Pierre Tabart

( 1645 - 1699 )


Encore une merveilleuse redécouverte du CMBV, enlevée au disque par Jean Tubéry et son ensemble La Fenice, avec l'ensemble vocal Jacques Moderne. ( Te Deum, Magnificat, Requiem - Virgin Veritas )

 

Catherine Cessac nous explique que c'est encore à Sébastien de Brossard que nous devons d'avoir conservé cette musique si étonnante : " ... Nous n'aurions certainement aujourd'hui plus aucune trace de son existence, et surtout de sa musique, sans le témoignage de Sébastien de Brossard, qui l'a personnellement connu et a conservé une partie de ses compositions... "

Sébastien de Brossard (Catalogue des livres de musique) :

« Comme Mr Tabart était mon prédécesseur dans la maîtrise de Meaux et que je l'ai fort connu, je crois qu'on ne sera pas fâché que je le fasse connaître ici à fond. Il naquit à Chinon l'an et fut élevé enfant de ch¦ur à Tours sous un nommé Mr Burgault, le plus habile contrapuntiste de son temps, mais aussi tellement entêté de ce style, qu'il haïssait à la fureur les musiques modernes et surtout les italiennes, et qu'il méprisait souverainement ceux qui s'y appliquaient ou les aimaient. Mr Tabart profita tellement sous cet habile homme qu'il remportait tous les prix pour lesquels il travaillait. Il fut reçu maître de la cathédrale d'Orléans l'an [ ... ], et pendant qu'il y était, il se présenta au concours des maîtres de musique, et eut l'honneur de faire chanter comme les autres maîtres devant Sa Majesté. Il fut reçu pour lors maître de musique de Senlis, et Mr Goupillet maître de musique de Meaux avant été reçu chez le Roi, il retint la maîtrise de Meaux, mais avant été fait chanoine de St Quentin, il quitta les deux maîtrises de chez le Roi et de Meaux, et pour lors Mr Tabart passa de Senlis à Meaux, où il était encore au mois d'avril 1699. Lorsque je lui succédai, il avait alors une des meilleures grandes chapelles de notre Église, du revenu de laquelle il subsista jusques à l'an qu'il mourut âgé de [ ] ans. C'était un très honnête homme, et bien différent de son maître; malgré son habileté pour le contrepoint, il rendait justice à tout le monde et il m'a avoué plusieurs fois que dans le fond, ces sortes de contrepoint n'étaient propres que pour plaire aux yeux, et nullement aux oreilles, et qu'il s'étonnait qu'on eût fait tant de magnifiques fondations, pour faire composer des pièces qui ne pouvaient plaire que très rarement, et a très peu de personnes. »

 

Tabart naît à Chinon, en 1645 ; il part à Tours pour y apprendre la musique : les deux grandes maîtrises de l'époque étant celles de la cathédrale Saint-Gatien et de la collégiale Saint-Martin. Ses évidentes dispositions l'amènent à être nommé maître de chapelle de plusieurs cathédrales, d'abord, toujours sur les bords de la Loire, à Sainte-Croix d'Orléans (qui compta aussi comme maîtres de musique Guillaume Minoret, futur sous-maître de la Chapelle royale, Nicolas Grogniard et Louis Homet, dont les motets nous sont parvenus encore grâce à Brossard), puis un peu plus loin, à Senlis puis à Meaux. Comme trente-cinq de ses confrères, il se présente au grand concours de 1683, mais sans succès. Tabart quitte alors Orléans pour Senlis, où il ne reste cependant pas très longtemps, s'installant définitivement à Meaux, où on le trouve dès 1685 comme « grand chapelain» de la cathédrale Saint-Étienne, puis comme maître de musique, fonction qu'il occupe jusqu'en 1698. Cette année-là, la maîtrise se trouvant en effet « vacante », Brossard pose sa candidature et obtient le poste. Tabart, pourtant âgé seulement de 5 3 ans, n'avait peut-être plus la santé nécessaire pour y accomplir sa tâche; il demeure cependant à Meaux jusqu'à la fin de sa vie.

 

L'oeuvre de Pierre Tabart - nous dit encore Catherine Cessac - conservée grâce à la vigilance de Sébastien de Brossard ( « Ce Mr Tabart, écrit-il, n'a jamais rien fait imprimer et c'est dommage pour le public, et ce qui en est ici étant manuscrit n'en est que plus rare et plus estimable » ) consiste en une messe à six voix, un Requiem à cinq voix, un Te Deum à quatre voix, un Magnificat à cinq voix, et deux autres motets (Veni sponsa Christi, Valcrianus nobilis Romanus). Pour chacune de ces pièces, Brossard a noté son appréciation: dans le Te Deum, « toutes les bonnes regles de l'ancien contrepoint figuré y sont observées exactement », le Magnificat « est veritablement magnifique »; quant au Requiem, il s'agit d'une « tres bonne messe ».

 


biographies

sommaire