L'Europe galante
Ballet présenté en 1697
Musique de André Campra
Livret de Monsieur de La Motte
VÉNUS
Quelle soudaine horreur! et quels terribles bruits!
Ciel! qui peut amener la Discorde où je suis!
LA DISCORDE
C'est en vain qu'à tes loix tu prétens qu'on réponde
Déesse, fait cesser d'inutiles traveaux;
A quel coin reculé du monde,
L'Amour veut-il tenter des triomphes nouveaux?
Pour qui destine-t'il les traits qu'on luy prepare.
De tous côtez je le fais dédaigner
Lorsque de tous les cŠurs la Discorde s'empare,
Sur qui veut-il encor régner?
Tout ressent la fureur dont je suis animée,
A mes sanglants Autels tout vient sacrifier,
Et ton fils se voit oublier;
Je l'ay du moins banny de l'Europe allarmée,
S'il ne l'est pas du monde entier.
VÉNUS
Tu t'aplaudis d'une fausse victoire,
L'Amour a dans l'Europe une nouvelle gloire
Il recueille le fruit de tes noires fureurs.
LA DISCORDE
C'en est assez, épargne-moy le reste,
Et ne me force pas à m'entendre louer
Un Roy qui te deteste.
VÉNUS
Je te feray souffrir de plus cruels tourmens
Tu méprises l'Amour, tu verras sa victoire,
Et je veux que ces lieux par divers changements,
Servent de théatre à sa gloire.
L'Europe que tu crois attentive à ta voix,
Va chanter à tes yeux la douceur de ses loix
Tu vas voir que des cŠurs, l'Amour seul est le maître.
LA DISCORDE
Ah! ne te flattes pas de m'en rendre témoin.
VÉNUS
Je veux te contraindre de l'être;
Tu prends, pour t'en deffendre, un inutile soin.
LA DISCORDE
Puisque dans ces lieux on m'arrête,
Fureurs, secondez-moy, troublons au moins la fête;
Faisons des inconstants, des Jaloux odieux!
Jettons dans tous les cŠurs, les soupçons et les craintes
Qu'on reconnoisse à mille plaintes,
Que la Discorde est en ces lieux.
VÉNUS
Tu ne peux exciter que de vaines allarmes,
Tu rendras mon triomphe encor plus glorieux.
Faisons regner l'Amour, faisons briller ses charmes;
Les doux Plaisirs, vent ses plus fortes armes.
La France
(André Destouches)
CÉPHISE
Paisibles Lieux, agréables Retraites,
Je n'aimeray jamais que vous.
En vain mille Bergers viennent à mes genoux.
Me jurer des ardeurs parfaites,
Beaux Lieux, n'en soyez point jaloux.
Je méprise leur flâme, et je les quitte tous
Pour le plaisir que vous me faites.
Pour forcer mon coeur à se rendre
On fait des efforts chaque jour; mais,
Quelques pleurs que je fasse répandre,
Quelques serments que Ibn me fasse entendre,
Ce vent les pieges de l'Amour ???????????
Je me garderay bien de m'y laisser surprendre.
Air. Un Berger
"Soûpirons tous"
UN BERGER
Soûpirons tous,
Suivons, l'Amour sans nous contraindre
Il est plus doux
De le sentir que de la craindre
Qui sent ses coups
Les chérir au lieu de s'en plaindre
L'Amour rend les amants
Jaloux de leurs tourments;
Ses feux sont charmant,
Gardons-nous bien de les éteindre;
C'est des tendres soûpirs
Que naissent les plaisirs.
Passepied I et II
L'Espagne
Air. Dom Pedro
"Sommeil"
DOM PEDRO
Sommeil, qui chacque nuit joüissez de ma belle,
Ne versez point vos pavots sur ses yeux;
Attendez, pour regner sur elle,
Qu'elle ait appris mes tendres feux;
Je vais parler, c'est assez me containdre,
C'est trop cacher les maux qu'elle me fait souffrir;
Du moins, il est temps de m'en plaindre,
Lorsque je suis prêt d'en mourir.
Ah! s'il plaisoit aux beaux yeux que j'adore,
De soulager mon amoureux tourment
Le sort fatal que je déplore,
Deviendroit un destin charmant
Mais, ma mort est toujours certaine,
Quelques succès que l'Amour daigne me préparer;
Que Lucile soit inhumaine,
Ou sensible à l'ardeur que je viens declarer
Il faudra toujours expirer
De mon plaisir, ou de ma peine.
1er Air pour Les Espagnols
(Loupe)
Air "El esperar en amores"
UNE ESPAGNOLE
El esperar, en amores merecer.
El persistir es un esforçar el hado,
En gazer suele mudarse el paceder,
Alfin es Amante quien est à amado.
El esperar, en amores merecer
2er Air Rondeau
L'Italie
Air pour les Masques
Air Italien
"Al an curoe tutto geloso"
UNE FEMME DU BAL
Ad un cuore tutto geloso,
Deve amor negar pietà.
La sue face
Ch'aletta e piace,
Vuol dolcezza non crudeltà.
Un bel viso tutto vezzoso.
Mer'ta un laccio di lealtà.
Che Cupido,
Quel Nume infido
Aborisce la ferità.
La Forlana
Menuit
La Turquie
AIR. ZAÏDE
"MES YEUX"
(André Destouche)
ZAÏDE
Mes yeux, ne pourrez vous jamais,
Forcer mon vainqueur à se rendre;
Faut-il, avec un coeur si tendre,
Avoir de si foibles attraits?
Au moment de mon esclavage,
Quand on me conduisit dans ce riche Palais
Il parut à mes yeux l'Antre le plus sauvage.
Je le fis retentir de mes tristes regrets,
Je me fis une image affreuse
Du Souverain que j'adore aujourd'huy;
Mais, sa présence, enfin dissipa mon ennuy,
Et je me trouvay trop heureuse
D'être captive auprès de luy.
Les Beautez dont il est le maître
Par son ordre bientôt s'assemblent dans ces lieux;
Amour, Amour, fay-luy connoître
Le coeur, qui le mérite mieux.
Mais, c'est luy que je vois, gardons-nous de paroître,
Il n'est pas temps encor de m'offrir à ses yeux.
Passacaille
Air. La Discorde et Vénus
"C'en est fait".
LA DISCORDE
C'en est fait, Déesse inhumaine,
Laisse-moy fuir de ce fatal séjour;
Tu n'as que trop joüy de ma cruelle peine,
O Ciel! tout echape à ma haine,
Et tout céde à lAmour.
J'excitois vainement le Dépit et la Rage,
La force de l'Amour en brilloit davantage;
Fuyons, Fuyons de l'Universe,
Allons de moins regner dans les Enfers.
VÉNUS
La Discorde à l'Amour, cède enfin la victoire.
Vous, Jeux charmants, tendres Plaisirs.
Volez de toutes parts, pour servir ses désirs;
Allez accroître encor son Empire et sa gloire.
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