Paolo Lorenzani, né à Rome le 5 janvier 1640, enfant de choeur à la Cappella Giulia où il reçut sa formation d'Oratio Benevoli, commença sa carrière romaine en composant quatre oratorios pour l'Arciconfraternita del Santissimo Crocefisso di S. Marcello. Plus tard, il fut nommé maître de chapelle de la prestigieuse Chiesa del Gesù et du Collegio Romano. En 1678, il quitte Rome pour occuper un poste similaire à la cathédrale de Messine ou il fut remarqué par le duc de Vivonne, maréchal de France, qui était venu dans ce pays afin de soutenir les Siciliens dans leur lutte contre l'autorité espagnole. Le maréchal de Vivonne, frère de Mme de Montespan et de Mme de Thianges, vice-roi de Sicile, offrait à la noblesse sicilienne de nombreuses fêtes dpour lesquelles Lorenzani composait les musiques. Mais Louis XIV remplace Viconne par La Feuillade et Vivonne retire ses troupes et rentre en France. Il est probable que Lorenzani décide alors de poursuivre sa carrière en France.
Lorenzani met pied à terre à Toulon le 7 avril 1678 et arrivé peu de temps après à Paris, il est acceuilli par le duc de Vivonne qui le présente à la cour fin août. Le motet qu'il fit chanter devant le roi, " plut tellement à sa Majesté " que Louis XIV lui donna " une somme considérable et l'encouragea à rester en France ". Pour ce faire, le Roi lui donna aussi une partie de la somme nécessaire à l'achat de la charge de maître de la musique de la reine détenue par Jean-Baptiste Boësset. Il cotoie les plus grands musiciens de l'époque : Boësset qu'il remplaçait chez la reine, mais aussi Dumont, sous-maître de la chapelle royale, Nivers qui partageait en alternance avec lui le poste de maître de musique, Lully, Robert, Charpentier, Desmarest. .
Lorenzani vécut seize ans en France participant activement à la vie musicale de la cour. Dès 1679, le roi le chargea de recruter en Italie des castrats pour sa chapelle. De retour en France en 168o, il dirige le 4 août dans l'église de la sorbonne la Musique du Roi au sacre de l'Abbé Colbert, fils du ministre, comme archevêque de Carthage et coadjuteur de Rouen.
En 1681, il prit part aux divertissements de la cour à Fontainebleau en écrivant une pastorale italienne Nicandro e Fileno sur un livret du duc de Nevers, le neveu de Mazarin. En 1682, il partagea avec le jeune Lalande la composition d'une Sérénade en forme d'opéra. En 1683, il tente le concours de recrutement des sous-maitres de la chapelle royale. Bien que ce poste ne lui fut pas attribué, il figura cependant parmi les quinze finalistes choisis par le roi. En juillet 1683, la mort de la reine Marie-Thérèse l'oblige à quitter la cour.
Il entre alors chez les Théatins, ordre religieux italien implanté à Paris depuis 1644. En leur église de Sainte-Anne-la-Royale, les pères Théatins organisaient des prières et des cérémonies semblables à celles qui étaient pratiquées dans les oratoires romains. La musique de Lorenzani avait un grand succès.
Lorenzani fut ainsi couvert de gloire à la cour et à la ville mais probablement déçu de ne pas avoir réussi à obtenir des postes plus importants. Lully détenait le monopole de la musique " française" . Il en imposait et le goût et les règles et sa dictature tenait à l'écart la musique italienne). La musique des itatiens était par conséquent jouée dans des lieux réduits tels que Saint-André-des-Arts, Sainte-Anne-la-Royale, peut-être même aussi dans les appartements de la reine Marie-Thérèse.
Cependant, dès son arrivée en France, Lorenzani sut s'adapter à l'esthétique française comme les autres Italiens qui émigrèrent (Gatti Bembo, Guido..), maîtrisant l'écriture du choeur à la française, alliant les styles français et italien dans une écriture originale ou la ligne mélodique se déroule toute en grâce et en finesse.
En 1688, il donna Oronthée, tragédie en musique commandée pour les fêtes de Chantilly par les Condé. Probablement découragé par l'échec de l'édition de ses motets en 1693, Lorenzani quitte Paris un an plus tard pour remplacer le compositeur Beretta au poste de maître de chapelle de la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican. Il reste en Italie jusqu'a la fin de sa vie en 1713.
La musique de Paulo Lorenzani
La musique de Lorenzani que nous possédons aujourd hui comprend. pour la part italienne, des motets a 1, 2, 3, 4, 6 ou 8 voix et basse continue, deux magnificat à 8 et 9 voix et basse continue, les Litanies à 4 voix et basse continue et l'air Mi contento cosi.
En France, on trouve des airs italiens, des cantates, la pastorale Nicandro e Fileno en trois actes et les vingt-cinq motets publiés chez Ballard en 1693.
Motets/à I. II. III. IV. ET V./parties,/avec simphonies/et basse continue/ Par Monsieur LORENZANI, Maistre de Musique / de la feüe Reyne. Paris, Christophe Ballard, 1693. On possède également différentes sources d'un motet Obstupescite pour trois voix et symphonie attribué tantôt à Lorenzani, tantôt à Daniélis. Cette production parait très limitée par rapport au nombre d'oeuvres que le musicien a du écrire au cours de sa vie. On rapporte que les partitions de Lorenzani circulaient facilement dans Paris, sous forme manuscrite , beaucoup sont aujourd'hui perdues.
Références : Fannie Vernaz, Naxos - Albert La France, CMBV -