
 
DEUX BERGERES
 
Voir nos moutons dans la verte prairies,
Bondir sur l'herbette fleurie,
Sans craindre le fureur des loups,
C'est pour nous un plaisir extrême;
Mais voir souvent ce que l'on aime,
C'est encore un plaisir plus doux.
 
CH‘UR
 
Le bruit des tambours, des trompettes
Ne viendra plus troubler nos jeux.
Prenons nos pipeaux, nos musettes,
Chantons l'amour, chantons ses feux;
La guerre & ses dangers affreux
N'approchent point nos douces retraittes.
 
Le plus grand des Heros, nous y fut vivre heureux.
Il vaincra tant de fois, sur la terre & sur l'onde,
Que ses Ennemis terrassez,
Malgré tous leurs projets, seront enfin forcez
De souffrir le repos qu'il veut donner au monde. 
 
Après le Ch¦ur, le Palais s'èn retourne d'où il est venu; le tourbillon se renferme
 & remonte au Ciel. 
  FIN DU PROLOGUE
 
 
 

 


ACTE I

Le Théâtre représente une Place Publique, ornée d'un Arc de Triomphe, de Statues & de Trophées sur des pieddestaux.

 
SCENE PREMIERE
MEDE'E, NÉRINE 
 
MEDÉE
 
Pour flatter mes ennuis que ne puis-je te croire ?
Tout le monde voudroit mon repos & ma gloire;
Mais en vain à douter je trouve des appas.
Jason est un ingrat, Jason est un parjure;
L'amour que j'ay pour luy, me le dit, m'en asseur
Et l'amour ne se trompe pas. 
 
NÉRINE
 
Un mouvement jalous vous le peint infidelle,
Mais d'injustes soupçons troublent vostre repos;
Creüse est destinée au Souverain d'Argos.
Sur quel espoir Jason brûleroit-il pour elle ? 
 
MEDE'E
 
Je sçay qu'Oronte est prest d'arriver en ces lieux;
Il vient remply d'un espoir glorieux:
Mais à le recevoir si Corinthe s'appreste,
Ce n'est point son hymen qui le fait souhaiter.
Il s'éleve contr' elle une affreuse tempeste,
Son secours la peut écarter. 
 
NÉRINE
 
Acaste contre vous arme la Thessalie.
La cruelle mort de Pelie
Vous rend l'objet de sa fureur.
Si Creon ne vous abandonne,
De la guerre en ces lieux il va porter l'horreur.
Et lorsqu'en ce peril comme l'Amour l'ordonne,
Jason veut de Creüse acquerir la faveur,
Faut il que ce soin vous étonne? 
 
MEDE'E
 
Qu'il soit abandonné de Creüse & du Roy,
S'il luy faut un appuy, ne l'a t'il pas en moy?
Quand de Colchos il prit la fuite,
Maître de la riche Toison,
Mon pere eût beau s'armer contre ma trahison,
Quel fut l'effet de sa poursuite ?
 
NÉRINE
 
Quoy vous resoudre à fuir toujours?
 
MEDE'E
 
La fuite, l'exil, la mort même,
Tout est doux avec ce qu'on aime. 
 
NÉRINE
 
Jason pour vos enfans cherche icy du secours. 
 
MEDE'E
 
Qu'il le cherche mais qu'il me craigne.
Un dragon assoupy, de fiers Taureaux domptez 
Ont à ses yeux suivy mes volontez;
S'il me vole son c¦ur, si la Princesse y regne,
De plus grands efforts feront voir,
Ce qu'est Medée & son pouvoir. 
 
NÉRINE
 
Forcez vos ennuis au silence,
Un courroux violent ne doit jamais parler.
On perd la plus seure vengeance
Si l'on ne sçait dissimuler. 
 
MEDE'E & NÉRINE
 
Forcez vos [Forçons nos] ennuis au silence... 
Un courroux violent ne doit jamais parler.
On perd la plus seure vengeance
Si l'on ne sçait dissimuler
 
SCENE SECONDE
MEDÉE, JASON, NÉRINE, ARCAS 
 
MEDE'E
 
D'où vous vient cet air sombre, & gu'allez vous m'apprendre ?
Creon nous voudroit-il bannir de ses Estats ? 
 
JASON
 
Creon redoute Acaste, & ne s'explique pas;
Mais contre nous, quoyqu'on puisse entreprendre,
Du moins pour nos enfans j'ay sçeu fléchir les Dieux.
S'il faut d'un fier destin suivre la loy cruelle,
Ils trouveront un azyle en ces lieux;
La Princesse les doit retenir auprès d'elle. 
 
MEDE'E
 
C'est estre genereuse.
 
JASON
 
Elle me laisse voir
Que nous pouvons espere d'avantage.
Sur son père elle a tout pouvoir,
Et j'attens tout du zele où sa bonté l'engage. 
 
MEDE'E
 
L'ardeur que vous monstrez à luy faire la Cour..
 
JASON
 
Ignorez-vous d'un pere où va le tendre amour? 
 
MEDE'E
 
Pour nous la rendre favorable,
Vos soins trop assidus devroient vous alarmer.
Une douce habitude est facile à former;
Et voir souvent ce qui paroît aymable,
C'est flatter le penchant qui nous porte à l'aimer. 
 
JASON
 
Quoy vous me soupçonnez ?
 
MEDE'E
 
Jason doit me connoistre,
Il me coûte assez cher pour ne le perdre pas. 
 
JASON
 
Ah ! que me dites vous ?
 
MEDE'E
 
Ce que je crains.
 
JASON
 
Helas! 
Que ne puis-je faire paroître
Ce que mon c¦ur pour vous sera jusqu'au trépas !
 
MEDE'E & JASON
 
Que de tristes soucis, malgré tous ses appas,
Dans un c¦ur bien touché l'injuste amour fait naistre !
 
MEDE'E
 
De trop cuisants remords accablent les ingrats;
Jason ne le voudra pas estre. 
 
JASON
 
Quittez ces détours superflus.
Pour m'asseurer du Roy, je voyois la Princesse.
Mais si c'est un soin qui vous blesse,
Parlez, je ne la verray plus. 
 
MEDE'E
 
Non, Jason, cherchez à luy plaire,
Dans les rigueurs d'un sort trop inhumain
Son secours nous est necessaire. 
 
JASON
 
Pour nous le rendre plus certain,
Diray-je ce qu'il faudroit faire ?
Cette Robe superbe où par tout nous voyons
Du Soleil vostre Ayeul éclater les rayons,
Par son brillant a touché son envie,
Ses yeux m'en ont paru surpris.
Nous verrions sa faveur d'un prompt effet suivie,
Si de ses soins vous en faisiez le prix. 
 
MEDE'E
 
Vous le voulez, je la donne sans peine;
Mais du Ciel irrité quel que soit le courroux,
Songez que si je puis me répondre de vous,
Je n ay point à craindre sa haine. 
 
SCENE TROISIEME
JASON, ARCAS 
 
JASON
 
Que je serois heureux si j'estois moins aimé !
Medée avec ardeur dans mon sort s'interesse,
Je luy dois toute ma tendresse;
D'une autre cependant je me trouve charmé,
Et malgré moy j'adore la Princesse.
Que je serois heureux si j'estois moins aimé! 
 
ARCAS
 
Si vous l'abandonnez, songez-vous à la rage,
Où l'a mettra son desespoir ? 
 
JASON
 
Je sçay la grandeur de l'outrage,
Je manque à la foy qui m'engage,
Et vois tout ce que je dois voir;
Mais un fier ascendant asservit mon courage,
En vain je cherche à n'y point consentir;
Des grandes passions c'est le sort qui decide:
Je rougis, je me hais d'estre ingrat & perfide,
Et je ne puis m'en garantir. 
 
ARCAS
 
Dans ce que peur Medée, oserois-je vous dire
Que vous ne sçauriez trop redouter son couroux ?
Si sur vostre ame encor la gloire à quelque empire,
Voyez ce qu'elle veut de vous. 
 
JASON
 
Que me peut demander la Gloire
Quand l'Amour s'est rendu le maistre de mon coeur?
Dans le triste combat, où si j'ose la croire,
L'avantage cruel de demeurer vainqueur,
Doit mc coûter tous mon bonheur,
Que me peut demander la Gloire?
Si je traite Medée avec trop de rigueur,
Un objet tout charmant trouve de la douceur
A me ceder une illustre victoire :
Je touche au doux moment d'en estre possesseur.
Sermens de ma première ardeur,
Devoirs que je trahis, sortez de ma memoire,
Et ne m'opposez plus vos chimeres d'honneur:
Que me peut demander la Gloire
Quand l'Amour s'est rendu le maistre de mon c¦ur. 
 
CHOEUR DE CORINTHIENS qu'on ne voit pas 
 
Disparoissez, inquietes alarmes;
Vaines terreurs, fuyez, éloignez-vous.
Le secours d'un Heros vient se joindre à nos armes,
Nos plus fiers ennemis trembleront devant nous. 
Disparoissez, inquietes alarmes;
Vaines terreurs, fuyez, éloignez-vous.
 
SCENE QUATRIEME
CREON, JASON, ARCAS, Suite de Creon 
 
CREON
 
L'allegresse en ces lieux ne peut estre plus grande...
Mon peuple voit Oronte, & son secours promis
Doit étonner nos ennemis.
Rendons-luy les honneurs que son rang nous demande. 
 
Ces deux paragraphes n'apparaissent pas dans le livret de Ballard :
 
JASON
 
L'Amour fait son empressement.
Mais, Seigneur, j'ose croire au moment qu'il éclate
Que si sa presence vous flatte,
Vous cherchez plus en luy le guerrier que l'Amant. 
 
CREON
 
J'ay fait naistre vostre esperance.
Aymez, perseverez...
Mais Oronte s'avance. 
 
SCENE CINQUIEME
CREON, JASON, ORONTE  - Suite de Creon & d'Oronte 
 
ORONTE
 
Seigneur, la Thessalie attaquant vos Estats,
Pour vous de mon secours je craindrois la foiblesse,
Si ma seule valeur répondoit de mon bras;
Mais quand pour meriter les v¦ux de la Princesse,
L'honneur de la servir m'attire en vostre Cour
J'ose tout esperer de l'ardeur qui me presse.
Que ne peut point un c¦ur anime par l'amour? 
 
CREON
 
Prince, je sçay que t'amour a des charmes
Qui font les soins des jeunes c¦urs;
Mais la guerre aujourd'huy, par ses tristes alarmes,
En doit suspendre les douceurs.
Vous brulez pour ma fille, avant qu'elle se donne,
Il faut affermir ma couronne :
Jason la soutiendra, si vous le secondez. 
 
ORONTE
 
Après l'heureux succez de ta Toison conquise,
Sa valeur dans cette entreprise,
Asseure les Exploits que vous en attendez. 
 
JASON
 
Les vostres sont certains: un grand prix vous anime,
Et rien n'est impossible à qui peut l'aquerir. 
 
CREON
 
Voyez nos peuples accourir,
Et souffrez que leur joye auprés de vous s'exprime. 
 
 
SCENE SIXIEME
CREON, JASON, ORONTE - Troupe de Corinthiens & d'Argiens 
 
UN CORINTIEN, à Oronte
 
Courez aux champs de Mars, volez, jeune Heros.
Ouvrez-nous le chemin qui conduit à la gloire.
Nos coeurs ont trop languy dans le sein du repos :
Pour nous mener à la victoire,
Courez aux champs de Mars,volez, jeune Heros. 
 
CHOEUR DE CORINTHIENS
 
Courez aux champs de Mars, volez, jeune Heros.
Ouvrez-nous le chemin qui conduit à la gloire.
Nos coeurs ont trop languy dans le sein du repos :
Pour nous mener à la victoire,
Courez aux champs de Mars,volez, jeune Heros. 
 
ORONTE
 
Courons, volons, d'un courage intrepide,
Sur la foy de l'amour affrontons les hazards:
Ce Dieu peut tout; puisqu'il nous sert de guide
La Victoire en tous lieux suivra mes étandards. 
 
Cette reprise n'apparait pas dans le livret de Ballard :
 
CHOEUR D'ARGIENS
 
Ce Dieu peut tout, puisqu'il nous sert de guide,
La Victoire en tous beux suivra nos étendards. 
 
La Corinthiens font un essay de Lutte. Les Argiens font une danse galante. 
 
Un Corinthien & un Argien. 
( NB : Ce duo n'apparaît pas dans la première version des Arts Florissants )
 
Quel bonjeur suit la tendresse !
Heureux l'amant qui l'obtient.
Quelque desir qui le presse,
Dans l'espoir qu'il entretient;
L'amour n'a point de foiblesse,
Quand la gloire le soutient.
 
C'est un charmant avantage,
Que l'heureux nom de vainqueur;
Mais le plus noble courage,
N'en goutte bien la douceur,
Que lorsque l'amour l'engage,
A la conquête d'un coeur.
 
CHOEUR DE CORINTHIENS & D'ARGIENS
 
Que d'épais bataillons sur ces rives descendent.
A nos vaillants efforts il faudra qu'ils se rendent.
Unissons-nous en ce grand jour,
La gloire & l'amour le demandent.
Unissons-nous en ce grand jour,
Nour ferons triompher & la gloire & l'amour. 
  Fin du premier Acte  
ACTE II

    Le Théâtre represente un Vestibule, orné d'un grand Portique   SCENE PREMIERE CREON, MEDE'E, NÉRINE   CREON   Il est temps de parler sans feindre, Acaste vous poursuit, vous n'avez rien à craindre; Sur quelqu'espoir qu'il forme ses desseins, Tombe sur Corinthe la foudre, Plûtost qu'on puisse me résoudre A vous livrer entre ses mains.   MEDE'E   Seigneur, une bonté si grande, Marque le coeur d'un veritable Roy.   CREON   Lorsque pour vous je fais ce que je doy, A vostre tour, la justice demande Que vous fassiez quelque chose pour moy. A vous voir dans ma Cour, mon peuple s'inquiete, Il craint ce qu'avec vous vous traînez de malheurs, Et que ma complaisance à vous donner retraite Ne luy soit un sujet de pleurs. Pour le guerir de ses alarmes, Allez attendre en d'autres lieux, Pendant le tumulte des armes, Ce que de nos destins ordonneront les Dieux. A vos enfans je veux servir de père. Pour eux, puisque je l'ay promis, Je combatray vos ennemis, C'est plus que je ne devrois faire.   MEDE'E   Sans m'étonner j'écoûte mon arrest. Quels que soient les ennuis où mon destin me livre, Jason à partir est-il prest ? Je fais tout mon bonheur du plaisir de le suivre.   CREON   Pour ne vous pas livrer, j'expose mes Estats Aux malheurs que la guerre attire, Et pour deffendre cet empire, Jason voudroit nous refuser son bras ? Me ravir ce Heros c'est m'ôter la Victoire.   MEDE'E   Me separer de luy c'est me priver du jour.   CREON   S'il m'ose abondonner, que deviendra sa gloire ?   MEDE'E   S'il m'ose abondonner, que devient son amour?   CREON & MEDE'E , ensemble   S'il ose abandonner, que deviendra sa gloire ? ( S'il m'ose abondonner ) que devient son amour?   CREON   Par une lâcheté, voulez-vous qu'il ternisse L'éclat des grands exploits qui le font rédouter ?   MEDE'E   Ses exploits sont fameux, mais rendez-moy justice ( Ils sont grands, il est vray, mais rendez-moy justice : Version Arts Florissants ) Si malgré les perils qu'il falloit surmonter, La Toison emportée a fait voir son courage, A qui doit-il cet avantage ?   CREON   Je veux que ce qui rend son nom si glorieux, De vos enchantemens soit l'effet admirable; Ignorez-vous qu'un murmure odieux Vous fait par tout croire coupable ?   MEDE'E   Doit-on m'imputer des forfaits, Sans voir pour qui je les ay faits ? Vos reproches, Seigneur, ne sont pas legitimes. Si pour Jason je me suis tout permis, Puisque luy seul a joüy de mes crimes, C'est luy seul qui les a commis.   CREON   En vain sur ce Heros vous rejettez la haine Qul ne doit tomber que sur vous. Du pouvoir de vostre Art peut estre est-on jaloux, Mais enfin mes sujets vous souffrent avec peine. Pressé par eux, pour sortir de ma Cour, Je ne puis vous donner que le reste du jour.   MEDE'E   Ay-je donc merité cette rigueur extrême ? On me chasse, on m'exile, on m'arrache à moy-mëme.   CREON   Faisons taire les mécontens. Quand on entend gronder l'orage, C'est estre sage, Que de ceder au temps ; Faisons taire les mécontens.   SCENE SECONDE CREON, MEDE'E, CRE'USE, CLÉONE   MEDE'E   Princesse, c'est sur vous que mon espoir se fonde. Le destin de Medée est d'estre vagabonde. Preste a m'eloigner de ces lieux, Je laisse entre vos mains ce que j'ayme le mieux. Je sçay qu'une pitié sincere Pour mes enfans a touché vostre c¦ur; Prenez en quelque soin, & souffrez qu'une mere Au moins dans son exil goûte cette douceur. Ce sera pour mes voeux une grande victoire, Si de mon triste sort le Ciel leur fait raison. Je ne vous dis rien pour Jason, Jason aura soin de sa gloire.   SCENE TROISIE'ME CREON, CRE'USE, CLÉONE   CREON   Enfin à ton amour ton espoir est permis, Ta rivale à partir s'appreste; Et puisque tes appas tiennent Jason soûmis, Tu peux jouir de ta conqueste.   CRE'USE   Seigneur, souvenez-vous que c'est par vostre aveu Que Jason dans mon ame alluma ce beau feu. L'amour sur tous les c¦urs remporte la victoire, La plus fiere à son tour reconnoît son pouvoir; Mais il n'est doux que quand la gloire, Pour le faire éclater, suit les loix du devoir.   CREON   D'Oronte par ce choix je trompe l'esperance; Mais l'hymen de Jason t'arrête en mes Estats. Au plus grands des Heros j'en remets la deffence, Et preferant son alliance, Je te donne, & ne te perds pas.   SCENE QUATRIE'ME CREON, JASON, CRE'USE, CLÉONE   CREON   Prince, venez apprendre une heureuse nouvelle. Medée est preste à nous quitter, Et veut bien qu'en ces lieux vous demeuriez sans elle, Tant que nos ennemis seront à redouter. Comme dans vos adieux, il faudra de l'adresse A luy cacher, sous quel espoir, Pour l'éloigner, j'use de mon pouvoir, Prenez avis de la Princesse.   SCENE 5 JASON, CRE'USE, CLÉONE   JASON   Qu'ay-je à resoudre encore? Il faut vivre pour vous. Est-d un plus grand atvantage Que de borner mes souhaits les plus doux A rendre à vos beautez un eternel hommage. Plus je vous voy, plus je me sens charmé, A mon amour mon cu¦r ne peut suffire. Quand on ayme ardemment quel plaisir d'estre aymé ! Quel triomphe de l'oser dire!   CRE'USE   Pour regner par tout à son choix L'imperieux amours ne respecte personne.   JASON   Il faut faire ce qu'il ordonne, Le vray bonheur est de suivre ses loix.   CRE'USE   Avant que de vous voir mon c¦ur estoit tranquile, Et quand vous en trouble la paix, Je sens qu'à mon bonheur la perte est inutile; Vous, où j'ay tant trouvé de sensibles attraits, Doux repos, quittez-moy, ne revenez jamais.   JASON   De la tranquillité doit-on se mettre en peine, Quand on sent un trouble si doux ?   CRE'USE   J'en jouirois encor sans vous.   JASON   Contre l'Amour la resistance est vaine, Goûtons l'heureux plaisir de perdre cette paix.   CRE'USE   Doux repos, quittez moy, ne revenez jamais.   ENSEMBLE (CRE'USE & JASON)   Goûtons l'heureux plasir de perdre cette paix. Doux repos, quittez nous, ne revenez jamais.   CRE'USE   Medée eut sur vostre ame un souverain empire, L'Amour luy soûmettoit toutes vos volontez; Pour rallumez vos feux la pitié peut suffire. Quel desespoir si vous ta regretez.   JASON   Oronte vous adore il viendra vous le dire, L'Amour tiendra sur vous ses regards arrestez; Ses soupirs vous pouront parler de son martyre, Quel desespouir si vous les ecoutez!   CRE'USE   Quand son amour seroit extrême, Vous n'avez rien à redouter: Dans le temp même Que Je paroistray l'écouter, Mes yeux vous diront je vous ayme.   JASON   Ah! disons-le cent fois dans les tendres desirs Que le sincere amour inspire, On ne sçauroit assez le dire. Le plaisir d'estre aymé passe tous les plaisirs.   ENSEMBLE   Ah! disons-le cent fois dans les tendres desirs Que le sincere amour inspire, On ne sçauroit assez le dire. Le plaisir d'estre aymé passe tous les plaisirs.   SCENE 6 ORONTE, CRE'USE, JASON, CLÉONE   ORONTE   Puisqu'un fier Ennemy par le bruit de ses armes Suspend le succez de mes feux, Du moins, belle Princesse, agreez qu'à vos charmes J'offre l'hommage de mes voeux, Dans le doux espoir qui me flatte Mon amour ne peut plus se tenir renfermé, Il faut enfin que cet amour éclate Aux yeux qui m'ont charmé.   CRUSE   Mon c¦ur qui s'applaudit d'une illustre victoire, Ayme dans son penchant à trouver son devoir; L'hommage d'un Heros que couronne la gloire, Est toujours doux à recevoir.   ORONTE   Ne le differons plus ce tendre & pur hommage, Qui vous répondra de ma foy.   Et qu'icy millc voix par un doux assemblage. De mon amour parlent avec moy.   SCENE 7 CRE'USE, JASON, ORONTE, CLEONE   Prélude   Un petit Argien représentan l'amour, paroist dans son char traisné par des Captifs de differentes nations & de tout sexe.   CH‘UR DE CAPTIFS D'AMOUR   Qu'elle est charmante, qu'elle est belle, Ah! qu'il est doux de soupirer pour elle.   UN CAPTIF   Venir l'adorer en ces lieux Est un destin bien gloireux; Mais si la douceur de ses yeux Doit tromper une ardeur si belle, Ah! quel malheur pour un amamt fidelle.   CH‘UR   Ah! quel malheur pour un amant fidelle.   UN CAPTIF   Une rigoreuse fierté Sieroit mal à tant de beauté. L'amour par tout si redouté L'empeschera d'estre cruelle. Ah! quel bonheur pour un amant fidelle.   CH‘UR   Ah! quel bonhoeurpour un amamt fidelle.   Chaconne   L'Amour offre son Arc à Creüse, qui refuse de le prendre. Creüse monte sur le Char de l'Amour. Jason & Oronte se placent à ses côtez.   UNE ITALIENE   Chi teme d'amore ligrato martire, O non vual gloire, O cuore non hà. Son gusti idolori, Le spine son fiori Ch'Amore ne dà Ma solo penando Ardendo, e sperando, Un'alma legata Fre ceppi beata Per prove lo sà Chi teme d'amore ligrato martire, O non vual gioire, O cuore non hà.   CH‘UR   Son gusti idolori Le spine son fiori Ch'amore ne dà Ma solo penando, Ardendo, e sperando, Un'alma lagata Fra ceppi besta, Per prove lo sà.   L'ITALIENE   Chi teme d'amore ligato martire, O non vuol gloire O euare non hà.   CH‘UR   O non vuol gloire, O cuare non hà!   Passecaille   TROIS CAPTIFS   D'un amant qui veut plaire L'hommage est sincere, D'un amant qui veut plaire L'hommage est constant.   CH‘UR   D'un amant qui veut plaire L'hommage est sincere, D'un ament qui veut plaire L'hommage est constant.   LES TROIS CAPTIFS   Aymer & l'oser dire, C'est ce qu'il desire, Aymer & l'oser dire, C'est ce qu'il pretend.   CHOEUR   D'un amant qui veut plaire L'hommage est sincere, D'un amant qui veut plaire L'hommage est constant.   LES TROIS CAPTIFS   Amans, portez vos chaînes D'un esprit content.   CH‘UR   L'Amour à pour vos peines Un prix éclatant.   LES TROIS CAPTIFS   D'un amant qui veut plaire L'hommage est sincere, D'un amant qu'veut plaire L'hommage est constant.   CH‘UR   D'un amant qui veut plaire L'hommage est sincere, D'un amant qui veut plaire L'hommage est constant.   Suite de la Passacaille   L'AMOUR   à Creüse après qu 'elle est descendue du char   Vous voyez à quoy j'aspire, Pour faire un heureux vainqueur, Je conte sur vostre c¦ur, Oserez-vous m'en dedire.   ORONTE   Parlez, belle Princesse, il s'agit en ce jour D'avoir le c¦ur sincere & d'aymer qui vous ayme.   JASON   L'Amour sur ce qu'il veut s'est expliquè luy-mème, Vous devez contenter l'Amour.   CRE'USE   En vain l'Amour me sollicite, Qu'un Amant se fasse estimer Pau tout ce que la gloire ajoûte au vray merite, Il est seur de se faire aymer.   CHOEUR   Ton triomphe est certain, Victoire, Amour, victoire. L'amant que tu veux rendre heureux Est seur de l'estre par la gloire, La gloire est l'objet de ses voeux.   ------------------------------------------------------------------------         Entr'tacte   Le Theatre represente un lieu destiné aux Evocations de Medée   SCENE 1 ORONTE, MEDE'E   Ritournelle   ORONTE   L'orage est nolent, il a dû vous surprendre, Mais sans vous allarmer Iaissez gronder les flots, Je viens vous offrir dans Argos Un bras armé pour vous detffendre.   MEDE'E   Si par l'exil que m'impose le Roy, Corinthe s'affranchit des fureurs de la guerre. Pourquoy charper une autre terre Des maux que Je traîne avec moy ? Acaste veut que je perisse, Et lorsque pour ma perte il arme son courroux. Je croirois faire une injustice De l'étendre sur vous.   ORONTE   Le fier appareil de ses armes Me cause de foibles allarmes. Pour les attirer contre moy, Dans la vive ardeur qui me presse Que Jason obtienne du Roy; Que par l'hymen de la Princesse, Demain il couronne ma foy. Alors dans mes Estats Jason pourra vous suivre, Et si vos ennemis veulent vous désunir, Ils verront en cessant de vivre Se Je sçay comme il faut punir.   MEDE'E   Vous ignorez ce qui se passe, Il faut vous découvrir par quelle trahison On veut m'éloigner de Jason. Il faut vous faree voir jusqu'où va ma disgrace; Tremblez, Prince, mes maux enfin trop confirmez En m'accablant retombent sur vous même, Jason me trehit, Jason ayme. Et peut estre ést aymé de ce que aymez.   ORONTE   Ciel! que me dites vous, je perdrois la Princesse, Au mépris de mes v¦ux elle aymeroit Jason.   MEDE'E   N'en doutez pas ma presence les blase, Je fus obstacle à leur tendresse; C'est là de mon exit la pressante ruson.   ORONTE   En vain je voudrois me le taire. On vous bannit mon hymen se differe, J'ouvre les yeux sur mon malheur; Tout me le dit, j'en voy la certitude, Qui l'auroit crû que tant d'ingratitude D'eût payer le beau feu qui regne dans mon coeur.   MEDE'E   Souffrez-vous qu'on vous enleve Ce cher objet de vos desirs.   ORONTE   Si cette trahson vous couste des soupirs, Souffrirez-vous qu'elle s`acheve.   MEDE'E   Quel plus sensible coup pouvoisje le«vou?   TOUS DEUX   Non, dans un c¦ur, Quand l'Amour est extrême, Rien n'approche du desespoire D'estre trahy par ce qu'on ayme. Unissons nos ressentimonts Contre ces perfides amans, Que Jason à mes feux prefere la Princesse, voeux ravisse Son crime ne peut s'épler.   MEDE'E   Il vient, mon coeur s'émeut & reprend sa tendresse, Elle en triomphera, laissez-moy luy parler.   SCENE 2 MEDÉE, JASON   Ritounrelle pour les Flules   MEDE'E   Vous sçavez l'exil qu'on m'ordonne, Venez vous me dire en quels lieux Lorsque tout icy m'abandone, Je dois fuïr le couroux des Dieux; En vain j'iray par tout dans l'excez de ma peine, De cet lnjuste arrest leur demander raison; Les crimes que j'ay faits pour trop aymer Jason, De l'Univers entier m'ont attué la haine; La Thessouslie ume contre mes Jours Colchos a rosolu mon trop juste supplice; Le seul Jason me restoit pour secours, Et ce Jason si cher permet qu'on me banninse.   JASON   Appellez-vous exil le triste éloigmement Que l'honneur à souffrir m'engage, J'en ressens le coup en amant, J'en gemis, je m'en fais un rigoureux tourment; Mais Je ne puis rien davantage: Voulez-vous que Je quitte un Roy Qui pour épargner vostre teste Attend sans s'ebranier l'éclat de la tempeste Qui remplit son peuple d'effroy? Voyons finir la guerre, & le coup qui vous blesse Pour un temps seulement nous aura separez.   MEDE'E   Helas! pendant ce temps je connois ma foiblesse, Que! ennuis vous me coûterez! Je tache à vaincre les alarmes Que me cause un soupçon jaloux; Mais enfin mabré moy Je sens coulter mes larmes, Ingrat, m'abandonnez-vous ?   JASON   S'il faut de tout mon sang racheter vostre vie, Je suis tout prest à le donner: Parteger les malheurs dont elle est poursuivie, Est ce là vous abandonner?   MEDE'E   Rien ne m'est plus doux que de croire Tout l'amour que vous me jurez; Il fait mon bonheur & ma g1oire; Mais je parts & vous demeurez.   JASON   Je demeure il est vray; mais quand on nous separe Vous n'avez rien à redouter, Partez, les vains efforts que l'emmemy prepare Ne pourront longtemps m'arrester.   MEDE'E   Il faut donc me resoudre à ce départ funeste, Soutenez une guerre ou vous serez vainqueur; Mais, conservez-moy vostre c¦ur, C'est l'unique bien qui me reste, Je ne m'en repens point, pour m'attacher à vous, J'ay quité mon pays, abudonné mon pere, On m'exile, & l'exil ne peut m'estre que doux, S'il asseure à Jason la gloire qu'il espere.   JASON   Ah! c'est m'en due trop, cessez de m'attendrir, Je ne me connois plus dans ce trouble temble.   MEDE'E   J'y consens, je veux bien estre seule à souffrir, Un Heros ne doit pas avoir l'ame sensible.   JASON   Je vous l'ay déja dit, je sens tous vos malheurs, Ce qu'a fait vostre amour, gravé dans ma memoire. Adieu, je ne puis plus soûtenu vos douleurs, Et je dois me cacher vos pleurs Si je veux en sauver ma gloire.   SCENE 3   MEDE'E   seule   Quel prix de mon amour, quel fruit do mes forfaits, Il craint des pleurs qu'il m'oblige à repandre Insensible au feu le plus tendre Qu'on ait veu s'allumer jamais; Quand mes soupirs peuvent suspendre L'injustice de ses projets; Il fuit pour ne pas les entendre. J'ay forcé devant lay cent monstres à se rendre Dans mon cr¦ur où regnoit une tranquille pais Toujours prompte à tout entreprendre J'ay scou de la natwo effacor tous les traits, Les mouvements du sang ont voulu me surprendre J'ay fait gloire de m'en deffendre, Et l'oubly des serments que cent fois il m'a faits; L'engagement nouveau que l'amour luy fait prendre, L'éloignement, l'exil, font les tristes effets De l'hommage eternel que j'en devois attendre Quel prix de amour, quel fruit de mes forfaits!   SCENE IV MEDE'E, NÉRINE   MEDE'E   Croiras-tu mon malheur? hélas! Jason luy-mesme, L'infedelle Jason me presse de partir.   NÉRINE   Ah! gardez-vour d'y consentir, Arcas sçait son secret, il m'ayme, Et de sa perfidie vient de m'avertir, Son hymen avec ta Princesse par le Roy même est arresté. Et vostre exil n'est qu'une addresse Pour mettre contre vous ses jours en seureté.   MEDE'E   Dieux témoins de la foy que l'ingrat m'a donnée, Souffrirez-vous cet hymenée.   Prélude   C'en est fait, on m'y force, il faut briser les n¦uds Qu' m attachent a ce perfide; Puisque mon desespoir n'a rien qui l'intimide, Voyons quel doux succez suivra ses nouveaux feux.   A qui cherche ma mort je puis estre barbare, La vengeance doit seul occuper tous mes soins. Faisons tomber sur luy les maux qu'on me prepere, Et que le crime nous separe, Comme li crime nous a joints.   NÉRINE   Avant que d'éclater, rappelez dans son ame Le souvenir de sa première flâme.   MEDE'E   Malgré sa noire trahison, Je sens que ma tendresse est toûjours la plus forte: Mais Corinthe, le Roy, la Princesse, Jason, Tout doit trembler si je m'emporte.   N'en deliberons plus; Vous qui m'obeissez, Esprits à me plaire empressez, Volez, apportez-moy cette robe fatale Que je destine a ma Rivale.   Il partoît icy des Esprits en l'air qui disparoissent aussitôt   Des poisons que j'y veux verser Je suspendray la violence, Et Je ne les feray senir à ma vengeance Que quand je m'y verray forcer.   NÉRINE   De la pitié vous pourrez vow deffendre, En punissant Jason craignez de vous punir.   MEDE'E   Retire-toy, tes yeux me pourroient soûtenir L'horreur qu'icy je vais repandre.   SCENE 5 MEDE'E   Prélude   MEDE'E   Notres filles du Styx, Divinitez tembles, Quittez vos affreuses prisons.   SCENE 6   MEDE'E   Venez mesler à mes poisons La dévorante ardeur de vos feux invisibles.   Il paroît tout à coup une Troupe de Demons.   LA JALOUSIE & LA VENGEANCE   L'Enfer obeit à ta voix, Commande a va suivre tes loix.   MEDE'E   Punissons d'un ingrat la perfidie extresme, Qu'il souffre, s'il se peut, cent tourments à la fois En voyant souffrir ce qu'il aime.   LA JALOUSIE & LA VENGEANCE   L'Enfer obeit à ta voix Commande il va suivre tes loix.   Les Demons Aëriens apportent la Robe.   SCENE 7   MEDE'E   Je voy le Don fatal qu'exige ma Rivale, Pour le rendre funeste il est temps, faisons choix Des sucs les plus mortels de la Rive infernale.   LA JALOUSIE & LA VENGEANCE   L'Enfer obeit à ta voix, Commande il va suivre tes loix.   Premier Air pour les Demons   Les Demons apportent une Chaudiere infernale, dans laquelle ils jettent les herbes qui doivent composer le poison, dont Medée a besoin pour empoisonner la robe.   MEDE'E   Dieu du Cocyte & des Royaumes sombres, Roy des pâles ombres, Sois attentif à mes enchantements. Pour m'asswer qu'Hecatc m'est propice, Que l'Avene fremisse, Et fasse tout trembler par ses mugissements.   On entend un bruit souterrain.   L'Enfer m'a répondu, ma victoire est certaine. Naissez, monstres, naissez, tous mes charmes sont faits. Du funeste poison par une mort soudaine Faites-nous voir les prompts effets.   CH‘UR   Naissez, monstres, naissez, tous les charmes sont faits, Du funeste poison par une mort soudaine Faites-nous voir les prompts effets.   Pendant ce ch¦ur les Monstres naissent, & après que les Demons ont réprendu du poison de la Chaudière sur eux, ils languisent & meurent.   Tout répond à nostre envie, Les monstres perdent la vie.   Medée prend du poison dans la Chaudière, & le répand sur la robe.   Seconde Entrée des Demons   LA JALOUSIE & LA VENGEANCE   Non, non, les plus heureux amants, Après une longue esperance, N'ont des plaisirs qu'en apparence, En voulez-vous de charmants? Cherchez-les dans la vengeance.   CH‘UR   Non; non, les plus heureux amants, Après une longue esperance, N'ont des plaisirs qu en apparence, En voulez-vous de charmants? Cherchez-les dans la vengeance.   MEDE'E   Vous avez servy mon courroux, C'est assez, retirons-nous.   Medée emporte la robe & les Demons disparoissent.   Interméde   ------------------------------------------------------------------------         Le théâtre represente l'avant-cour d'un Palais, & un jardin magnifique dans le fonds.   SCENE 1 Prélude JASON, CL!ONE   CLEONE   Jamais on ne l'a vit si belle. La Robe de Medée augmente ses appas, Et dans l'éclat qu'elle répand surt elle, Il faut estre sans yeux Pout ne l'admner pas.   JASON   A peine dans ses mains cette Robe estre mise, Et déja la Princesse a voulu s'en parer.   CLÉONE   L'agrément qu'elle en squt tirer, Vour causera de le surprise, Elle patout, voyez quel air de majesté, Anime et soûtient sa beauté.   SCENE 2 CRE'USE. JASQN, CLEONE   JASON   Ah ! que d'attraits ! que de graces nouvelles! A voir ce vif éclat que mes yeux sont contents! Des fleurs que produit le Printemps Les couleurs ne sont pas si belles. Ah ! que d'attraits! que de graces nouvelles!   CRE'USE   Si j'ay quelques attraits assez vifs pour toucher S'ils brillent plus qu'à l'ordinaire, Cet avantage ne m'est cher Que peu la gloire de vous plaire.   JASON   Quels feux brulants dans un c¦ur Cette assurance fait naître: N'ont-ils pas assez d'ardeur, Et cherchez-vous à l'accroistre ?   CRE'USE   Si cette ardeur peut s'augmenter, Croyez-vous qu en vouloir borner la violence Ce ne soit pas une offence Capable de m'irriter? D'un amour qui se ménage Les c¦urs tendres sont blessez, Malgré les v¦ux empressez Qul m'assûrent vôtre hommage, Pouvant m'aimer davantage Vous ne m'aimez pas assez.   JASON   Non, jamais tant d'amour, jamais flame si belle N'embreza le c¦ur d'un amant.   CRE'USE   C'est peu d'y vou un sort charmant, Son ardeur doit estre eternelle.   JASON   Ah! j'en fais icy le serment Puisse l'amour dans sa juste colere Exercer contre moy sa plus grande rigueur, Si jamais il trouve mon c¦ur Detaché du soin de vous plaire.   ENSEMBLE   Puisse l'amour dans sa juste colere Exercer contre moy sa plus grande rigueur, Si jamais il trouve mon c¦ur Detache du soin de vous plaire.   CRE'USE   Icy finit à regret un entretien si doux, Mais le Prince d'Argos s'avance, Et son importune presence Me force a l'eloigner de vous.   SCENE 3 Prélude ORONTE, JASON   ORONTE   Sitost que je parois la Princesse vous quitte, Mon amour s'en doit allarmer.   JASON   Elle connoist trop bien le prix du vray merite Pour ne pas voir en vous ce qu'il faut admirer.   ORONTE   Quand sur un espoir legitime On peut se flater d'estre heureux, Pour satisfaire un c¦ur bien amoureux Est-ce assez que de l'estime!   JASON   La Princesse a de quoy rendre vos feux constants, Aymez, on obtient tout du temps.   ORONTE   Non, dans la froideur extrème Je voy le refus de mon coeur, Quelque Rival se cache elle est aimée, elle ayme, Je pourrey découvrir ce trop heureux vainqueur; Et mon bras disputant cette noble victoire, Fera voir qui de nous en merrite la gloire.   JASON   L'Amour promet souvent plus qu'il ne peut tenir.   ORONTE   Jugez mieux d'un amant que le mépris outrage, S'il forme une entreprise il sçait la soûtenir.   JASON   Vous sçavez à quels soins la querre icy m'engage, Les troupes, qu'aujourd'huy fait assembler le Roy, N'attendent plus que moy.   SCENE 4 MEDÉE, ORONTE, NÉRINE   ORONTE   Vos soupçons estoient vrays, J'ay veu moy mesme l'iinexcusable trahison Qui doit estre le prix de vostre amour extréme, J'ay leu dans le c¦eur de Jason, Il seduit la Princesse, il l'ayme, De tant de perfidie, ô Ciel, fais-nous raison.   MEDE'E   Eût-il le Ciel à ses v¦ux favorable, Ne craignez point cet Hymen odieux, Au pouvoir de Medée il n'est rien de semblable Elle asservit la terre, Elle commande aux Cieux, Je tiens la foudre suspenduë; Mais si Creon ne cede pas, Il verra quelle peine est deuë A qui se fait le soûtien des ingrats.   ORONTE   Pardonnez à ma foiblesse, L'amour a sceu m'engager, Un Juste couroux vous presse. Mais à ne rien ménager, Le plaisir de vous vanger Me rendra-t'il la Princesse?   MEDE'E   Je me declare pour vous, Jamais, quay que puissent faire les Dieux, Creüse & son pere, Jason n'en sera l'époux.   Laissez-moy seulement, dans ce que je medite, J'ay besoin de calmer le trouble qui m'agite.   SCENE 5 MEDE'E, NÉRINE   MEDÉE   D'où me vient cette horreur; est-ce à moy de trembler ? Preste à punir la criminelle flâme Qui cause les ennuis dont on m'ose accabler, Puis-je me souvenir que je suis mere & femme?   NÉRINE   Ses yeux sont égarez! ses pas sont incertains! Dieux! détournez ce que je crains.   MEDE'E   Non, à la pitié je dois entre inflexible, Jason méprisera mon desespoir jaloux, Venez, fureur, je m'abandonne à vous.   Je prens une vengeance épouventable, horrible! Mais pour voir son supplice égaler mon couroux, C'est par l'endroit le plus sensible Qu'il faut porter les derniers coups.   SCENE 6 CREON, MEDE'E, NÉRINE:, Gardes   CREON   Vos adieux sont-ils futs? le murmure augmente, C'est aigrir les esprits que de ne cedez pas, D'un peuple qui vous faiut sortir de mes Estats Craignons la freur insolente.   MEDE'E   Je pars, & ne voux plus troubler votre repos. Mais je dois tenir ma promesse, Pour m'en voir délagee il faut que la Princesse Epouse le Prince d Argos. A ferrer ces beaux n¦uds la gloire vous invite, Pressez ce doux moment, l'Hymen fait, je vous quitte.   CREON   Quelle audace vous porte à me parler ainsi? Vous, l'objet malheureux de tant de justes haines, Ignorez-vous que je commande icy, Et que mes volontez y seront souveraines, C'est à moy soul de les regler.   MEDE'E   Creon, sur ton pouvoir cesse de t'aveugler, Tu prens une trompeuse idée De te croire en état de me faire la loy, Quand tu te vente d'estre Roy. Souviens-toy que Je suis Medée.   CREON   Cet orgueil peut-il s'égaler?   MEDE'E   Sur l'Hymen de ta fille il m'a plû de parler, En vain mon audace t'étonne, Plus puissante que toy dans tes propres Etats, C'est moy qui le veux, qui l'ordonne, Tremble si tu n'obeis pas.   CREON   Ah! c'est trop en souffrir, Gardes, qu'on la saisisse.   Charge   Les Gardes vont pour saisir Medée, elle les touche de sa baguette, & en mesme temps ils tournent leurs Armes les uns contre les autres.   CREON   Que voy je? ah ! justes Dieux, Par quel mouvement furieux Voulou que par vos mains chacun de vous perisse.   MEDE'E   Montre icy ta puissance à retenir leurs bras, Sois Roy, si tu peux l'estre, Et suspens leurs combats.   Charge   Creon veut s'avancer vers Medée & les Gardes l'environnent pour l'arrester.   CREON   Quoy, lâches, contre moy tous vos efforts s'unissent?   MEDE'E   Je plains ton triste sort. Tes sujets te trahissent; Mais ne crains rien de leur emportement, Pour le faire cesser, je ne veux qu un moment.   Elle fait un cercle en l'air avec sa Baguette, & aussitôt on voit des Fantômes sous la figure de Femmes agreables.   SCENE 7 CREON, MEDE'E Fantomes & Gardes du Roy   MEDE'E   Objets agreables, Fantômes aimables, Appaisez les fureurs De ces farouches c¦urs.   PremierAir pour les Fantômes   Entrée des Fantômes   UN FANTOME   Aprés de mortelles allarmes, Qu'un heureux calme semble doux!   CH‘UR DES FANTOMES   Aprés de mortelles allames, Qu'un heureux calme semble doux!   UN FANTOME   C¦urs agitez d'un vain couroux, Cedez, rendez-vous à nos charmes, Ou prendrez-vous des armes Qui tiennent contre nous ?   CH‘UR DES FANTOMES   C¦urs agitez d'un vain couroux, Cedez, rendez-vous à nos charmes, Ou prendrez-vous des armes Qui tiennent contre nous?   CREON   Par quel prodige à moy-même contraire En voyant ces objets n'a-y-je plus de colere.   FANTOMES   Tout ressent le pouvoir Du plaisir de vous voir, Une ame de glace S'en laisse émouvoir, Et quoy que l'on fasse Le chagrin le plus noir Luy doit ceder la place.   La Fantomes disparoissent, & les Gardes charmez de leur beauté abandonnent le Roy pour les suivre.   SCENE 8 MEDE'E, CREON, NÉRINE   MEDE'E   Mon pouvoir t'est connu, j'ay mis ta garde en fuite Pour te forcer à l'hymen que je veux, Mon art fecondera mes v¦ux, J'ay commencé, crains-en ta suite.   CREON   Quoy l'on viendra me braver dans ma Cour ? Perisse tout plûtost que je l'endure, Vostre sang odieux lavera mon ingure, Ou les Dieux m'osteront le jour.   MEDÉE   D'un indigne mépris c'est trop souffrir l'outrage; Viens fureur, c'est à toy d'achever mon ouvrage.   La Fureur paroist avec son flambeau. & passe par devant Creon.   SCENE 9   CREON   seul   Noires divinitez, que voulez-vous de moy? Impitoyables Eumeindes Vous faut-il le sang des perfides Qui n'ont pas respecté leur Roy? Mais, où suis-je? D'où vient tout à coup ce silence? Le Ciel s'arme de feux, Ah! c'est pour ma vengeance, Courons, n'épargnons rien, que d'horribles éclats! Où veux-je aller! Tout tremble sous mes pas, Tout s'abisme, la terre s'ouvre! Dans ses gouffres profonds quels monstres je découvre! Ils saistssent Medée! ah! ne va quittez pas. Les sombres flots du Styx n'ont rien qui m'épouvante: Pour la voir condamner aux plus affreux tourments, Je vais apprendre à Radamante Jusqu'ou va la noirceur de ses enchantements.   Intermède   ------------------------------------------------------------------------         Le Théâtre represente le Palais de Medée   SCENE 1 MEDÉE, NÉRINE   NÉRINE   On ne peut sans effroy soûtenir sa presence, Il court de toutes puts menaçant, furieux Dans ce funeste état tout ce qu'il voit l'offence. La Princesse elle seule en s'offrant à ses yeux Semble de sa fureur calmer la violence Il s'arreste, Il soupire, & garde un lonf silence.   MEDE'E   Et que dit son heuueux Amant?   NÉRINE   Jason ignore encor ce triste évenement, Occupe par les soins que la guerre demande Il range avec nos Chefs les troupes qu'il commande.   MEDE'E   Que d'horreurs! que de maux suivront sa trahison, C'est luy seul qui les cause, il m'en fera raison, Vangeans-nous, Ma fureur, à tant de Roys fatale A t'elle assez de ma Rivale? Non, s'il ose garder ses sentiments ingrats, Si toujours il perd la memoire De ce que j'ay fait pour sa gloire, Il une ses enfans, Ne les épargnons pas. Ah. trop barbare mere, Quel crime ont-ils commis pour leur percer le sein?   Nature, tu parles en vain, Leur crime est assez grand d'avoir Jason pour pere; Quel desespoir m'aveugle & m'emporte contre eux, Leur âge permet-il cet affreux parricide? Et sont-ils criminels pouu estre malheuueux ? Quoy ? je craindray de punir un perfide De ses v¦ux triomphans ma mort seroit l'effet. Oubitons l'innocence, & voyons le forfait. Une indigne pitié me les fut reconnoistre,   C'est mon sang, il est vray, mais c'est le sang d'un traistre, Puis-je trop acheter en les fusant perir, La douceur de les vou souffrir?   SCENE 2 CRE'USE, MEDE'E, NÉRINE   CRE'USE   Si la pitié vous peut trouver sensible, Voyez une Princesse en pleurs, Qui vient vous demander la fin de ses malheurs, A vostre Art rien n'est impossible. Pour garantir l'Estat des maux que je prevoy, Si la pitié vour peut trouver sensible, Appaisez la fureur du Roy.   MEDE'E   Si vous voulez obtenir ce miracle, C'est au Prince d'Argos qu'il faut vous adresser Par son Hymen vos maux doivent cesser, Vos desirs n'auront point d'obstacle, Mais je veux qu'en ce mesme jour, En recevant sa foy, vous payez son amour.   CRE'USE   Sur cet Hymen quel party dois-je prendre? Quand d'un pere & d'un Roy le Ciel m'a fut dépendre.   MEDE'E   J'ay parlé, c'est assez, Ne cherchez plus en moy Le pouvoir d'un pere et d'un Roy.   CRE'USE   Pourquoy precipiter un dessein?   MEDE'E   Point d'excuse, Du trouble où je vous mets, je comnois la raison, Quand au Prince d'Argos vostre c¦ur se refuse, Il veut se garder à Jason.   CRE'USE   Se garder à Jason?   MEDE'E   Je sçay sa perfidie, En luy vous aviez un amant. Mais on offence pas Medée impunement, D'une entreprise si hardie L'Univers entonné verra le châtiment.   CRE'USE   Ah! reprenez Jason, & me rendez mon pere, Que Jason parte & au'il fuye avec vous.   MEDE'E   Non, de ma main vous prendrez un Epoux, Ce seul moyen peut salisfaire Les transports de mon c¦ur jaloux.   CH‘UR DE CORINTHIENS   qu'on ne voit pas   Ah! funeste revers, fortume impitoyable ! Corinthe hélas! que vas-tu devenir.   CRE'USE   Que ce grand bruit m'est redoutable   CHOEUR   Dieux cruels est-ce ainsi que vostre haine accable Ceux que vous devez soûtenir.   SCENE 3 CRE'USE, MEDÉE, NÉRINE, CLEONE Choeur de Corinthien   CRE'USE   à Cléone   Venez, parlez, qu'avez-vous à m'apprendre ? Je voy vos yeux baignez de pleurs.   CLEONE   Je viens vous annoncer le plus grand des malheurs, Le Roy ne respiroit que du sang à répandre, Quand voyant le Prince d'Argos Il a paru plus en repos, Sa fureur sembloit dissipée; Mais dans le temps qu'on n'a rien redouté De sa fausse tranquillité, De ce malheureux Prince il a saisi l'épee, Et luy perçant le fianc son bras nous à fait voir Ce que peut un prompt desespoir.   CRE'USE   Helas!   CLEONE   Dans ce malheur extrême Chacun s'est empressé de luy prester secours, Le Roy dans cet instant a terminé ses jours Du mesme fer il s'est percé luy-mesme, Ah! s'est-il escrié, le Ciel l'a donc permis, J'ay vaincu tous mes Ennemis.   CHOEUR DE CORINTHIENS   Ah! funeste revers, fortune impitoyable! Corinthe, hélas! que vas-tu devenir? Dieux cruels est-ce ainsi que vostre haine accable Ceux que vous devez soûtenir? Refusons nôtre encens, nôtre hommage A ces Dieux inhumains, Tous nos respects sont vains, Nos maIheheurs sont leur injuste ouvrage.   CRE'USE   C'est assez, laissez-moy, vos pleurs ne font qu'aigir Les maux que je me dois preparer à souffrir.   SCENE 4 NEDEE, CRE'USE, NÉRINE, CLEONE   CRE'USE   Hé bien bubare, estes-vous satisfaite? Par de plus grands forfaits voulez-vous meriter Le detestable honneur de faire redouter Le pouvoir que l'enfer vous préte ?   MEDE'E   Un peu de sang Versé vous met-il en courroux? Si c'est pour vos regards un spectacle funeste, Le c¦ur de Jason qui vous reste Pour vous en consoler est un prix assez doux.   CRE'USE   Ah! si j'ay sur luy quelque empire, Craignez vous punir la dernière rigueur, Je ne m'en serviray que pour mettre en son c¦ur Toute la haine que m'inspire Ce que pour vous je sens d'horreur.   MEDE'E   Oue peuvent contre moy ces desseins de vengance ? Quels effets en seront produits? Puisque vous ignorez jusqu'où va ma puissance, Connoissez tout ce que je suis.   Medée touche Creüse de sa baguette & s'en va.   SCENE 5 CRE'USE, CLEONE   CRE'USE   Quel feu dans mes veines s'allume! Quel poison dont l'ardeur tout à coup me consume, Des cette Robe estoit caché, Soûtenez moy, je n'en puis plus, je tremble, Je brusle, sur mon corps un brazier attaché Me fait souffrir mille tourmens ensemble, Mon mal est sans remede, à quoy servent ces pleurs? Rien ne pout soulager l'excez de mes douleurs.   SCENE 6 JASQN, CRE'USE, CLEONE   JASON   Ah! Roy trop malheureux! Mais, à Ciel! la Princesse paroist mourante entre vos bras, Qui la met dans cette foiblesse?   CRE'USE   Approchez-vous, Jason, ne m'abandonnez pas, Mon pere est mort, je vais mourir moy-mesme, Je peris par les traits que Medée a formez, Mille poisons dans sa robe enfermez, Parune violence extrême Vous oste ce que vous aimez. Ce que j'endure est incroyable, Maus au moins j'au de quoy rendre graces aux Dieux, Que sa fureur impitoyable Me laisse la douceur de mourir à vos yeux.   JASON   Appellez-vous douceur un effet de la rage? De cet affreux spectacle elle a sceu la rigeur, Pouvoit-elle mettre en usage Un sumplice plus propre à m'arracher le c¦ur.   TOUS DEUX   Helas! prests d'estro unis par les plus douces chaînes, Faut-il nous voir seperer à jamais?   CRE'USE   Peut on nen ajouter à l'excés de ma peine?   Mais déja de la mort les horruers me saisistent, Je perds la voix, Mes forces s'affoiblissent, C'en est fut, j'expire, je meurs.   On emporte Creuse.   SCENE 7   JASON   seul   Elle est morte & je vis, courons à la vengeance, Pour estre en liberte de renoncer au jour, La perte de Medée est deüe à mon amour, Quel supplice assez grand peut expier l'offence? Mais par quel effet de son Art.   SCENE 8 MEDE'E, JASON   MEDE'E   Medée en l'air sur un Dragon   C'est peu pour contenter la douleur qui te presse D'avoir à venger la Princesse, Vange encor tes Enfans, Ce funestte Poignard les a ravis à la tendresse.   JASON   Ab! barbare!   MEDE'E   Infdelle, après ta trehison Ay-je dû voir mes fils dans les fils de Jason.   JASON   Ne croy pas échapper au transport qui m'anime, Pour te punir j'iray jusqu'aux Enfers.   MEDE'E   Ton desespou choisit mal sa victime, Que pourra-t'il, puisque les Airs, Sont pout moy es chemins ouverts ?   JASON   Ah! le ciel qui toûjours protagea l'innocence...   MEDE'E   Adieu Jason, j'ay remply ma vengeance, Voyent Corinthe en feu ces Palais embrazez, Pleure à jamais les maux que ta flâme a causez.  

Medée fend les Airs sur son Dragon, & en mesme temps les Statues & autres ornemens du Palais se brisent On voit sortir des Demons de tous côlez, qui ayant des feux à la main embrasent ce mesme Palais. Ces Demons disparoissent, une nuit se forme, & cet édifice ne paroist plus que ruine er monstres, après quay il tombe une pluye de feu.

 

Fin de la tragédie

 


Note : l'édition de ce livret et sa correction on demandé beaucoup de travail. Si vous pensez le copier et le mettre sur votre site web, ayant la courtoisie d'y laisser les références de l'auteur et de son site

This libretto edition and correction was a lot of work. If you''ll like to use it for your own website, please have the kindness to keep the name of the author and his webaddress.

Jean-Benoit CHENIQUE

jb.chenique@wanadoo.fr

http://www.multimania.com/baroque

 


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