Discographie
En juin 2001, Jean Tubéry et son ensemble La Fenice, qui avaient commis un des plus bel enregistrement de MA Charpentier, sortent chez K 617 un CD consacré aux Vêpres de Pierre Menault. On connaissait l'existence de ce musicien car il traîne dans toutes les biographies de Jean-Philippe Rameau, sans que nous n'ayions accès à son oeuvre. Mais les renseignements accessibles étaient terriblement limités puisque Menault n'est même pas cité dans les Guide de la Musique Sacrée ou Guide de la musique Baroque chez Fayard...
C'est Michel Cuvelier, musicologue associé au CMBV, spécialiste de Menault, qui coordonne les données scientifiques de cet enregistrement superbe.
Je regrette l'option d'avoir intitulé ce magnifique CD " Vêpres pour le Père La Chaize ", au lieu de mettre en avant soit le compositeur, soit les interprètes..... Mais il ne faut pas bouder son plaisir et saluer l'ensemble des intervenants. Ce d'autant que la musique en est SUPERBE, et doit remettre en cause les trés laconiques citations de Menault, comme un musicien un peu quelconque, qui se présente au concours de recrutement des maîtres de chapelle en 1683, contre Desmarest, Delalande, Charpentier, alors qu'il n'est que " obscur " musicien de province...
Biographie
Pierre Menault est né à Beaune en 1642. Ses parents, d'origine modeste - ils sont ouvriers vi'gnerons - le confient à l'âge de huit ans à la maîtrise de la Collégiale Notre-Dame où il reçoit l'enseignement des maîtres de chapelle Jacques Huyn et Guillaume Truffot. Uactivité de cette maîtrise a été remarquable de sa fondation en 1419 à la Révolution. De nombreux élèves ont reçut ici une solide formation musicale et ont réussit une belle carrière musicale. La bibliothèque musicale du chapitre, au fil des ans s'est enrichie et comprenait avant sa mystérieuse disparition en 1874 - un nombre considérable de pièces dues à des compositeurs locaux mais aussi aux grands noms de la musique versaillaise.
Le jeune Menault est vite remarqué et reçoit un enseignement supplémentaire dispensé aux meilleurs éléments. C'est Claude Chardenet, l'organiste titulaire qui lui apprend le manichordion, l'espinette et l'orgue. Menault quitte la maitrise vers 1660 et l'on i'gnore son itinéraire pour les dix années qui suivent. À une date indéterminée, il est nommé maître de chapelle à la cathédrale de Châlons-sur-Marne. En 1671, il se retrouve dans sa ville natale et prend la succession de Guillaume Truffot. Après un second séjour à Châlons-sur-Marne (de 1676 à 1687), il termine sa carrière à Dijon comme maître de chapelle à la Collégiale Saint Étienne. À Dijon, la vie musicale, en cette fin de XVIIe siècle est particulièrement riche. Avec ses huit paroisses, ses collégiales et monastères, ses deux maîtrises, son collège tenu par les Jésuites, ses concerts privés organisés par les parlementaires et notables locaux, les occasions de faire de la musique sont multiples.
Lorsque Menault arrive à Saint-Étienne, l'organiste est alors Jean Rameau, le père de Jean-Philippe. Ce dernier a-t-il reçu durant les sept années qui suivent les conseils du nouveau maître de chapelle ? C'est fort possible. La maison natale de celui qui sera d'abord organiste et compositeur de motets (ce qui laisse supposer une formation maîtrisienne) n'avait qu'une rue à traverser pour rejoindre la tribune tenue par son père et la maîtrise dirigée par Menault. Parmi les enfants formés par Menault, Joseph Michel (1679-1736) mérite une attention particulière: il laissera un petit nombre d'¦uvres de grandes qualités ( Voir à cette occasion ses Leçons de Ténèbres ) . Pierre Menault meurt à Dijon en 1694, âgé de cinquante-deux ans.
Oeuvres
Les ¦uvres de Menault qui sont parvenues jusqu'à nous sont celles éditées par Christophe Ballard entre 1676 et 1693 : Missa "O felix parens", 1676 - Missa "Tu es spes mea ", 1686 - Missa "Ave senior Stephane", 1687 - Missa "Ferte rosas", 1691 - Missa "Date lilia ", 1692 - Vespres à deux chceurs avec symphonies, 1693
Une édition des Vêpres de Menault rappelle l'édition Ballard des grands motets de Pierre Robert (1684), Jean-Baptiste Lully (1684) et Henri Du Mont (1686) "imprimez par exprès Commandement de Sa Majesté" ainsi que celle des Motets à 1, Il, lit, IV et V parties, avec symphonies et basse continue de Paolo Lorenzani (1693). Pourquoi Pierre Menault, maître de chapelle d'une collégiale de province se voit-il ainsi mis à l'honneur par une édition et placé au même rang que trois des plus prestigieux compositeurs versaillais ?
La date de publication (1693) est curieuse : c'est celle du renvoi de Goupillet, un des maître de musique de la chapelle du roi. ( Voir à ce propos les mésaventures de Henry Desmarest avec Goupillet ) Menault, qui avait échoué lors du concours de 1683 et tenta peut-être avec la publication de ses Vespres de se faire remarquer par le roi. À cela s'ajoute la dédicace de ces Vespres. Le dédicataire de cette ¦uvre, même s'il n'apparaît pas dans l'édition semble être le père La Chaize, confesseur de Louis XIV et personnage très influent à la cour.. C'est ce qu'affirme l'abbé Papillon dans sa Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne. La dédicace de Menault n'est pas gratuite : soit il remercie le père La Chaize pour une faveur précédemment accordée, soit il en sollicite une. Dans les deux cas, il est sûr que son ¦uvre sera ainsi connue à Versailles et peutêtre même du roi. Si cette candidature non officielle à la succession de Goupillet est exacte, elle ne fut cependant pas exaucée. C'est Lalande qui prit le quartier resté vacant. Menault devait d'ailleurs décéder peu après.
Les Vespres de Menault constitue un exemple unique dans la production musicale de l'époque baroque. La partition du compositeur dijonnais présente un service de vêpres complet (en tout : dix-sept pièces) pour une circonstance précise. Les cinq psaumes choisis sont ceux des vêpres solennelles d'un confesseur non pontife, c'est-à-dire d'un saint qui n'a pas été évêque. De plus, deux pièces font explicitement référence à Saint Ignace: l'hymne de Saint Ignace (Iste confessor) et le motet de Saint Ignace (Exultet Ecclesia). Il est donc probable que ces vêpres sont destinées à une cérémonie en l'honneur d'Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. À Dijon, les jésuites ont joué un rôle important dans la vie religieuse et intellectuelle de la cité. Leur collège a accueilli de nombreux élèves dont le nom est passé à la postérité: Bossuet, de Brosses, Jean-Philippe Rameau ... Mais il est impossible de préciser si les jésuites sont à l'origine de cette partition destinée à leur Saint-patron. il est également regrettable de ne pas avoir de traces d'une exécution de cette ¦uvre. À Dijon, les lieux ne manquaient pas (Saint-Étienne, la SainteChapelle, la chapelle du collège des Jésuites ... ). Par contre, il aurait été difficile de réunir chanteurs et instrumentistes pour donner cette imposante partition qui reprend les principes d'écriture du grand motet versaillais. En réalité, on peut se demander si ces Vespres n'étaient pas destinées à la musique du roi.
D'après la plaquette de Michel Cuvelier, qu'il faut remercier et encourager pour son passionnant travail. Voir de plus son article sur la vie musicale en Bourgogne