Actéon   Opéra de chasse par Marc-Antoine Charpentier

  CH‘UR DES CHASSEURS ACTÉON DIANE CH‘UR DES NIMPHES DAPHNÉ ET HYALE ARTHÉBUZE JUNON  
Scène Première   Dans la vallée de Gargaphie Bruit de chasse   CH‘UR DES CHASSEURS Allons, marchons, courons, hastons nos pas. Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes; Que le pénible accès des plus hautes montagnes Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.     ACTÉON Déesse par qui je respire, Aimable Reyne des forêts, L'ours que nous poursuivons désole ton empire Et c'est pour immoler à tes divins attraits Que la chasse icy nous attire. Conduis nos pas, guide nos traits, Déesse par qui je respire, Aimable Reyne des forêts.     DEUX CHASSEURS Vos v¦ux sont exaucés et par le doux murmure Qui vient de sortir de ce bois le ciel vous en assure, Suivons ce bon augure. Allons, marchons, courons . . .     Scène Deuxième   DIANE Nymphes, retirons nous dans ce charmant boccage. Le cristal de ses pures eaux, Le doux chants des petits oyseaux, Le frais et l'ombrage sous ce verd feuillage Nous ferons oublier nos pénibles travaux. Ce ruisseau loin du bruit du monde Nous offre son onde, Délassons nous dans ce flots argentés, Nul mortel n'oserait entreprendre De nous y surprendre, Ne craignons point d'y mirer nos beautés.     CH‘UR DES NIMPHES Charmante fontaine, Que votre sort est doux, Notre aymable reyne Se confie à vous. D'un tel avantage L'Idaspe et le Tage Doivent estre jaloux.     DAPHNÉ ET HYALE Loin de ces lieux tout c¦ur profane; Amants, fuyex ce beau séjour, Vos soupirs et le nom de l'amour Troubleraient le bain de Diane. Nos c¦urs en paix dans ces retraites Goustent de vrais contentements. Gardez vous, importuns amants, D'en troubler les douceurs parfaites.     ARTHÉBUZE Ah! Qu'on évite de langueurs Lorsqu'on ne ressent point les flammes Que l'amour, ce tyran des c¦urs, Allume dans les faibles ames. Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.     CH‘UR DES NIMPHES Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.     ARTHÉBUZE Les biens qu'il nous promet N'en ont que l'apparence, Ne laissons point flatter Par ses appas trompeurs Notre trop crédule espérance. Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.     CH‘UR DES NIMPHES Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.     ARTHÉBUZE Pour nous attirer dans ses chaines Il couvre ses pièges de fleurs, Nimphes, armez vous de rigueurs Et vous rendrez ces ruses vaines. Ah! Qu'on évite de langueurs Lorsqu'on ne ressent point les flammes Que l'amour, ce tyran de nos coeurs, Allume dans les faibles ames. Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.   CH‘UR DES NIMPHES Ah! Qu'on évite de langueurs Quand on mesprise ses ardeurs.     Scène Troisième   ACTÉON Amis, les ombres raccourcies Marquant sur nos plaines fleuries Que le soleil a fait la moitié de son tour, Le travail m'a rendu le repos nécessaire; Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire Et ne me renvoyez que sur la fin du jour. Agréable vallon, paisible solitude, Qu'avec plaisir sur vos cyprès Un amant respirant le frais Vous feroit le récit de son inquiétude; Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets. Je ne connois l'amour que par la renommée Et tout ce qu'elle en dit me le rend odieux. Ah! S'il vient m'attaquer, ce Dieu pernicieux, Il verra ses projets se tourner en fumée. Liberté, mon c¦ur, liberté. Du plaisir de la chasse, Quoy que l'amour fasse, Sois toujours seulement tenté. Liberté, mon c¦ur, liberté. Mais quel objet frappe ma vue? C'est Diane et ses s¦urs, il n'en faut point douter. Approchons nous sans bruit, cette route inconnue M'offrira quelqu'endroit propre à les écouter.     DIANE Nimphes, dans ce buisson quel bruit viensje d'entendre?     ACTÉON Ciel! Je suis découvert.     CH‘UR DES NIMPHES Oh! Perfide mortel, Oze tu bien former le dessein criminel De venir icy nous surprendre.     ACTÉON Que feray-je, grands Dieux? Quel conseil dois-je prendre? Fuyons, fuyons!     DIANE Tu prends à fuyr un inutile soin, Téméraire chasseur, et pour punir ton crime Mon bras divin poussé du courroux qui m'anime Aussi bien que de préz te frappera de loin.     ACTÉON Déesse des chasseurs, escoutez ma deffence.     DIANE Parle, voyons quelle couleur, Quelle ombre d'innocence Tu puis donner à ta fureur.     ACTÉON Le seul hazard et mon malheur Font toute mon offense.     DIANE Trop indiscret chasseur, Quelle est ton insolence! Crois tu de ton forfait déguiser la noirceur Aux yeux de ma divine essence? Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy Apprenne à tes pareils à s'attaquer à moy!     CH‘UR DES NIMPHES Vainte toy maintenant, profane, D'avoir surpris Diane Et s¦urs dans le bain, Va pour te satisfaire, Si tu le peux faire, Le conter au peuple Thébain.     Scène Quatrième     ACTÉON Mon c¦ur autre fois intrépide, Quelle peur te saisit? Que vois-je en ce miroir liquide? Mon visage se ride, Un poil affreux me sert d'habit, Je n'ay presque plus rien de me forme première, Ma parole n'est plus qu'une confuse voix. Ah! Dans l'estat ou je me voys, Dieux qui m'avez formé du noble sang des Royx, Pour espargner ma honte Ostez moy la lumière.     Scène Cinquième   Actéon en cerf   CH‘UR DES CHASSEURS Jamais trouppe de chasseurs Dans le cours d'une journée Fut-elle plus fortunée, Jamais trouppe de chasseurs Reçut elle un jour du ciel plus de faveurs. Actéon, quittez la resverie, Venez admirer la furie De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois. Quoy! N'entendez vous pas nos voix? Que vous perdez, grand prince, à resver dans un bois, Croyez qu'à nos plaisirs vous porterez envie, Et dans tous le cours de la vie Un spectacle si doux ne s'offre pas deux foix.     Scène Sixième   JUNON Chasseurs, n'appelez plus qui ne peut vous entendre. Actéon, ce héros a Thèbes adoré, Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré et par ses chiens dévorés Chez les morts vient de descendre. Ainsi puissent périr les mortels odieux Dont l'insolence extrême Blessera désormais les Dieux, La puissance suprême.   CH‘UR DES CHASSEURS Hélas, déesse, hélas! De quoy fut coupable Ce héros aymable Pour mériter l'horreur de si cruel trépas?     JUNON Son infortune est mon ouvrage Et Diane en vangeant l'outrage Qu'il fit à ses appas N'a que presté sa main à ma jalouse rage. Ouy Jupiter, perfide espous, Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place Sans craindre mes transports jaloux. Mais si jusqu'à son c¦ur n'arrivent pas mes coups, Actéon fut son sang et je jure à sa race Une implacable haine, un éternel courroux.   Elle s'envole.   CH‘UR DES CHASSEURS Hélas, est-il possible Qu'au printemps de ses ans ce héros invincible Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours. Quel c¦ur, à ce malheur, ne seroit pas sensible. Faisons monter nos cris jusqu'au plus haut des airs, Que les rochers en retentissent, Que les flots écumans des mers, Que les aquilons en mugissent, Qu'ils pénètrent jusqu'aux enfers. Actéon n'est donc plus, Et sur les rives sombres Le modelle des souverains, Le soleil naissant des Thébains Est confondu parmy les ombres.   
F I N  
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