Le
théâtre représente une
solitude
RÉCITATIF
ISMÉNOR
Tout l'avenir est
présent à mes yeux !
Une suprême intelligence
Me soumet les Enfers Et la terre, et les cieux
L'Univers étonné se tait en ma
présence
Mon art m'égale aux Dieux,
Cet art mystérieux
Est un rayon de leur toute putssance !
On vient, c'est Dardanus;
Est‚ce vous que je vois ?
Dans ces lieux ennemis quel dessein vous
amène
?
Du barbare Teucer tout suit ici les lois.
Puyez, pourquoi chercher une perte certaine ?
DARDANUS
Non, vos conseils
sont vains
Un intérêt trop cher auprès de vous
m'entraîne;
Mon repos, mon bonheur, ma vie est dans vos mains.
ISMÉNOR
Vous trouverez en
moi l'ami le plus fidèle.
DARDANUS
Un malheureux amour
me trouble et me dévore,
La fille de Teucer est l'objet que j'adore.
ISMÉNOR
Iphise doit
bientôt venir dans ce bocage.
RÉCITATIF ET AIR
DARDANUS
Je l'ai su, j'ai
volé, j'ai devancé ses pas,
Souffrez-moi dans ces lieux, j'y verrai ses appas,
C'est un charme suprême
Qui suspendra mon tourment.
Eh ! quel bien vaut pour un amant
Le plaisir de voir ce qu'il aime.
ISMÉNOR
Prince,
étouffez plutôt d'inutiles désirs;
Quand Iphise à vos feux pourrait être
sensible,
Vous connaissez Teucer et sa haine inflexible,
Croyez-vous qu'il voulût couronner vos soupirs
?
DARDANUS
Si je croyais
qu'lphise approuvât ma tendresse,
Abandonnant mes droits, tout vainqueur que je suis,
De Teucer aisément j'obtiendrais ma Princesse;
Et l'hymen couronnant le feu qui me presse,
Deviendrait de la paix et le gage et le prix.
ISMÉNOR
C'en est fait,
l'amitié m'entraîne,
Je cède à vos veux empressés,
Mais de vos ennemis il faut tromper la haine.
Entendez ma voix souveraine,
Ministres de mon art,
Hâtez-vous, paraissez !
CHOEUR DES
MINISTRES
Hâtons-nous,
commençons nos terribles mystères,
Et que nos magiques concerts
Retentissent jusqu'aux Enfers.
Commençons nos terribles mystères,
Et que nos magiques concerts,
Du sein de ces lieux solitaires
Retentissent jusqu'aux Enfers
AIR
GRAVE
RÉCITATIF
ISMÉNOR
Suspends ta
brillante carrière,
Soleil, cache à nos yeux les feux
étincelants,
Qu'à l'Univers troublé par nos
enchantements,
L'astre de la nuit dispense sa lumière.
AIR
VIF
ISMÉNOR
Nos cris ont
pénétré jusqu'au sombre
séjour.
Pour nous mieux obéir, les Déités
cruelles,
Cessent de tourmenter les ombres criminelles
Je les vois à nos veux être à regret
fidèles,
Et frémir de servir l'amour. Bis.
C'en est
fait; le succès passe mon espérance.
Prenez ce don mystérieux.
Vous allez sous mes traits abuser tous les yeux;
Mais le destin a borné ma puissance,
Si vous l'osez quitter, n'espérez plus en moi;
Le charme cesse et le péril commence,
Tel est du sort l'irrévocable loi.
CHOEUR DES
MINISTRES
Obéis aux
lois des Enfers, ou ta perte est certaine,
Songe que sous les fleurs où le plaisir
t'entraine,
Des gouffres profonds sont ouverts.
ISMÉNOR
Quelqu'un vient,
Il est temps qu'en ces lieux je vous laisse.
Surtout contraignez‚vous en voyant la Princesse.
ANTÉNOR
Je viens vous
confler le trouble de mon coeur;
Peut‚être je devrais rougir de ma faiblesse,
Mais je suis entrainé par un charme vainqueur,
J'aime Iphise,
A mes veux son père est favorable,
Bientôt je serai son époux.
DARDANUS
L'hymen doit vous
unir.
O sort impitoyable !
ANTÉNOR
Pour obtenir du Roi
l'aveu d'un bien si doux,
Je viens de m'engager à servir son courroux
Contre l'ennemi qui l'accable.
J'espére voir bientôt ce guerrier
redoutable.
Périr et tomber sous mes coups.
DARDANUS
J'ai peine à
retenir les transports qu'il m'inspire.
Le sort que je puis vous prédire...
ANTÉNOR
Je ne veux point
prévoir le succès qui m'attend,
Ce n'est pas ce dessein qui près de vous me
guide,
Un esprit curieux marque une âme timide,
Et j'apprendrai mon sort en combattant:
Si je suis alarmé, ce n'est que pour ma flamme;
La Princesse a paru peu sensible à mes feux
Par votre art aisément vous lirez dans son
âme;
Serais-je traversé par un nval heureux ?
DARDANUS
Elle aime ! à
qui son coeur cède-t'il la victoire ?
Sur quoi fondez-vous ces soupçons ?
ANTÉNOR
Je le crains assez
pour le croire,
L' Amour pour s'alarmer manque-t'il de raisons ?
DARDANUS
Je veux observer
tout avec un soin extrême;
Si vos feux sont troublés par un heureux rival
Croyez qu'à pénétrer ce mystère
fatal
Je prends un intérêt aussi grand que
vous‚même.
ANTENOR
Iphise vient, je
fuis
J'ai pns soin de cacher qu'en ces lieux
écartés
Je venais vous chercher.
RECITATIF
DARDANUS
Je la vois, quels
transpons ont passé dans mon âme !
Contraignons, s'il se peut, mes regards amoureux,
Malgré l'enchantement qui me cache à ses
yeux,
Ils trahiraient le secret de ma flamme.
Princesse, quel dessein vous conduit en ces lieux ?
IPHISE
Hélas!
DARDANUS
Vous
soupirez.
IPHISE
Que viensje vous
apprendre ?
Ah ! si je vous ouvre mon coeur,
Vous me verrez avec horreur
Et vous frémirez de m'entendre !
DARDANUS
Où tend de ce
discours le sens mysténeux ?
IPHISE
Il faut donc
révéler ce secret odieux.
Par l'effort de votre art terrible
Vous ouvrez les tombeaux, vous armez les Enfers,
Vous pouvez d'un seul mot ébranler l'Univers.
A cet art tout puissant n'est‚il rien d'impossible ?
Et s'il était un coeur trop faible
Trop sensible...
Dans de funestes núuds malgré lui retenu
Pourrez-vous...
DARDANUS
Vous aimez, ô
ciel, qu'ai je entendu !
IPHISE
Si vous êtes
surpns en apprenant ma flamme
De quelle horreur serez‚vous prévenu
Quand vous saurez l'objet qui règne sur mon
âme.
DARDANUS
Je tremble, je
frémis...
Quel est votre vainqueur ?
IPHISE
Le croirez-vous
?
Ce héros redoutable,
Ce guerrier qu'à jamais la haine impitoyable
Devait éloigner de mon coeur.
DARDANUS
Achevez...
Dardanus
IPHISE
Lui-même.
AIR
IPHISE
D'un penchant si
fatal rien n'a pu me guérir,
Jugez à quel excès je l'aime, Bis
En voyant
à quel point je devrais le hair. Bis
Arrachez de
mon coeur un trait qui le déchire
Je sens que ma faiblesse augmente chaque jour.
De ma triste raison rétablissez l'empire
Et rendez-lui ses droits usurpés par l'Amour.
RÉCITATIF
DARDANUS
Dieux !
qu'exigez-vous de mon coeur
Ah ! si de votre coeur je pouvais disposer
J'atteste de l'amour la puissance immortelle
Je voudrais resserrer une chaine si belle
Loin de songer à la briser.
IPHISE
Qu'entends-je
?
DARDANUS
Pourquoi balancer
encore ?
Quelles barbares lois se prescrit votre coeur ?
Que Dardanus est loin d'une si triste erreur,
Vous voulez le ha'ir, ingrate. il vous adore.
IPHISE
Qu'entends-je
?
DARDANUS
Oui, vous
régnez sur son coeur !
Que ne puisje exprimer tout l'amour qui l'anime !
Loin de vous reprocher l'excès de votre ardeur
D'aimer si faiblement vous vous feriez un crime.
IPHISE
Quels funestes
conseils osez-vous m'adresser;
Voulez-vous, ministre infidèle,
Envenimer le trait que je veux repousser ?
Fuyons.
DARDANUS
Où
courez-vous cruelle ?
Ah ! connaissez du moins celui que vous fuyez;
Arrêtez, voyez à vos pieds...
IPHISE
Que vois-je ?
Dardanus...
DARDANUS
Vous fuyez,
inhumaine.
IPHISE
C'est un crime pour
moi que de vous écouter.
DARDANUS
Quel mélange
fatal de tendresse et de haine ?
IPHISE
Quelle haine, grands
Dieux !
DARDANUS
Voulez-vous me
quitter,
Croirais-je que l'amour ait pu toucher votre âme .
Vous triomphez en vain d'avoir connu ma flamme,
C'est un motif de plus pour la dompter.
DARDANUS
Arrétez...
Elle fuit... mais j'ai vu sa tendresse;
Mon sort a trop d'appas,
Mon sort, mon sort a trop d'appas.
Quittons ces lieux, l'amour n'y retient plus mes pas;
Et le péril renait, Lorsque le charme cesse.
Mais dussè je périr, j'ai connu sa
tendresse
Mon sort a trop d'appas. Bis.
(Une
foule qui prend captif Dardanus.)
CHOEUR
Dardanus
gémit dans nos fers.
Qu'il périsse, qu'on l'immole,
Que la vengeance nous console
Des maux que nous avons souffens.
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