Poësies et lettres de M. Dassoucy, contenant diverses pièces héroïques, satiriques et burlesques   ( 1 ère partie )

 

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Première partie : pages 1 à 100
 
Accès à la seconde partie des Poésies et Lettres
 
 
 
A COMTE DE HARCOVRT
------------------------------------------------------------------------p1
v en fin ce grand heros, cét Hercule
françois,
ce guerrier indompté, ce foudre de
la guerre,
ce protecteur des lys, ce deffençeur des roys,
ce prince qui tout seul a fait trembler la terre,
apres auoir vaincu dans cét ardant séjour
les peuples basannez qu' auoisine le jour,
et veu le nord jaloux de sa gloire esclattante :
il retourne vainqueur dans ces brûlans climats,
consacrer au soleil sa valeur trop brillante
pour des pays couuerts de neige, et de frimats.
------------------------------------------------------------------------p2
Il s' en va le vainqueur porter le coup fatal
au superbe ennemy du repos de la France,
et dessus le debris de son throsne natal
establir de nos rois la solide puissance.
L' espagnol aduerty de son proche mal-heur,
encore tout sanglant des traits de sa valeur
quitte desia le champ à ce dieu des allarmes,
et tout pasle d' effroy, de crainte, et de terreur,
doute s' il doit porter, ou mettre bas les armes,
s' opposer, ou flechir aux coups de sa fureur.
Vers l' antre du lyon il s' en va le vainqueur,
et de la mesme main qui fit ses funerailles,
qui luy pressa le sein, et luy perça le coeur,
il s' en va deschirer ses superbes entrailles :
mais pourquoy s' en va-t' il ? Quel danger si pressant
expose à sa fureur nostre Alcide puissant :
si c' est trop d' employer la puïssance fatale
de son bras par qui seul sa rage finira,
et si pour le chasser de sa terre natale,
il suffit seulement de dire qu' il ira.
Oüy c' est trop de son bras, il suffit de son nom,
et desia son orgueil seroit reduit en poudre,
si de ses beaux exploits quelque jaloux demon
n' eut desarmé sa main des flammes de la foudre :
oüy ce dieu des combats par cent braues efforts
apres auoir peuplé la campagne de morts,
seul auroit emporté cette haute victoire,
et quelques demidieux qui briguent cét honneur,
ils ne sçauroient pourtant dérober à sa gloire
ce que la France doit aux traits de sa valeur.
------------------------------------------------------------------------p3
Mais quel sacré pouuoir, et quelle mission
me fait si librement discourir en apostre,
quoy ne falloit-il pas enchaisner vn lyon,
et le faire ieusner pour en manger vn autre :
oüy ce braue lyon à vaincre accoustumé
au sortir du repos de victoire affammé,
va redoublant sa force au combat animée,
et marchant glorieux d' vn pas de conquerant,
la valeur de son bras de cent foudres armée,
surpasser en son cours vn rapide torrent.
Oüy ce dieu de Casal, ce heros de Turin,
ce prince dont les rois adorent le merite,
ce demon qui vainquit par cent bouches d' airain
l' insulaire bourgeois de Saincte Marguerite,
ce guerrier renommé par toutes les vertus,
cét ange reclamé des throsnes abbatus,
ce foudroyant Iuppin de ce fils de la terre
s' en va faire à l' orgueil de son ambition
ce que fit autresfois le dieu Lancetonnerre,
au porteur incensé d' Osse et de Pelion.
Sus donc braues françois, qui d' vn puissant effort
vainquistes à Casal le demon des Espagnes,
et qui rassasiez du breuuage du nord
allez r' ensanglanter ces vineuses campagnes,
en l' honneur de Harcourt ce digne viceroy,
ce prince l' ornement du sang de Godefroy
arrousez de nectar vos futures conquestes,
qu' en la gloire des lys chacun de rang en rang
tarisse autant de pots qu' il cassera de testes,
et verse autant de vin, qu' il respandra de sang.
 
 
A COMTE DE HARCOVRT
------------------------------------------------------------------------p4
Prince dont le renom vole iusques aux cieux,
glorieux conquerant, demon de la victoire,
l' honneur de nos guerriers, et de nos demidieux,
l' ornement de nos iours, comme de nostre histoire :
inuincible heros en tous lieux adoré,
de prudence et d' esprit sur tout autre esclairé,
qui dans l' auguste cours de ta vertu prospere,
tousiours enuironné de gloire et de bon-heur,
peus conter à iamais au prince de l' Ibere,
mille triomphes deubs aux traits de ta valeur.
------------------------------------------------------------------------p5
De ces lieux consacrez au pere des neufs soeurs,
ma main qui sçait bastir des autels à ta gloire
te rapporte vn tableau, dont les viues couleurs
brilleront à iamais au temple de memoire ;
celle qui de l' esclat de tes faits glorieux
repaist incessamment son oreille et ses yeux ?
La France qui t' honore autant qu' elle t' admire,
qui t' ayme comme vn dieu qui garde ses enfans
au milieu de son deuïl m' ordonne de redire
les miracles fameux de tes faits triomphans.
Elle qui tant de fois aux tirans abbatus
fit sentir de ton bras l' orageuse tempeste,
ne sçauroit se lasser publiant tes vertus,
de conter les brillans qui couronnent ta teste :
mais voyant aujourd' huy piller auec affront
les lauriers que ta main a rangez sur son front.
Ie preuois grand heros qu' elle sera contrainte
au lieu de celebrer ta gloire et ton bon-heur,
de te faire vn reproche, et t' escrire vne plainte
du sang que chaque iour on tire de son coeur.
Entre mille tombeaux soûpirant ses mal-heurs,
d' vn long habit de dueil funestement parée ;
ie l' apperçois desia t' exprimer ses douleurs,
et te parler ainsi tristement esplorée :
tutelaire demon par qui i' ay tant de fois
terracé les lyons, et reduit aux abois
du thrône des tytans la puissance orgueilleuse ;
verras-tu sans pitié respandre tout mon sang,
et sans armer pour moy ta main victorieuse,
les tygres affammez qui deschirent mon flanc.
------------------------------------------------------------------------p6
Moy qui porte en tout lieu la terreur et l' effroy,
seray-je desormais honteusement contrainte
par la rigueur du sort qui m' esloigne de toy,
de loger en mon sein la frayeur et la crainte :
par deux fois ton repos fatal à ma grandeur
me pourra-t' il laisser en proye à la fureur
de sa main tous les iours à ma perte occupée :
quoy, m' ayant engagé ton amour et ta foy,
sans desployer ton bras, ny tirer ton espée ?
Verras-tu l' ennemy qui triomphe de moy ?
Apres auoir cent fois d' vn courage indompté
fait tresbucher l' orgueil du thrône de Castille ?
Quoy prince ignore-tu que la fatalité,
pour finir mes trauaux ne t' ait fait mon Achile ?
Qui ne sçait aujourd' huy que sans tes bras puissans
on ne verroit iamais mes lys reflorissans,
que contre ce tiphon en vain ie m' esuertuë,
et ce que dit l' arrest de mon secret destin,
qu' on ne verra iamais sa puissance abbattuë,
ny ses murs demolis sans les coups de ta main.
Porte donc sans tarder la foudre et les esclairs,
dont elle fust tousiours fatalement armée,
trauerse promptement les flammes et les fers
pour ioindre à ma valeur ton ardeur animée :
si ta vertu qui voit nos courages faillis.
Daigne rendre la gloire et l' esclat à mes lys,
ie te iure à iamais vn si parfait hommage,
que les plus enuieux de tes faits immortels
porteront les premiers aux pieds de ton image,
l' encens qu' on doit brûler sur tes dignes autels.
------------------------------------------------------------------------p7
Prince i' en suis rauy, le bruit me vient d' ap-
prendre
que le roy vous a fait vn present glorieux :
le nom de grand est beau, mais c' est vn titre vieux
que vostre bras acquit imitant Alexandre.
Vostre insigne valeur qui peut tout entreprendre
par mille traits hardis, grands et prodigieux,
estonnant l' vniuers n' a produit à nos yeux
que des faits inouïs, qu' on ne sçauroit com-
prendre.
------------------------------------------------------------------------p8
Il est vray, grand heros, illustre conquerant,
on vous peut enrichir, mais non pas faire grand,
ce titre glorieux vient de vostre naissance.
Vos illustres exploits ont fait vostre grandeur,
et vostre noble sang la genereuse ardeur,
qui vous fait triompher des plus grands de la
France.
------------------------------------------------------------------------p9
Prince passe la mer, va forcer l' Angleterre
à restablir son roy dans son regne oppressé,
va prince glorieux dans ce climat glacé
offrir à ces mutins, ou la paix ou la guerre.
Mais s' il faut que ton nom, plus craint que le
tonnerre,
agisse vainement sur vn peuple insensé,
r' anime la valeur de ce prince offensé,
et vange en le vangeant tous les roys de la terre.
Vange le sang royal qui reçoit vn affront,
regaigne son pays, recouronne son front,
cueille mille lauriers dans le champ de Bellone.
Ce n' est pas d' auiourd' huy grand Alcide françois
que ta valeur a fait confesser à nos rois,
que tu sçais maintenir l' esclat d' vne couronne.
------------------------------------------------------------------------p10
Prince c' est assez combattu,
c' est assez suiuy les alarmes,
tu ne sçaurois auec les armes
rien adiouster à ta vertu :
la plus glorieuse conqueste
qu' ait iamais couronné la teste
du plus celebre des guerriers,
dans le plus beau champ de victoire
ne partagea iamais de gloire,
qui ne la cedde à tes lauriers.
Ne sçait-on pas que ta valeur
a desia graué dans l' histoire
au plus haut degré de l' honneur,
ce que l' on doit à ta memoire :
que les plus rudes ennemis
ont esté mille fois soubmis
à la gloire de tes trophées,
et que tes combats glorieux
ont veu cent aigles estouffées
dessous tes pieds victorieux.
------------------------------------------------------------------------p11
Quitte ce sang et ce carnage,
Bellone ne fait qu' abruttir,
cét exercice est sans mentir,
moins de l' homme que du sauuage ;
donne treve à la passion,
que suggere l' ambition ;
la gloire n' est rien que fumée,
son ombre nous va deceuant,
Alexandre et sa renommée
n' ont rien emporté que du vent.
Laisse faire la destinée,
qui pour te rendre plus heureux
sous vn sort moins aduantureux,
te fait escouler vne année.
Elle sçait bien que ta valeur,
tousiours compagne du bon-heur,
doit tenir ta dextre occupée,
pour faire aduoüer aux françois,
que c' est du bout de ton espée
que despend la gloire des roys.
Ainsi du milieu de la presse
d' vn million de combattans,
Thetis retira pour vn temps
Achille l' honneur de la Grece ;
mais à peine fut-il absent,
que l' ire des dieux agissant
fit de leur sang vne riuiere,
de leur ioye vn tragique sort,
et de leur camp vn cimetiere,
où ne triompha que la mort.
------------------------------------------------------------------------p12
Grand roy que les prosperitez
ont mis au comble de la gloire,
au milieu des felicitez
du bon-heur, et de la victoire ;
craignez l' inconstance du sort,
redoutez le fatal effort
du changeant demon de la guerre,
Armand a quitté ce seiour,
et nous n' auons dessus la terre
que les bras du Comte D' Harcourt.
 
 
A COMTESSE DE HARCOVRT
------------------------------------------------------------------------p13
Chere espouse de Mars, mere du sang des
cieux,
modelle glorieux d' vne rare constance,
ieune diuinité, beau miracle des cieux,
qui donnez tous les ans vn heros à la France :
c' est trop faire couler, ces ruisseaux precieux
patissant des erreurs de la premier offence ;
ouurez, ouurez plutost les sources de vos yeux
pour pleurer les rigueurs d' vne cruelle absence.
Pour celuy qui s' en va, preparez tous vos pleurs,
et ne me forcez point à flatter vos douleurs,
si contre ce deuoir la raison n' a point d' armes.
Qui n' offencent le ciel, la nature, et l' amour,
pleurez beaux yeux, pleurez, n' espargnez point
vos larmes
que vous n' ayez appris sa gloire, ou son retour.
 
A DVC D'ORLEANS
------------------------------------------------------------------------p14
Les rayons esclattans du celeste flambeau,
apres auoir dompté la fureur de l' orage
sortent moins glorieux de l' espais d' vn nuage,
que ton front au retour d' vn voyage si beau.
Ce ministre fameux qui gist dans le tombeau,
n' empescha de ton bras le glorieux vsage,
que pour faire esclatter auec plus d' aduantage
ta gloire qui s' espand sur la terre, et sur l' eau,
auprez de la splendeur de ta haute victoire,
quels superbes heros, concurrans de ta gloire
oseront mettre au iour leurs miracles guerriers,
si la France à l' esclat d' vne telle conqueste,
a du front des caesars arrachez les lauriers,
et n' en veut plus auoir que pour ceindre ta teste.
------------------------------------------------------------------------p15
Svitte.
Alcide foudroyant qui d' vn bras inuincible
viens d' abatre l' orgueil du lyon redouté,
de qui la France attend toute sa seureté,
et de tout l' vniuers la conqueste infaillible.
Auiourd' huy que ton bras agit en liberté,
qu' est-ce que ta valeur ne trouuera possible,
et quel fort ne sera desormais accessible
aux redoutables traits de ton bras indompté ?
Maintenant que tes faits aux yeux de tout le
monde
ont graué ta valeur sur la terre, et sur l' onde,
quels gracieux aspects de ton astre puissant.
Ne te promettent pas le superbe trophée
d' vn tiran foudroyé sous vn lys florissant,
d' vn lyon, d' vn croissant, et d' vn aygle estouffés.
------------------------------------------------------------------------p16
Svitte.
Prince victorieux dont les diuins exploits
portent iusques au ciel la haute renommée ?
Croy glorieux heros, que la France allumée
a tiré de nos coeurs tous les feux que tu vois.
Ces eschaffaux bruslans cette ville enflammée,
ce peuple, ces canons, ces clameurs, et ces voix,
et se pauure artisan qui brusle tout son bois,
te font connoistre assez que ta gloire est aymée.
Hà qu' il fait bon regner, grand astre des vain-
queurs,
mais regner comme toy dans l' empire des
coeurs,
que ta conqueste est belle, et qu' elle est glorieuse.
Que par elle ton sort deuiendra florissant,
si la France auiourd' huy par toy victorieuse,
pour accroistre ton nom t' a promis tout son sang.
 
 
A DVCHESSE D'ORLEANS
------------------------------------------------------------------------p17
Malgré le dieu des flots Graueline est con-
quise,
nos armes ont reduit sa puissance aux abbois,
et ces nouueaux titans contre nos vieux gaulois
ne tentent desormais qu' vne vaine entreprise.
La France qui la voit heureusement soubmise
en va combler d' honneur cét astre des françois :
mais ce glorieux fils du plus grand de nos rois
r' enuoye à vos beaux yeux la gloire de sa prise.
Contre le flot mutin de ce traistre element
qui grondoit nostre perte en son debordement,
qu' eust seruy de son bras la valeur sans seconde.
Auroit-il triomphé ce superbe vainqueur,
et braué les efforts du puissant dieu de l' onde
sans le feu que vos yeux ont logé dans son coeur.
 
 
BATAILLE DE ROCROY
------------------------------------------------------------------------p18
Svperbe demon de la guerre,
effroyable dieu des combats,
qui tonnez par tout icy bas,
et depeuplez toute la terre :
redoutable victorieux
conte moy les faits glorieux
de cette celebre iournée,
où l' illustre sang de nos roys
assura la France estonnée,
et mit l' espagnol aux abois.
------------------------------------------------------------------------p19
Et toy deesse accoustumée
à respandre le sang humain,
preste moy ta sanglante main
pour me conduire dans l' armée ;
monstre moy ce ieune soleil
qui d' vn courage sans pareil
va reduire l' Ibere en poudre,
que ie le peigne dans mes vers
ainsi que le dieu de la foudre,
armé de flammes et d' esclairs.
Mais quel trouble se fait entendre,
meslé de terreur et d' effroy ;
sus mon ame r' assure toy
peux-tu craindre auec Alexandre :
r' assure mes pas et mon coeur,
marche à l' ombre de sa valeur
pour voir la sanglante partie,
où ce prince nous doit venger
de la barbare antipathie,
qu' a pour nous le fier estranger.
Desia l' aurore est en campagne,
l' estoille cedde à son retour,
le prince n' attend que le iour
pour mesler la France à l' Espagne,
le camp brille de toutes parts,
de feux, de fers, et d' estendards,
Bellone paroist en furie,
les cheuaux foulent les sillons,
et la terre gemit et crie
dessous les pieds des bataillons.
------------------------------------------------------------------------p20
I' oy desia le canon qui tonne,
nos gens sont prests à se mesler,
il n' est plus temps de reculer,
voicy la trompette qui sonne,
ces horribles bouches d' enfer
vomissent la flamme et le fer :
Mars estouffe sous la fumée,
le feu reluit incessamment,
et la terre toute allumée
chasse l' air de son element.
Cependant l' ennemy ne bouge,
l' Espagne est ferme comme vn roc,
le prince luy donne le choc,
et fond dessus l' escharpe rouge :
tout cede à l' inuincible effort
de son bras qui regit le sort
de tous costez l' orage creve,
les cris montent iusques aux cieux,
et la poussiere qui s' esleue,
derobe le iour à nos yeux.
En tous lieux la fureur esclatte,
le duc au combat animé,
le coeur et le front enflammé
teint la campagne d' escarlatte :
l' air retentit dessous ses coups,
l' aygle trebuche à ses genoux,
et du plus haut de la montagne
Bellone au courage inhumain
anime la France, et l' Espagne,
la flamme et le foudre à la main.
------------------------------------------------------------------------p21
L' ardeur de plus en plus s' allume,
l' air s' obscurcit, et l' action
qui se passe en confusion
doit icy suspendre ma plume :
mais dieux qu' est-ce que i' apperçoy,
genereux prince suiuez moy,
nostre valeur est confonduë,
de là nous cueillons des lauriers,
mais deça la France est perduë,
on massacre tous nos guerriers.
Nos soldats sont reduits en poudre,
l' Espagne triomphe à son tour,
et la France à son dernier iour
expire sous les coups du foudre :
voicy l' heure qu' il faut perir,
grand prince il faut vaincre ou mourir,
de toute parts l' ennemy fauche,
le sang se verse à gros boüillons,
on enfonce nostre aisle gauche,
on vient rompre nos bataillons.
Mais à quoy bon ce vain langage,
si desia contre le germain,
le duc, les armes à la main,
prepare vn estrange carnage :
desia son coeur audacieux
porte la foudre dans ses yeux,
et son visage redoutable
fait assez voir aux ennemis
le sacrifice espouuantable,
qui doit vanger les fleurs de lys.
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Remply d' vne iuste furie
sa magnanime passion
le porte à l' execution
d' vne sanglante boucherie :
tout couuert de poudre et de sang
il penetre de rang en rang,
le bras leué, la teste nuë,
il presse, il pousse, il fend les airs
à trauers la gresle menuë,
du feu, du plomb et des esclairs.
à son abord le ciel se couure,
l' espagnol de crainte blesmit,
le sang coule, Pluton fremit,
la terre tremble, et l' enfer s' ouure ;
Mars à ce coup espouuanté
se sauue tout ensanglanté,
la terre iusques aux entraillez
regorge du sang qui iallit,
nature voit ses funerailles
et le ciel d' horreur en pallit.
De tous costez la resistance,
excite la temerité,
les coeurs sont en perplexité,
et la victoire est en balance :
par tout le glaiue flamboyant
du duc qui va tout foudroyant
fait voir vn courage inuincible,
et dans le plus fort du danger,
vn eschec incomprehensible,
sur l' audace de l' estranger.
------------------------------------------------------------------------p23
Par tout vne rage mortelle
remplit la campagne d' horreur,
chacun redouble sa fureur,
mais enfin l' ennemy chancelle :
icy le prince le plus fort,
d' effroy, de carnage, et de mort,
peuple leur rougissante route,
et le coutelas à la main
espanche la dernière goutte
du sang de ce peuple inhumain.
Ce sang qui fait vne riuiere
enleue de terre les corps,
et le champ tapissé de morts
ne paroist plus qu' vn cimetiere :
par tout les piles et monceaux
d' armes, d' hommes, et de cheuaux,
font nos chasteaux, et nos trophées,
et le duc foule glorieux
cent soixante aygles estouffées
dessous ses pieds victorieux.
Prince que la valeur inspire,
grand duc qui n' a point de pareil,
ieune Caesar diuin soleil,
vnique appuy de cét empire,
reçoy ce fidelle portrait
brillant du magnanime trait,
qui reluit dessus ton visage ;
contemple ma deuotion,
et voy qu' en peignant ton courage,
i' ay peint aussi ma passion.
------------------------------------------------------------------------p24
Iovyssance.
Le ciel a calmé la tempeste,
ie suis à l' ombre d' vn laurier,
la fortune me vient prier,
les dieux ont signé ma requeste,
l' astre qui preside au bon-heur
luit maintenant en ma faueur :
l' air a dissipé son nuage,
ie descouure le point du nord,
ie suis garanty de l' orage,
vn dieu me conduit dans le port.
Mon espoir a banny la crainte,
le soleil retranché mes nuits,
l' allegresse mes longs ennuis,
et ma bouche finy ma plainte :
amour brauement assorty
se vient ranger de mon party,
les disgraces ont pris la fuitte,
le soucy n' est plus de saison,
la bonne chere est de ma suitte,
et Iodelet de ma maison.
------------------------------------------------------------------------p25
Aux biens que le ciel me presente,
mon coeur se nourissant d' espoir,
mon ame ne peut conceuoir
rien au dessus de son attente :
la fortune pour mon respect
n' a desia rien que de suspect ;
la jouyssance d' vn empire,
ny la felicité d' vn roy,
puis qu' amour accorde à ma foy
bien-tost la fin de mon martyre.
 
 
A PRINCE DE CONDE
------------------------------------------------------------------------p26
Orgueilleuse cité, mere des conquerans,
autrefois la terreur de l' empire du monde,
Rome ne vantez plus vos celebres tyrans
iadis si renommez sur la terre et sur l' onde,
et vous fameux guerriers sortez de vos tombeaux,
et voyant icy bas ses miracles nouueaux :
arrachez vos portraits du temple de memoire,
deschirez vos lauriers, destruisez vos autels,
et dessus le debris de vostre propre gloire,
rendez à mon heros des honneurs immortels.
Et vous lasches espris infidelles autheurs
qui profanez des dieux le glorieux langage,
et qui dans vos escrits aussi vains que flatteurs
faittes des complimens dont la vertu s' outrage :
employes aujourd' huy tous les traits de vostre art
pour faire des tableaux du mensonge et du fard
dont vous sçauez tromper les yeux et les oreilles,
et ie protesteray de croire vos romans
si vos ouurages feins égallent les merueilles
qu' Anguien nous produit en ses plus ieunes ans.
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Apres ce iour sanglant qui d' horreur et d' effroy
fit paslir le soleil, et trembler la nature,
où le fer et le feu fist du champ de Rocroy
de dix mille tytans l' horrible sepulture :
pouuoit-on esperer que son bras glorieux
par vn second miracle aussi prodigieux,
peut iamais esgaller sa premiere victoire,
quelle bouche des dieux auecque iurement,
apres vn tel exploit nous eut pû faire croire
ce que le ciel ne voit qu' auec estonnement.
à l' effroyable aspect de ces rudes combats,
que les dieux vont peignant de couleurs imortelles,
et que les nations conteront icy bas
iusqu' aux desunions des matieres plus belles :
quels superbes heros, et quels fameux guerriers
enuironnez de gloire, et couuerts de lauriers,
ne deuiendront vn iour plus muets que des arbres
et voyant burinez ses glorieux efforts
ne croiront demantant les bronses et les marbres,
que son bras se seruit de magiques ressorts.
Quant ie voy cét heros esloigné du secours,
encore tout sanglant du gain de deux batailles,
assaillir des ramparts, et prendre en douse iours
vne place où Cerés eut mangé ses entrailles :
ne suis-ie pas contraint de croire que les dieux
voulant éterniser son renom glorieux,
renuerserent pour luy l' ordre de la nature,
et contemplant l' ardeur de son actiuité,
qu' il partage auec eux sous l' humaine figure
le glorieux pouuoir de leur diuinité.
------------------------------------------------------------------------p28
Mais cessons d' admirer ses exploits glorieux,
par qui nos ennemis furent reduits en poudre ;
laissons là ces combats aussi prodigieux
que les effets cachez des flammes de la foudre,
benissons seulement ses diuines vertus,
qui dessus le debris des tytans abbattus
bastissent la grandeur de ce fameux empire,
benissons desormais sa gloire et son bon-heur,
et que iamais nos voix ne cessent de redire
les vtiles effets de sa rare valeur.
 
 
CHANSON SPIRITVELLE
------------------------------------------------------------------------p29
I' ayme, mais mon amour n' est pas ce que l' on
pense
la beauté que ie sers est sans impureté,
l' obiect de mes desirs est remply d' innocence,
et le but de mes feux c' est la diuinité.
L' aymant comme ie dis elle comble mon ame
des plus riches tresors de son sein precieux,
mille felicitez sont gages de ma flamme,
et le prix de ma foy n' est rien moins que les
cieux.
Mais pour auoir le bien d' vne amitié si grande,
et partager les fruits de cette affection,
il conuient estre roy, non pas roy qui commande
au rond de l' vniuers, mais à sa passion.
Pauures coeurs qui blessez des mortelles atteintes
d' vne fresle beauté soûpires nuict et iour
ne finirez vous point vos soûpirs et vos plaintes
pour ioindre auecque moy les feux de vostre
amour.
 
 
A COMTE ST AGNAN
------------------------------------------------------------------------p30
Grand sainct qui des vertus est toûjours en-
flammé
que le peuple cherit, et que la cour admire,
que les muses iamais en vain n' ont reclamé,
à bien faire aussi prompt, comme prest à bien dire :
Sainct Agnan dont l' esprit esgal à la valeur
a captiué la gloire, et charmé le bon-heur,
qui par tant de vertus, de graces et de charmes,
par tant de qualitez, et tant d' attraits vainqueurs
conqueste tous les iours sans forces et sans armes
des royaumes entiers dans l' empire des coeurs.
Que le dieu de l' ardeur qui m' inspire les vers
ne m' a-t' il esbauché le tableau de ta gloire,
pour mieux sollenniser ton nom que l' vniuers,
a graué pour iamais au temple de memoire.
Que i' aurois de plaisir d' arranger sur ton front
les fleurs que la vertu ne void point sans affront
couronner les meschans dans ce siecle idolatre,
quel autre plus adroit ou plus hardy que moy
pourroit sur le debris de tant d' hommes de plastre
t' eriger vn autel assez digne de toy.
------------------------------------------------------------------------p31
Mais pourquoy reclamer les puissances des cieux,
quels memoires si saincts, quels actes si fidelles
diront mieux que ton bruit tes exploits glorieux,
repeints en mil endroits de couleurs immortelles
quel belliqueux demon contemplant icy bas
la redoutable ardeur qui te porte aux combats,
n' a celebré ton nom sur la terre et sur l' onde,
et quel fier ennemy sous tes pieds abbatu
prouoquant ta valeur qui n' a point de seconde,
n' a trop tost ressenty l' effet de ta vertu.
Quel d' entre les mortels digne de ta bonté
honoré des biens-faits de ta main liberale,
ne t' encense auiourd' huy comme la deïté
dont tu vas imitant la grandeur sans esgalle.
Quels coeurs pour ta vertu d' vn vray zele brulant,
vrays temples animez de ta gloire parlants,
mieux que l' airain muet, ou le marbre insensible
grossissans chaque iour le bruit de ton renom,
ne rendront à mes vers ta loüange accessible
pour immortaliser la gloire de ton nom.
Mais que disie incensé, quel esprit deceuant
establit mon espoir sur vn peu de fumée,
si prés de ta vertu ton bruit n' est que du vent,
oseray-je bastir dessus ta renommée :
cette legere Iris qui d' vn vol sans pareil
a porté ta vertu par tout où le soleil
recommance et finit sa brillante carriere,
n' a iamais si bien veu tes ouurages parfaits,
que sa bouche ou son oeil frappez de ta lumiere
ait sçeu ce que tu vaux, ou dit ce que tu fais.
------------------------------------------------------------------------p32
Grand comte permets donc au lieu de celebrer
tes diuines vertus que tout le monde encense,
que d' vn culte muet ie te vienne adorer
sans vser plus long-temps de la voix qui t' offence :
si iamais Apollon vient m' apprendre à chanter,
ta gloire qui par tout ie veux faire esclatter,
i' exalteray si haut tes oeuures nompareilles
que les dieux attentifs à mes douces chansons
seront bien enuieux de tes rares merueilles,
s' ils n' en estiment pas les agreables sons.
 
 
A MARESCHAL DE CHOMBERG
------------------------------------------------------------------------p33
Hypocrites adorateurs
suiuans de cour, poëtes à gages,
tyranniques persecuteurs
de nos moeurs, et de nos ouurages ;
superbes esprits à l' escart,
cygnes noirs faittes bande à part :
vous dont la coulpable manie
merite des feux eternels,
loin d' icy poëtes criminels
faites silence à mon genie.
Donnez tous les traits de vostre art
aux vanitez de vos narcisses,
et ne disposes vostre fard
qu' au gré des monstres et des vices ;
icy dessus des gasons verds,
d' ombre et de feüillage couuerts ;
mes muses desinteressées
dans leur naturelle équité
n' ont pas besoin de vos pensées,
pour publier la verité.
------------------------------------------------------------------------p34
Ce grand heros qui se fait voir
à la teste de nos armées,
a releué de ce deuoir
vos muses trop mal informées :
pour moy qui ne les connois pas,
ie vais encherir de ce pas
sur le bruit de ces faux orphées
dont le stile trop abbattu
ne sçauroit dresser des trophées
assez dignes de ta vertu.
Mais quels obstacles enuieux
au premier pas de ma carriere,
viennent s' opposer à mes yeux,
et m' offusquer de ta lumiere :
en vain pensant à ta valeur
ie sollicite mon ardeur
à rompre auiourd' huy le silence,
vn dieu qui me retient la voix
ne permet pas que ie t' offence
par le recit de tes exploits.
Celuy dont la puissante main
a donné le cours à ta gloire,
ne veut pas qu' vn langage humain
soüille l' esclat de ta victoire :
tes ouurages prodigieux,
legitimes enfans des cieux,
n' ont pas affaires de nos plumes
pour faire voir aux nations,
dans des sacrileges volumes
la grandeur de tes actions.
------------------------------------------------------------------------p35
Ces tristes objets du mal-heur,
ce peuple orgueilleux que tu domptes,
et que ton bras en sa fureur
a rougis de sang, et de honte,
Laucate qui vit tes combats,
et Perpignan ne sont-ce pas
des monumens à la memoire,
pour porter bien mieux que nos vers
la verité de ton histoire
par tous les lieux de l' vniuers.
Qui donc osera des mortels,
s' il n' emprunte la main des anges,
faire fumer à tes autels
le doux encens de tes loüanges.
Si la plus haute vanité
que le flatteur ait debité
depuis que le monde respire,
parlant de ton nom glorieux,
ne pourroit iamais si bien dire,
qu' il ne merite encore mieux.
Puyssant heros dont la valeur
sert d' exemple à toute la terre,
Schomberg qui regis le bon-heur,
inuincible dieu de la guerre
escoute au deffaut de ma voix
le bruit de tes diuins exploits,
faire vn écho de tout le monde
pour consacrer à l' auenir
au ciel, en la terre, et sur l' onde
la gloire de ton souuenir.
 
 
A PRINCE DE CONDE
------------------------------------------------------------------------p36
Cher obiet de mes voeux, ainsi que de mes vers,
prince dont la valeur, et la gloire infinie,
les exploits inoüis, et les combats diuers
ont depuis trois estez épuisé mon genie ;
ce n' est pas pour ton or que ie te vais prisant,
quand ta main tous les iours m' iroit fauorisant ;
iamais vn plus beau feu n' embraseroit mon ame,
celle que tu poursuis dans l' horreur et l' effroy,
au millieu des perils du fer, et de la flamme,
c' est celle que ie suis lors que i' escris pour toy ?
Mais ce demon ialoux des actes glorieux,
qui du sel, et de l' or fait de la pourriture,
qui va tout infectant par les traits de ses yeux,
et qui fait du poison de toute nourriture :
ce venimeux serpent qui iamais dans le ciel
ne porta ses regards pleins d' ordure et de fiel,
sans trouuer au soleil des defaux et des taches,
ce monstre qui me tient sous ses pieds abbatu :
ô prince glorieux ne veus pas que tu sçaches
que ie sois vn obiect digne de ta vertu.
------------------------------------------------------------------------p37
Mais deussay-ie cent fois sous vn plus rude sort,
ressentir de ses traits la dure violence,
deussay-ie succomber sous son fatal effort,
ie ne seray iamais coupable du silence ;
telle que soit l' ardeur qui m' échauffe le sein,
constant ie poursuiuray mon genereux dessein,
au prix de mes trauaux i' exprimeray ta gloire,
et voyant ta valeur par tant d' heureux succés,
entasser chaque iour, victoire sur victoire,
mon ayse t' en peindra son amoureux excés.
Tes rares qualités, qu' on pourroit imiter,
mais non pas égaller dans le siecle où nous sommes,
et tes rares vertus qui te font meriter,
vn rang entre les dieux plutost qu' entre les hommes ;
cét éclatant rayon que tu tiens du soleil,
ce celeste mouuant cét esprit nompareil,
possible quelque iour à mes voeux accessible,
dans la route ou pour toy ie me suis auancé
ne m' empescheront pas qu' à ta gloire sensible
ie n' aille poursuiuant ce que i' ay commencé.
Ce n' est pas que pensant à l' astre iniurieux,
dont ie ressens à tort la rigueur sans pareille,
ma muse deplorant son destin mal-heureux,
aux rayons de tes faits quelquesfois ne sommeille ;
mais auant que le bruit de cent coups de canon,
exprimant ta valeur d' vn effroyable ton,
ayt respondu cent fois aux chants de ta victoire,
cette fille du ciel qui t' honore en tous lieux,
qui t' aime et qui iamais ne fût sourde à ta gloire,
s' éueille promptement et dessille ses yeux.
------------------------------------------------------------------------p38
Lors contemplant l' ardeur de tes actes guerriers,
et voyant dans le cours de ta vertu si rare ;
tant de fruits precieux, et de dignes lauriers,
dont l' estat s' enrichit et la France se pare :
elle va s' écriant, ô digne sang des lys !
ô source des vertus, et des faits inouys !
Prince qui de nos roys est l' ange tutelaire,
quoy faut-il que sans fin ie te donne des fleurs,
seray-ie donc tousiours la muse tributaire,
qui repeindra tes faits de nouuelles couleurs.
Puis tenant d' vne main le precieux tableau,
qu' elle ébauche en faueur de tes rares merueilles,
et de l' autre tenant le glorieux pinceau,
qui peint et qui repeint tes oeuures nompareilles,
d' vn soin bien esloigné de l' auare desir,
elle met tant de peine et prend tant de plaisir,
à tirer de tes faits quelque effet qui la touche,
que celuy qui l' iroit ainsi considerant,
il seroit bien aysé s' il n' estoit vne souche,
de comprendre le bien qu' elle va respirant.
Apprens donc auiourd' huy prince victorieux
que la gloire est le but où son bon-heur aspire,
que si tes faits sont grands ces vers sont glorieux,
et ta seule vertu l' aymant qui les attire :
ce feu qui dans son sein va decoulant du ciel,
qui n' a rien ny de bas, ny de materiel,
ne sçauroit dementir sa superbe origine,
et malgré les rigueurs de l' iniure du sort :
sçaches prince vaillant que sa flamme diuine
esclairera tes faits encore apres ta mort.
 
 
A FEU PRINCE DE CONDE
------------------------------------------------------------------------p39
Prince que les mortels admirent icy bas,
ne crains pas les glaçons de la froide vieillesse ;
en vain le temps ialoux de nos ieûnes esbats,
introduit en ton sang cette fascheuse hostesse.
Anguyen, plus puissant que le dieu des combats,
plus fort que les destins et le temps qui nous
presse ;
malgré cinquante hyuers ramene sur tes pas,
l' agreable saison de ta verte ieunesse.
à l' aspect de ce fils la mort et la douleur,
emoussent tous leurs traits et la main du bon-
heur,
te prepare des iours filés de tant de soye.
Que si le ciel ialoux de ta felicité,
vouloit méler du mal à ta prosperité,
il faudroit qu' il vsast de l' excés de ta ioye.
 
 
A M. DE BASSOMPIERRE
------------------------------------------------------------------------p40
Grand astre de la cour qui prés de ton couchant,
enfante des rayons que tout le monde adore,
et qui dessus le bord de ton âge panchant,
brille du mesme esclat qu' au leuer de l' aurore,
apres auoir contraint les muses que ie sers ;
à loüer des vertus moins rares que mes vers,
et profane l' encens à des ames de bouë,
comment, ô grand heros qui n' a point de pareil !
Encore tout noircy du crime que i' aduouë,
oseray-ie approcher des rayons du soleil.
Moy qui ne fis iamais reluire aucun tableau,
d' vn si beau coloris qui merite ta veuë,
oseray-ie tracer sans vn crime nouueau,
les rares qualités dont ton ame est pourueuë,
quel autre que dieu seul me conduisant la main,
me pourra seconder dans vn si haut dessein,
quels fameux artisans du temple de memoire,
quels doctes appollons quelles sçauantes soeurs ;
pour tirer seulement vn seul trait de ta gloire,
me pourront preparer d' assés viues couleurs.
------------------------------------------------------------------------p41
S' il n' est point icy bas de miracle assés beau,
qui ne cede à l' esclat de tes rares merueilles,
ny d' ancienne vertu qui repose au tombeau,
rien qui puisse égaller tes oeuures nompareilles ;
quel temeraire autheur de ton culte immortel,
portera le premier l' ençens à ton autel,
quel sera l' autre amant des filles du Parnasse,
qui suiuant comme moy le bruit de ton renom,
n' ait plutost signalé les traits de son audace,
que chanté dignement la gloire de ton nom.
Ne verras tu iamais tes exploits glorieux,
dans vn brillant miroir dont la glace fidelle,
puisse representer quelque iour à tes yeux,
quelques eschantillons de ta gloire immortelle,
non ce grand vniuers dans son large tableau,
ne te sçauroit fournir vn miroir assés beau,
aupres de ta clarté sa lumiere est trop sombre,
ses astres plus luysans n' ont qu' vn lustre imparfait,
aupres de ta splendeur le soleil n' est qu' vn ombre,
et n' as point de miroir que le dieu qui t' a fait.
C' est en ce grand obiect que ton coeur et tes yeux,
mieux qu' en tous les endrois de la terre et de l' onde,
descouuriront soudain les attraits gratieux,
qui dés tes ieunes ans ont rauy tous le monde ;
c' est-là que tu verras, ta bonté, ta douceur,
ta prudence, ta grace, et ta rare valeur,
mais sur tout grand heros l' éternel arrerage,
des biens que ta vertu met au ciel en tresor,
qu' à la confusion des plus grands de nostre âge,
ta liberale main imprime en lettres d' or.
------------------------------------------------------------------------p42
C' est de ce grand autheur de ce grand vniuers,
qui nous tient esblouys de l' esclat de ta gloire,
que tu dois esperer bien mieux que de nos vers,
les temples que l' on doit bastir à ta memoire ;
c' est luy qui du plus haut de l' empire des cieux,
tenant de tes beaux faits le conte glorieux,
fera bruire à iamais l' echo de tes loüanges,
et qui voyant sous toy les vices abattus,
sans fin fera chanter à la trouppe des anges,
les cantiques qu' on doit à tes rares vertus.
 
 
A PRESIDENT DE MAISONS
------------------------------------------------------------------------p43
Grand appuy de nos loix oracle de Themis,
magnanime porteur de la pourpre esclatante,
qui des dieux et des roys adorable commis,
surpasse l' équité du iuste Radamante,
astre tousiours brillant de gloire et de grandeur,
genereux tresorier de l' antique candeur ;
de la terre et du ciel dignement reuerée,
qui dessus le debris des portes de l' enfer,
fais reuiure chés toy sous vn regne d' Astrée,
l' heureux âge doré dans vn siecle de fer.
Modelle glorieux de la perfection,
pere miraculeux des graces et des charmes,
que mes yeux n' ont point veu sans adoration,
ny quitté sans verser quelques gouttes de l' armes,
mortel dont la vertu fait le temperament ;
qui dans les rhets diuins de ton esprit charmant,
tient mes sens enchantés et mon ame rauie,
ha ! Que ma passion va trahir mon espoir,
et que ie voy d' erreur dans mon foible genie,
pour estre trop pressé d' amour et de deuoir.
------------------------------------------------------------------------p44
Des le moment heureux que ie vis éclairer,
les graces que les dieux peignent sur ton visage,
et que le ciel en toy m' eust contraint d' adorer,
celle à qui tous les coeurs doiuent tout leur hommage
que de chesnes de fers de charmes et d' appas ;
me firent doucement esclaue de tes pas,
et que loin du climat dont la clarté trompeuse,
vit dix ans sans pitié mon destin abattu,
i' accreus ioyeusement la trouppe bien heureuse,
des glorieux captifs qui suiuent ta vertu.
Ie pensois aux mal-heurs à mes iours attachés,
dés le funeste point de ma triste naissance,
quand dessus le cheual qui de tous mes pechés,
me fit faire en vn iour l' amere penitence,
ie me plaignois ainsi vous muses que ie sers ;
qui dessous des berceaux de lauriers toûjours verds
emportes sur le temps vne seure victoire,
las ! Quand brillerés-vous d' vn éclat assez beau,
quoy viurés-vous toûiours sans honneur et sans gloire
et vos vers seront-ils le butin du tombeau.
Quoy ferés tousiours d' inutiles efforts,
à la honte des grands et du siecle où nous sommes,
ne trouuerés-vous plus que des courages morts,
et des coeurs de rochers sous des visages d' hommes
ne verrés-vous iamais que ces monstres dorés,
que ces sots precieux et ces veaux adorés ;
souffrirés-vous toûjours parmy leurs fresles ames
les infames qui vont vostre gloire estouffant,
et sous le vil éclat de leurs honteuses trames,
de vos rares vertus le vice triomphant.
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Ainsi i' allois plongé dans vn gouffre d' ennuis,
et laissant aux douleurs mon triste coeur en proye,
ie changeois mes beaux iours en des mortelles nuis
lors que tu m' aparus bel astre de la ioye,
iamais du beau soleil les rayons glorieux,
ny de l' aube du iour le coral precieux ;
ny les feux messagers de la fin de l' orage,
ces beaux astres iumeaux, ny l' estoille du nort,
ne furent aux nochers vn plus heureux presage,
que ton oeil gracieux qui m' asseura du port.
Si-tost que ie te vis soudain ie fus touché,
et ie creux à l' aspect d' vne bonté si rare,
que celle que i' auois plus de vint ans cherché,
ta celeste vertu me seruiroit de phare,
ie ne fus point trompé i' en sentis les attraits,
et mon ame en conserue encore tous les traits ;
ie n' ay point oublié ta grandeur magnanime,
ny la rare bonté de ton coeur genereux,
non plus qu' en ma faueur la glorieuse estime
que tu fis des enfans d' vn pere mal-heureux.
Ie n' ay point oublié les plaisirs innocens,
que tu pris escoutant ces amoureuses feintes,
que nos luths et nos voix par des charmeurs accens
expriment en des pleurs des souspirs et des plaintes
ie n' ay point oublié ce que tu fis pour moy,
auprés de ce cher duc où les faueurs d' vn roy ;
ont ioint à la vertu la gloire et l' opulence,
tes voyages, tes ieux, tes ris, et tes discours,
font briller vn portrait dedans ma souuenance,
qui ne periroit point si ie durois tousiours.
------------------------------------------------------------------------p46
Pense tu que le feu qui m' inspire les vers,
n' auroit point épuisé ma languissante veine,
auant que d' estaller aux yeux de l' vniuers,
le moindre échantillon de ta vertu romaine,
vertu plaine d' attraits et de ciuilité,
vertu tousiours riante et sans austerité ;
sans masque ny sans fard, vertu sans artifice,
qu' on yroit adorer dans le trône d' vn roy,
si pour ton beau destin le ciel plein de iustice,
auoit autant d' amour comme i' en ay pour toy.
 
 
A MONSEIGNEUR LE X
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Aymable conquerant, adorable vainqueur,
dont les rares vertus, les graces, et les charmes
te rendent desormais maistre du ieune coeur,
qui fournit à l' amour ses plus fatales armes.
Auguste et rare obiect d' vn astre fortuné,
qu' auiourd' huy de sa main l' amour a couronné
dans vn champ de plaisirs, de beautez, et de gloire,
maintenant que tout rit à tes iustes souhaits :
dis moy, genereurs duc, est il quelque victoire
qui se puisse esgaler au butin que tu fais.
Depuis que le soleil te fist present du iour,
quels si dignes lauriers que la gloire t' appreste,
s' oseroient comparer aux mirthes que l' amour
a cueillis en l' honneur de ta belle conqueste ?
Quel bras aduantureux du renommé Iason
combattant en Colchos pour la riche toison,
remporta chez les siens vne plus douce proye,
et quel beau rauisseur, berger, ou fils de roy,
contentant ses desirs aux despens de sa Troye
dans l' empire amoureux fut plus heureux que toy.
------------------------------------------------------------------------p48
Contemple si tu peux les rayons du soleil,
et le front esclattant de la vermeille aurore,
puis iuge les voyant s' ils ont rien de pareil
à celle que ton coeur si saintement adore,
regarde les oeillets, les roses, et les lys,
et toutes les couleurs dont nos champs embellis ;
figurent à nos yeux vne douce peinture,
puis adorant son teint et benissant tes fers,
confesse qu' il n' est rien dans toute la nature,
comparable aux beautés de l' iris que tu sers.
Quand tu pourrois nombrer dans la voute des cieux,
les astres qui la nuit brillent à nostre veuë,
tu ne pourrois conter les attraits gracieux,
ny les diuins appas dont son ame est pourueuë,
qui n' a point adoré l' heroïque vertu,
dont son coeur en naissant richement reuestu ;
la fit digne d' vn dieu plutost que d' vn monarque ;
heroïque vertu qui brillant dans ses yeux,
resuscite malgré les ciseaux de la parque,
la generosité de ses braues ayeux.
Beny donc mille fois le nuptial flambeau,
qui couronne ta foy d' vn si precieux gage,
et digne possesseur d' vn miracle si beau,
voy les graces qu' amour t' abandonne au pillage,
donne mille baisers à ton sacré lien,
enferme tes desirs dans ce noeud gordien,
et payant ton iris d' vn amour eternelle ;
que ce grand vniuers soit plutost consommé,
que ton fidelle coeur perde quelque estincelle,
du beau feu que ses yeux y tiennent allumé.
 
 
A ARCHEVESQVE DE ROVEN
------------------------------------------------------------------------p49
Grand prelat dont l' esprit esgalle la bonté,
interprete fameux des celestes oracles,
dont les doctes escrits remplis de pieté
passent dedans nos iours pour autant de miracles.
Soleil qui penetrant les ombres de l' erreur,
de la nuict du peché, va dissipant l' horreur,
sainct temple où la vertu se plaist et se recrée,
grand appuy de la croix, lumiere de la foy,
glorieux ornement de la troupe sacrée,
qui dans le corps d' vn saint porte le coeur d' vn
roy.
Ne t' esmerueille point si d' vn fidelle traict,
sans iamais auoir veu ta grandeur magnanime,
i' entreprens de tracer le glorieux portrait
des hautes qualitez de ton ame sublime :
pour couronner ton front ie n' ay que trop de fleurs,
pour en peindre l' esclat trop de viues couleurs ;
ie ne connoy que trop tes oeuures nompareilles,
grand et digne prelat des graces reuestu
pour porter iusqu' au ciel le bruit de tes merueil-
les,
ne me suffit-il pas du bruit de ta vertu.
------------------------------------------------------------------------p50
Quand cét amy parfait, cét esprit genereux,
cét ange reuestu d' vne bonté fidelle,
Tirsis de tes vertus ardamment amoureux,
ne m' en eust point laissé le glorieux modelle :
quels fidelles tesmoins de ta viue splendeur
ne m' auroient point tracé les traits de ta grandeur :
quels bien-heureux climats où ta vertu respire,
où quels peuples lisans tes ouurages pieux
n' auroient point adiusté les cordes de ma lyre
pour immortaliser ton renom glorieux.
Quand mesme les ialoux de tes perfections
lanceroient contre toy tous les traits de l' enuie,
ces peuples de la haut exemps des passions
ne supprimeroient point ta glorieuse vie :
ces habitans du ciel, qui pleins de pureté,
auecques ta candeur ont fait societé,
ne supprimeroient point les brillans de ta gloire,
ces bien-heureux tesmoins de tes faits rauissans,
qui chantent tous les iours la superbe victoire,
que chez toy la raison emporte sur les sens.
Ces glorieux esprits qui du plus haut des cieux
contemplent à plaisir nos ames toutes nuës,
n' auroient point de regret d' estaller à nos yeux
les vertus qui chez toy demeurent inconnuës :
par eux ie connoistrois les celestes faueurs,
que tu reçois de Dieu dans tes saintes ferueurs,
i' apprendrois la grandeur de ta gloire cachée,
quand porté iusqu' au ciel sur des aisles d' esprit
du sang, et de la chair ton ame detachée
repose doucement au sein de Iesus-Christ.
------------------------------------------------------------------------p51
Ne t' hebaïes donc point, si d' vn saint appareil
loin de tes qualitez qui charment tout le monde,
et de ta pureté qui fait honte au soleil,
ie depeins aux mortels ta vertu sans seconde :
ne vais point m' accusant d' vn temeraire effort,
si i' ose dans l' ardeur de ce diuin transport
te former vn tableau de ta gloire adorée,
on n' a iamais blasmé le peintre ingenieux,
qui n' ayant point esté dans le ciel empirée,
nous figure pourtant les anges et les dieux.
 
 
A PRINCE DE CONDE
------------------------------------------------------------------------p52
Prince qui tous les ans par vn exploict nou-
ueau
fais trembler l' vniuers aux traits de ton courage,
dont la ieune valeur nous figure l' image
d' vn hercule estouffant les monstres au berceau.
En vain du fier lyon du creuse le tombeau
dans ces champs abbreuués de sang et de carnage,
et pour enseuelir son orgueilleuse rage,
ta main ne daigne pas luy laisser vn drapeau.
Hà de quoy te sert-il que ton renom qui vole
esclaire les deux bouts de l' vn et l' autre pole,
et te fasse adorer sur la terre, et sur l' eau.
Si ton coeur est si grand, et ta valleur est telle,
qu' il n' est point icy bas de couleur assez belle,
ny d' assez digne main pour faire ton tableau.
------------------------------------------------------------------------p53
Ov cours-tu ieune Mars tout comblé de vi-
ctoire,
et de felicité ?
Quel superbe demon te conduit à la gloire
d' vn pas precipité ?
Suspens, suspens vn peu ta valeur sans seconde,
ô ieune triomphant !
Ce n' est pas la raison que le dompteur du monde
soit tousiours vn enfant.
Desia l' esclat bruyant de ton renom qui vole,
et tes combats diuers
esbranlans les deux bouts de l' vn l' autre pole,
font trembler l' vniuers ;
suspens, suspens vn peu ta valeur sans seconde,
ô ieune triomphant
soit tousiours vn enfant.
L' espagnol qui gemit sous l' effort de tes armes,
plein d' horreur, et d' effroy ;
doute si c' est l' amour où le dieu des alarmes
qui luy donne la loy.
 
 
SVR MALADIE DE MONSEIGNEVR
------------------------------------------------------------------------p54
Qvand par le double accés d' vne fievre cruelle
la France vid son fils dans les bras de la mort
on l' oüit deplorant son miserable sort,
arracher de son coeur cette plainte mortelle.
Impitoyable feu dont l' ardeur criminelle,
consomme nuit et iour mon vnique support ;
cruel fais moy le but de ton fatal effort,
où rends moy promptement mon Alcide fidelle.
Alors tous les ruisseaux en ses veines cachés,
decoulants par ses yeux sur ton fils attachés,
formerent si soudain vn deluge de larmes.
Que si ce feu brulant qui causoit ses douleurs,
eust resisté long-temps à ces humides armes,
elle se fust noyée au torrent de ses pleurs.
 
 
A LA REYNE
------------------------------------------------------------------------p55
Astre dont les mortels adorent l' influence,
qui par ton bel esclat rends le iour à nos yeux
reine qui dans vn char brillant et glorieux,
estalles ta grandeur ta gloire et ta puissance.
Tes diuines vertus et ta rare prudence,
ont ietté dans le ciel tant de traits radieux,
que déployant pour toy son bras victorieux,
il se declare enfin protecteur de la France.
ô mille fois heureuse et rare pieté,
qui redonne à l' estat sa premiere beauté,
ô mille fois heureuse et celeste regence.
Qui tenant sous ses pieds les demons abattus,
eschange heureusement les vices aux vertus,
et le siecle de fer à aage d' innocence.
 
 
A DVCHESSE DE SAVOYE
------------------------------------------------------------------------p56
Fille du sang des dieux en qui la terre admire,
les plus rares presens de l' esprit et du corps,
mere des beaux soleils ou luisent les tresors,
par qui Mars et l' amour accroissent leur empire.
Grande ame où des bourbons la grandeur se retire
dont la vertu guidant les augustes ressorts,
fait luire sa splendeur, iusques dessus les bords,
où la fille du iour pour Cephale souspire.
Grand astre en qui le ciel influant ses clartés,
fait briller de vertus autant que de beautés,
ne vous offencés pas en ces iustes loüanges.
Que l' on adore en vous son oeuure plus parfait,
si l' on doit reuerer les astres et les anges,
on peut bien adorer la mere qui les fait.
------------------------------------------------------------------------p57
Svitte.
Princesse en qui la gloire establit son sejour,
en qui plus que iamais ou void reuire encore
les graces qu' au matin la nature et l' amour,
estallent sur le front de la naissante aurore.
Soleil qui du millieu des astres de sa cour,
d' vn seul trait de ses yeux tout ce climat redore,
et qui d' vn plus beau feu que le rayon du iour,
esclatte du couchant iusqu' au riues du more.
Ainsi que dans nos coeurs vostre adorable aspect
imprime incessament l' amour et le respect,
souffres que dans le vostre on adore sans feinte.
Les glorieux talens dont il est reuestu,
qui vous vient adorer il fait vn oeuure sainte,
et se rend adorable adorant la vertu.
 
 
A MADAME LA PRINCESSE
------------------------------------------------------------------------p58
Avant que le soleil fist briller ses tresors,
qui reluisent tousiours dessus vostre visage,
vainement la nature auoit fait ses efforts,
pour produire icy bas quelque parfait ouurage.
Elle n' en fit iamais vn plus grand ny plus sage,
que celuy quelle fit digne de vostre corps,
ny iamais foudroyeur de villes et de forts,
n' eust tant que vostre fils d' ardeur et de courage.
Mais quelque deité qui guidant ses soleils,
aussi grands en esprit qu' en valeur nompareils,
expose à leur vertu toute la terre en proye.
Ils n' en doiuent pourtant des autels qu' à l' amour,
puis que l' vn, sans vos yeux n' eût iamais eu de ioye
et l' autre, sans vos soins de gloire ny de iour.
 
 
POVR PORTRAIT AMAZONE
------------------------------------------------------------------------p59
Tout cede à Zenobie on ne peut resister,
à l' inuincible effort de ses puissantes armes,
et c' est esgallement que l' on doit redouter,
le pouuoir de son bras et celuy de ses charmes.
Helas ! Combien de sang elle nous va couster,
si sa fureur la porte au millieu des alarmes,
et combien ses appas qu' on ne peut euiter,
vont mesler de souspirs à des sources de larmes.
Toy qui dans l' appareil d' vne simple couleur,
vois son fer immobile et sa peinte valeur,
ne crains pas de ses coups le foudroyant orage.
Son coutelas trenchant n' agit point en ces lieux,
l' art te met à l' abry des traits de son courage,
sauue toy seulement de l' esclat de ses yeux.
 
 
A DVC DE S. SIMON
------------------------------------------------------------------------p60
Ieune diuinité dont la beauté naissante,
luit d' vn plus bel éclat que le flambeau du iour,
pour appaiser d' vn coeur l' ardeur impatiente,
ne verrons nous iamais l' automne de retour.
Faut-il que le soleil dans l' humide sejour,
plonge encore cent fois sa lumiere esclatante,
auant que d' allumer en faueur de l' amour,
du flambeau de l' hymen la flamme estincellante.
Ha ! Que le coeur blessé de cét illustre espoux,
que les dieux et les roys ont esleué pour vous,
doit accuser le ciel de rigueur et d' enuie.
Et dire librement que la nature a tort,
de vous auoir si tard fait present de la vie,
pour luy faire sentir les rigueurs de la mort.
------------------------------------------------------------------------p61
Svitte.
Enchaisné dans les fers d' vne rude contrainte,
par le fascheux delay de tes chastes plaisirs,
ce n' est pas sans raison qu' vne amoureuse plainte
ouure tes yeux aux pleurs et ton coeur aux soûpirs.
Qu' au millieu des langueurs d' vne si dure atteinte,
l' impatiente ardeur de tes iustes desirs,
agite ton amour d' esperance et de crainte,
de rigoureux momens et d' ennuyeux loisirs.
Quelque forte douleur qui ton ame ayt blessée,
adorant la beauté qui luit en ta pensée,
d' vn plus brillant éclat que le flambeau des cieux.
Meurs quand il te plaira d' vne si belle enuie,
celle qui fait mourir d' vn regard de ses yeux,
peut aussi d' vn regard te redonner la vie.
 
 
SVR L'INCONSTANCE DV IEV
------------------------------------------------------------------------p62
Qvel plaisir fust égal au celeste transport,
dont mon coeur autrefois éprouua la puissance
lors que les trois demons qui regissent le sort,
roulants en ma faueur me liuroient bonne chance.
Ie voyois chaque iour acrestre ma finance,
et du cornet fatal d' où l' infortune sort,
couler incessamment sans peine et sans effort,
les plus riches tresors des cornes d' abondance.
Mais las que depuis peu ces perfides lutins,
ont bien changé le cours de mes heureux destins
i' ay beau toutes les nuicts discourir à la lune.
C' est peu quand ie ne perds que le centeleua,
l' heur ma tourné le cul ie croy que la fortune,
est bien ayse auiourd' huy qu' on la prenne par là.
 
 
POVR MONSEIGNEVR DE R
------------------------------------------------------------------------p63
Enfin l' amour vainqueur du demon de l' enuie,
laisse heureux et content nostre amant fortuné,
et ce monstre fatal par la cour enchaisné.
N' oze plus attenter au bon-heur de sa vie.
Des biens et des grandeurs sa fortune est suiuie,
pour le lieu qu' il remplit le ciel là destiné,
ne pouuant consentir qu' à son front couronné,
non plus qu' à sa vertu la gloire soit rauie.
Cét enfant de la nuict que l' on void auiourd' huy,
supplanté par les faits d' vn enfant comme luy,
n' aura plus desormais que d' inutiles armes.
Quand mesme trop hardy pour tenter les hazards,
iustement irrité contre le dieu des charmes ;
il voudroit esprouuer la puissance d' vn Mars.
 
 
EPITAPHE DE MONSEIGNEVR
------------------------------------------------------------------------p64
Vous le pouués bienvoir vostre vniq ; esperance
l' appuy de cét estat le soutien de nos roys,
vous le pouués bien voir pour la derniere fois,
le pere protecteur et demon de la France.
Vous qui depuis vingt ans auec tant de souffrance,
gemissés-sous le ioug de l' empire des loix,
pleures peuple pleures, miserables françois,
celuy qui de vos maux calmoit la violence.
Pauure peuple pleurés vostre bon-heur passé,
pleurés vostre soleil pour iamais eclipsé,
où plutost qu' en vos coeurs la pointe de vos armes
grauent par vostre sang vostre funeste fort,
vous deüssiés tous mourir si pour tarir vos larmes
son digne successeur n' estoit vostre susport.
 
 
SVR COMBAT DE M. D.R.
------------------------------------------------------------------------p65
Qvi sçait combien de fois ta force incomparable,
a rangé l' ennemy sous tes pieds abbatu,
ne s' estonnera pas admirant ta vertu,
du glorieux succés de ton bras redoutable ?
Prouoque qui voudra ta valeur indomptable,
et fasse à ses despens, le fol, et le testu,
il apprendra bien-tost que ton glaiue pointu,
est le couteau fatal de la parque effroyable.
Paris en est témoin, Xaintonge l' est aussi,
qui vit l' vn de ses preux soûmis à ta mercy,
trébucher sous l' effort du trenchant de tes armes.
Glorieux de pouuoir se vanter à son tour,
d' auoir esté vaincu par le dieu des allarmes,
et sauué du trépas par les mains de l' amour.
 
 
A M. DE LVIGGY
------------------------------------------------------------------------p66
Diuin maistre des sons, prince de l' harmonie,
roy des chants, roy des coeurs, roy des af-
fections,
fils des filles du ciel race des amphions,
de qui toute la terre adore le genie.
Ange qui nous rauis dieu de la simphonie,
pere des doux accords dont les inuentions,
font gouster à nos sens tendres aux passions,
des delices du ciel la douceur infinie.
Ie ne m' estonne point de voir à tes beaux airs,
soumettre les demons, les monstres, les eners,
ny de leur fier tyran l' implacable furie.
Le chantre tracien dans ces lieux pleins d' effroy,
iadis en fit autant, mais de charmer l' enuie,
Luiggy c' est vn art qui n' appartient qu' à toy.
 
 
A MARQVIS DE MONT-BRVN
------------------------------------------------------------------------p67
Lors qu' vn iuste deuoir anima ton courage,
pour venger ton honneur sans trouble et
sans effort,
tu parus glorieux dans le champ ou la mort,
imprime aux plus hardis l' horreur de son image.
Sans craindre, sans pallir, ny changer de visage,
tu la vis, et ton bras aussi puissant que fort,
armé de ton bon droit se fit maistre du sort,
du temeraire autheur d' vn insolent outrage.
Ta vie en ce combat auecques ton honneur,
soustenus auiourd' huy par ta rare valeur,
ne se contente pas d' vne seule victoire.
Resistant à l' ardeur d' vn iuste mouuement,
et pouuant l' immoler à ton ressentiment,
tu gagnes le sauuant vne immortelle gloire.
 
 
A COMTE DE LA GARDE
------------------------------------------------------------------------p68
Tout ce que l' estranger a produit à la France,
de plus beau de plus grand et de plus glorieux,
ne sçauroit égaller la superbe excellence,
du pompeux appareil qui paroist à nos yeux.
Qui ne dira voyant ta splendide opulence,
et les riches presens que tu fais en tous lieux,
que pour nous ébloüir de ta magnificence,
l' inde ne t' ayt presté ses tresors precieux ?
Le peuple qui te loüe et la cour qui t' estime,
contraints de publier ta vertu magnanime,
disent qu' ils n' ont rien veu de plus brillant que toy.
Et que parmy l' esclat du train qui t' enuironne,
tu meriterois mieux de porter la couronne,
que de representer la personne d' vn roy.
 
 
PRIERE A M. ST NICOLAS
------------------------------------------------------------------------p69
Parmy le desespoir, la frayeur et la mort,
les flots seditieux la tempeste et l' orage,
nous te voyons grand saint retirer du naufrage,
tous ceux à qui ton nom a serui de support.
Auiourd' huy que le froid par vn funeste effort,
déploye sur nos biens sa fureur et sa rage,
sauue bon Nicolas sauue le bon breuuage,
que ce monstre frilleux endommage si fort.
Quarantis si tu veux des rigueurs de la parque,
le passager craintif, le pilote et la barque,
mais daigne prendre aussi quelque soin du tonneau.
Sans luy nous ne pouuons celebrer ta memoire,
montre-nous ton pouuoir il y va de ta gloire,
que tu sois le patron du vin comme de l' eau.
 
 
A M. DE MOIROVS
------------------------------------------------------------------------p70
Amy dont la bonté me fût tousiours propice,
que ie dois sur tout autre honorer et cherir,
à qui faute de biens ie ne sçaurois offrir,
qu' vn desir impuissant de te rendre seruice.
Quelque rigueur du sort que ma muse patisse,
sous le malin aspect qu' il me conuient souffrir,
ainsi que ta vertu m' a daigné secourir,
ne me refuse pas encor vn bon office.
Si tu fais dessus moy reluire la splendeur,
de l' astre dont trois fois i' ay ressenti l' ardeur,
en l' honneur de ton nom ma voix fera parestre,
les glorieux talens dont il est reuestu,
et de la mesme main dont i' encense ton maistre,
amy i' encenseray ta diuine vertu.
 
 
A MONSEIGNEVR PHOEBVS
------------------------------------------------------------------------p71
Qvoy me pipper ainsi m' affronter de la sorte,
me promettre beaucoup et me laisser sans
pain,
adieu gueux d' Appollon, adieu fils de putain,
adieu menestrier que le diable t' emporte.
Que ne me disois-tu que la franchise est morte,
qu' au chemin de l' honneur il faut mourir de
faim,
qu' il faut aller tout nuds, qu' il faut tendre la main
et pour auoir vn sol gueuser de porte en porte.
Ne m' en viens plus conter auecques ta vertu,
on s' en rit desormais, on s' en torche le cu,
le riche est ennemy du chant et de la rime.
Si l' enfer à chés eux estably son bureau,
pense-tu profiter ou la vertu c' est crime,
si tu n' est pour le moins voleur ou maquereau.
 
 
CONTRE VN IEVNE GENTIL-HOMME
------------------------------------------------------------------------p72
En cruauté pareil au sauuage pourceau,
que l' honneur, le deuoir, ny la pitié ne touche,
vous portés des crochets dans vostre fiere bouche,
qui pourroient mettre encor Adonis au tombeau.
Deschirer ses amis, il n' est ny bon, ny beau,
et fussiez vous extraict d' vne royalle souche,
ie ne puis consentir que vostre dent farouche
d' vn nés, l' honneur des nés n' en fasse qu' vn
morceau.
Retenez donc vn peu cette dent magnanime,
contre qui ie voudrois opposer vne lime,
plustost que le trenchant d' vn long fer esmoulu :
que si perseuerer en cette humeur estrange,
c' est vostre bon plaisir, ie vous diray mon ange,
qu' en matiere de nés vous estes bien goulu.
 
 
A MA MAISTRESSE
------------------------------------------------------------------------p73
I' entens depuis trois iours vn demon furieux,
qui pour venir à bout de ma foible constance,
plein de fiel et d' aigreur me dit injurieux,
mal-heureux qu' as-tu fait songe à ta conscience.
En ce fascheux accez ie pense, et ie repense
à l' extreme rigueur qui me suit en ces lieux ;
mais en fin ie ne voy que ma seule innocence
qui veut qu' encor vn coup ie paroisse à vos yeux.
Helas ! Si ie ne puis au mal qui me deuore
obtenir le pardon du peché que i' ignore,
pour le moins accordez à mon funeste sort,
que bien-tost de mes maux sa rigueur me deliure
aussi bien n' ay-ie plus esperance de viure,
depuis que vos dedains m' ont procuré la mort.
 
 
A MADAME DE HAVTEFORT
------------------------------------------------------------------------p74
Heureux qui met au ciel toute son esperance,
qui se rend attentif aux accens de sa voix,
qui regle ses desirs selon ses sainctes loix,
et suit le mouuement de sa iuste cadence.
Il reconnoist enfin que toute la puissance,
la gloire, la grandeur, les biens, et les emplois,
les plaisirs de la cour, et la pompe des roys
ne sont que les iouëts de l' humaine inconstance.
Vous à qui les rigueurs des plus sanglans ennuys
changerent les beaux iours en de mortelles nuits,
voyez comme l' estat a changé de visage :
enfin l' heur et les biens succedent aux malheurs,
la ioye aux desplaisirs, les plaisirs aux douleurs,
et la serenité reuient apres l' orage.
 
 
ADVERTISSEMENT A VIEUX PECHEUR
------------------------------------------------------------------------p75
Mortel à qui iamais ne vint en la pensée,
de suiure des vertus l' esclattante beauté,
homme sans dieu, sans foy, sans loy, sans pieté,
esclaue des erreurs d' vne trouppe incensée.
De grace ouure les yeux, voy ta course auancée
tes membres sans chaleur, et sans humidité,
consulte ta langueur, et ta debilité,
et voy dans vn miroir ta ieunesse passée.
Voicy la mort en pieds, qui d' vn coup inhumain
au milieu de tes gens te va percer le sein,
orgueilleuse elle vient d' abattre vn diademe.
Helas ! Que feras-tu, si tu n' as le loisir
de renoncer aux feux de ton sale plaisir,
de songer à ton dieu, et penser à toy-mesme.
 
 
A MONSEIGNEVR LE PRINCE
------------------------------------------------------------------------p76
Qvel memorable exploit s' en va grossir l' hi-
stoire ?
Quel miracle inoüy ? Quel fait prodigieux
a signalé desia ce fils victorieux,
dont la France à iamais cherira la memoire.
Obtenir à vingt ans la plus haute victoire
que iamais la valeur ait produit à nos yeux,
et par vn coup d' essay brillant et glorieux,
s' acquerir en vn iour vne eternelle gloire.
Superbe et triomphant ainsi qu' vn ieune Mars,
marcher d' vn pas hardy sur le train des Caesars,
combattant et vainqueur imiter Alexandre.
D' vn bras victorieux cueillir mille lauriers,
et surpasse enfin les plus braues guerriers,
c' est ce que la nature a peine de comprendre.
 
 
SVR VN SVIET FORT CONNV
------------------------------------------------------------------------p77
Mortel qui que tu sois, qui d' vn coeur in-
dompté
mesprise des destins la cruelle insolence,
plein de coeur et d' esprit, et dont la probité
brille du bel esclat d' vne rare science.
Eusse-tu des caesars la force et la vaillance,
d' vn ange glorieux la grace et la beauté
plus que tous les humains d' art et d' experience,
de vertu, de candeur, et de sincerité.
Si tu te voix atteint de ce monstre perfide,
qui posseda le coeur du premier homicide,
ne pense pas gauchir à ses coups dangereux.
Mais viens auecque moy plaignant mon ad-
uanture
apprendre desormais à toute la nature,
que les honnestes gens sont les plus malheureux.
------------------------------------------------------------------------p78
svitte. 
moy qui sers à trois soeurs, et qui sans vanité
par trois charmes diuers brauerois la for-
tune
si des fausses grandeurs l' insigne lascheté,
n' auoir rangé mon sort auecques la commune.
Ie trauaille, ie cours, ie me plains, i' importune,
mais dans le mal commun de la stupidité,
i' arracherois plustost le cercle de la lune,
que d' attirer sur moy quelque foelicité.
C' est ainsi qu' accablé sous l' enuieuse rage,
du sort iniurieux qui sans cesse m' outrage,
ie l' anguis à tes yeux si long-temps abattu.
Et qu' estant vn obiect trop digne de l' enuie,
il faut que mon esprit soit bourreau de ma vie,
et que mon ennemy soit ma propre vertu.
 
 
A M. FARET
------------------------------------------------------------------------p79
Ie n' auois iamais veu les traits de ton visage,
ny gousté la douceur de tes diuins escrits,
lors que de ta vertu sensiblement espris,
ie rendois à ton nom vn glorieux hommage.
Mais si-tost qu' à l' esclat de ce fameux ouurage,
qui t' esleue au dessus des plus rares esprits,
i' eux en te benissant heureusement appris,
à deuenir meilleur plus honneste et plus sage.
Ie dis auec transport que ce prince est heureux,
d' auoir pour esclairer ses actes valeureux,
vn soleil esclattant sur la terre et sur l' onde.
Qui par l' esclat brillant de mille traits diuers,
luy mesme s' estant peint aux yeux de l' vniuers,
se peut faire adorer iusques au bout du monde.
 
 
A M. DE GASSION
------------------------------------------------------------------------p80
Apres auoir cent fois démoly cent murailles,
repousse les germains dompté les pays bas,
signalé tes exploits en cent mille combats,
vaincu des nations et gagné des batailles.
Nous estions prests à voir nos tristes funerailles,
par le funeste coup sous qui tu succombas,
qui nous laissans vaincus terminoit nos debas,
et te perçeant le sein deschiroit nos entrailles.
Quand le ciel aduerty de nos proches mal-heurs
malgré le fier demon qui causa tes douleurs,
se montra si soigneux de ta conualescence.
Que te rendant la vie auecque la clarté,
il prit encor le soin de ta debilité,
t' enuoyant vn baston de mareschal de France.
 
 
A DVC D'ORLEANS
------------------------------------------------------------------------p81
Attandant le secours de vostre main tardiue,
vn espoir incertain tient mon ame en langueur
ie n' ay plus que la voix que ma langue plaintiue,
tire inutilement du profond de mon coeur,
douze mois sont passés que ma muse lassée,
si proche du soleil iniustement glacée,
ne sçait plus qu' esperer du naufrage ou du port,
prince dont la bonté tient la terre asseruie,
de grace dites moy, si c' est durant ma vie,
que vous me donnerés ou bien apres ma mort.
------------------------------------------------------------------------p83
Ta liberalité brille de tant de gloire,
que mesme en la voyant on ne la sçauroit
croire,
mais quand à moy ie suis plus credule en ce point,
car ie la croy marquis et ie ne la voy point.
 
 
SVR FONTAINE DE VIN
Si la beauté de cette source,
dauphin grand miracle des cieux,
pour celebrer ce iour heureux,
auiourd' huy commence sa source,
ne permets pas digne dauphin,
qu' on en voye si-tost la fin,
c' est vn honneur à ta memoire,
si tu souffres dedans son coeurs,
le caractere de ta gloire,
grand prince il durera tousiours.
à Phillis svr vn bovqvet. 
receués ces viues couleurs,
que nature mit en ses fleurs,
à dessein qu' vn ange les porte,
mais songés qu' elles passeront,
et que vos beautés de la sorte,
dans quelques iours s' effaceront.
 
 
EPITAPHE DE X
------------------------------------------------------------------------p84
Cy gist le pere d' Alexandre,
pere au peuple, pere aux escus,
que le bon Dieu ne peut reprendre,
d' auoir fait des marys cocus.
epitaphe d' vn singe. 
icy la mort tient en relais,
Robert de qui la gentillesse,
fust aussi fatale aux laquais,
comme plaisante à sa maistresse :
sa vertu fust digne d' enuie,
et quelque ennemy sans raison,
n' a pas oublié le poison,
pour dresser embusche à sa vie,
sage passant, ris, mais admire,
et nos plaisirs, et nos douleurs,
si son viuant nous a fait rire,
sa mort nous a cousté des pleurs.
 
 
ALCIDON SOVS LE BALCON
------------------------------------------------------------------------p85
Belle et paisible nuit fauorable aux amans,
de ton air obscurcy redouble les tenebres,
corbeaux iettés des cris funebres,
oyseaux de nuit, poussés vos tristes hurlemens.
Volez de tous costez sur l' aisle des hibous,
obscurité, sommeil, horreur, crainte, silence,
venez tromper la vigilence,
d' vn importun riual, et d' vn mary ialous.
C' en est fait, ce grand calme a charmé les mortels
ie voy desia qu' aucun ne paroist dans la ruë,
sans rendre ma flamme connuë,
allons de ma Philis, encenser les autels.
Tout beau mes pieds, marchez auecques moins
de bruit,
i' aproche des saints lieux, où demeure ma reine
mes poulmons tenez mon halene,
gardez-vous de troubler vne si belle nuit.
------------------------------------------------------------------------p86
Mais ie m' aproche enfin du balcon auancé,
d' où ie peux aisément faire entendre ma plainte,
ie voy l' epicicle, où ma sainte,
fait luire quelquesfois son rayon élancé.
Philis, éueillés-vous, le voisinage dort,
sortés sur le balcon, faites voir vos lumieres,
rendés le iour à mes paupieres,
où mon coeur languissant va ceder à la mort.
Venés, ne craignés rien, ie suis seul en ces lieux,
le respect seulement est ma fidelle guide,
il retient mon ardeur en bride,
il compose mes pas, comme il conduit mes yeux.
Ie suis vn corps mourant de douleur animé ;
comme vn spectre amoureux que l' espoir fait
reuiure,
i' erre, et ie prens plaisir à suiure,
de vostre aimable corps le philtre enuenimé.
Mon amour est semblable aux feux du firmament,
comme eux il n' est point veu pendant que le iour
dure,
et lors que la nuict est obscure,
il se monstre, mais c' est à vos yeux seulement.
Que n' estes vous moins belle, où moy moins
amoureux,
vostre vie en seroit beaucoup moins éclairée,
et mon ame desesperée,
n' auroit pas à souffrir vn mal si rigoureux.
------------------------------------------------------------------------p88
Adieu, i' oy les oyseaux auant couriers du iour,
dont le chant importun m' oblige à la retraitte,
Phoebus à l' humeur indiscrete,
il pourroit bien icy me faire vn mauuais tour.
 
 
A ARCHEVESQVE DE SENS
Grand prelat que nul autre égalle,
beau corps en qui l' esprit étalle
tout ce que la terre et les cieux
estiment de plus precieux.
Grand miracle de la nature,
prelat en qui la prelature
fait voir en son brillant éclat,
vn soleil plutost qu' vn prelat.
Soleil qui dedans ta carriere,
du moindre iet de ta lumiere
efface toute autre splendeur.
Soleil de qui la sainte ardeur
en soy n' a rien que d' adorable.
Soleil à toy seul comparable,
dont la claire et sainte lueur,
de nos coeurs dissipant l' erreur,
n' est aux meschans moins salutaire,
contre le venin pestifere
du serpent qui donne la mort,
qu' aux bons, dont elle est le confort.
Adorable prince des charmes,
sacré porteur des saintes armes,
------------------------------------------------------------------------p89
qui nuict et iour depuis maintenant
redoublent la fiévre à Sathan.
Digne suiet de nostre estime,
prelat charmant et magnanime,
dont les saints, et sacrés discours,
passent à bon droict en nos iours,
pour autant de doctes miracles.
Grand interprete des oracles,
ange de lumiere éclatant,
qui du seul formidable accent,
de ta voix docte, et menaçante,
donnant aux vices l' épouuante
fais iusqu' au plus creux de l' enfer,
tout trembler iusqu' à Lucifer.
Ha ! Que pour tracer ta peinture,
rare et brillante creature,
mon art n' est-il assez parfait ?
Que pour acheuer ton portrait,
n' ay-ie ces couleurs immortelles,
par qui ces sçauantes pucelles,
tirent les roys de leurs tombeaux ?
Que n' ay-ie les doctes pinceaux,
au moins de Zeuxis, ou d' Appelle ?
Que pour te témoigner mon zele,
ie ferois de peintres quinaux :
que i' effacerois de tableaux,
qui dans le temple de memoire,
batards ont excroqué la gloire,
qui n' est deuë qu' à tes égaux !
Que ie te ferois de riuaux :
faisant connoistre à tout le monde,
ce qu' a ta vertu sans seconde,
------------------------------------------------------------------------p90
les mortels redoiuent d' encens,
ce que la raison sur tes sens,
emporte d' honneste victoire :
et ce que l' on doit à ta gloire,
quand tu dis au mespris du corps,
plus d' amis et moins de tresors.
Que ces qualités enioüées,
dans ton entretien tant loüées,
en cét enfant de mon amour,
feroient éclater vn beau iour !
Qu' en l' honneur de cette prouince,
ta generosité de prince,
qui cent fois a veu dessous soy,
la magnificence d' vn roy,
rehausseroit bien mon ouurage !
En ce temps où tout rend hommage,
tant seulement au car-d' escu,
ou les beaux esprits sont à cu,
ou les muzes ont fait naufrage,
ou Phoebus a plié bagage,
aussi bien que dame vertu,
ou le plus riche, et mieux vestu,
n' a pas des choux pour son potage,
ou la lezine est en vsage,
ou chacun craint d' estre battu,
de la famine au nés pointu,
ou des beaux arts qui sont en friche,
tant le bon que le mauuais riche,
ne donneroit pas vn festu.
Ou tout espoir est abbatu,
ou n' est pas fin qui n' est pas chiche,
ou de peur d' offencer la miche,
les sages les plus preuoyans,
------------------------------------------------------------------------p91
font bien de s' arracher les dents.
Ou bien souuent le plus auide,
est contrainct de mascher à vuide,
bref, ou les plus honnestes gens
disent seruiteur à l' encens.
Dont pourtant malgré l' inclemence,
du temps il faut que ie t' encence,
comme seul en qui ie puis voir
dignité pour coup d' encensoir,
et vertu pour pareille offrande :
qu' auec humilité tres-grande,
t' offre vn coeur, pris comme vn poisson,
au riche, et charmant ameçon,
de ton esprit, qui sans licence,
le prit, sans que pour sa deffence,
m' eust deuant Monsieur De Paron
seruy de crier au larron,
qui sans doute sur telle engeance,
de larrons a peu de puissance,
et qui quand puissance il auroit
tels larrons point n' empescheroit,
vous entendans comme on peut croire,
tous deux comme larrons en foire,
dans l' art de prendre sans crochet
vn pauure coeur au trébuchet.
Dont pourtant ores sans feintise,
i' en adore, et benis la prise :
ne le pouuant, en bonne foy,
laisser à plus charmant que toy.
 
 
POVR VN BALLET
------------------------------------------------------------------------p92
Nous sommes fils de la bouteille,
sur qui la mort n' a point de droit,
à qui la terre manqueroit,
plutost que le ius de la treille,
à qui cette aymable liqueur,
conserue l' entiere vigueur.
De la force et de la ieunesse,
dont les esprits indifferents,
loin des pieges de la vieillesse,
ont fait la nique aux cheueux blancs.
Pleins de douceur et de loisir,
sans mal et sans inquietude,
nous goustons auecques plaisir,
ce qu' on nomme beatitude,
iamais les embusches du sort,
ne nous ont reduit sous l' effort,
du mal-heur que predit la crainte,
tant qu' en yvrés de ces bons vins,
nous combattons à coups de pinte,
la malice de nos destins.
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Auec cette aymable peinture,
à qui l' amour doit des autels,
nous faisons la nique aux mortels,
et brauons toute la nature,
Bacchus se plaist auecques nous,
et bien que l' autre en soit ialoux ;
nous cherissons sa compagnie,
ce goinfre n' a point de deffaut,
c' est vn dieu sans ceremonie,
et c' est ainsi qu' il nous le faut.
Ce n' est pas, ô dames sucrées
que charmés de vos doux appas,
nous ne supportions de trespas,
autant que vous estes d' Astrées ;
mais ne pensés pas que dans l' eau,
nous aillions chercher vn tombeau,
ainsi que Celadon peu sage,
nous ne mourrons iamais pour vous,
que dans vn muy de ce breuuage,
où dans vn tonneau de vin doux.
 
 
A MLLE DE CHEMERAVT
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Amour par les traits de vos yeux,
a sçeu blesser en tant de lieux,
vn esclaue de vostre empire,
que la crainte de reueler,
les maux dont son ame souspire,
l' oblige de mourir plutost que de parler.
Proche de vos charmes puissans,
son coeur à vos yeux innocens,
voudroit faire parler sa bouche,
mais l' esclat de vostre beauté,
auec la crainte qui le touche,
luy fait perdre la voix comme la liberté.
Deuant vn obiet si charmant,
le plaisir et l' estonnement,
monstre assés le mal qui le presse,
et s' il n' oze le reueler,
ce n' est pas qu' il manque d' adresse,
mais amour est enfant et ne sçauroit parler.
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Pourtant en vostre doux aspect,
l' amour, la crainte, et le respect,
ne pourroient rien sur son audace,
n' estoit que voulant approcher,
d' vn coeur qu' il croit estre de glace,
il deuient comme luy de glace, ou de rocher.
Ainsi les rayons des clartés,
de vos yeux nos diuinités,
estonnent les plus insensibles,
et nous font croire assurement,
que les anges nous sont visibles,
puis qu' il nous est permis de vous voir vn mo-
ment.
 
 
POVR VN BALLET DU ROY
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Ie suis cette aymable syrene,
qui des orages precedens,
viens faire ma plainte à la reyne,
contre l' insolence des vents,
afin que leur dieu se retire,
et qu' il trouble les flots plutost que nostre
empire.
Ce monstre plein de violence,
a causé par nostre debris,
que l' on trouue plus d' assurance,
à Saint Germain que dans Paris,
aussi pour éuiter sa rage,
nous nous rendons icy à l' abry de l' orage.
Sachant que la reyne des graces,
enfantera bien-tost d' amour,
nous auons parmy nos disgraces,
choisi ce bien-heureux séjour,
pour donner à toute la France,
mille sortes de vins pour boire à sa naissance.
 
 
LE MATIN
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En fin la nuict est prisonniere,
le soleil contre elle animé,
sur son chariot enflammé
porte le iour, et la lumiere :
le ciel d' vn visage serain,
despouïlle sa robe d' airain,
Philis rauit au sein de Flore
le bouton qui s' espanouït ;
l' astre qui deuance l' aurore,
fuit dans l' onde, et s' esuanouït.
Cét oyseau de mauuais presage
porteur de l' ombre, et de la nuict,
ennemy du iour, et du bruict,
a caché son mauuais visage :
les hommes remplis de sommeil,
dorment attendants le sommeil,
et son bel oeil sortant de l' onde
voyant assoupis tant de corps,
doute si la face du monde,
n' est point la demeure des morts.
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Son feu dans le sein de Neptune,
dore laisle des alcions,
l' esclat de ses diuins rayons,
brize les cornes de la lune,
ce fleuue n' est plus de metal,
ces fenestres sont de cristal,
ô belle et douce matinée,
que puisse ton front amoureux,
durer ainsi toute l' année,
le monde seroit bien-heureux.
epigramme. 
Marsias s' estouffe de rire,
voyant ce valet de porcher,
manier le chant et la lyre,
qu' Appollon seul deuroit toucher.
 
 
Seconde parties des Poésies et Lettres
 

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