Il serait cuistre de refaire une biographie de Dassoucy quand elle a déja été bien écrite par Prunières et tant d'autres. Jacques Prévot a établi et annoté une remarquable édition des Aventures en bibliothèque de la Pléiade, et nous en livre sa version qui est fort utile pour notre compréhension du papier de P.Ranum sur le séjour romain de Charpentier.
Charles Coypeau voit le jour à Paris le 16 octobre 1605. Son père est avocat. Sa mère, d'ascendance italienne, est une femme impulsive, bonne musicienne et exerce sur son fils une profonde influence.
NB : Il la décrit dans ses Aventures comme probablement infidèle, et doute que son père soit son vrai géniteur. Cette angoisse des origines, le caractère " initiatique " à la musique par une mère " castratrice " sont certainement des déterminants de l'instabilité de Dassoucy.
Ses parents finissent par se séparer; et son père lui donne pour « belle-mère » une servante qu'il va détester.
Dès l'âge de huit ans, il commence à fuguer. Son père l'initie au latin et au grec, et il achève ses études chez les jésuites. Il partage les loisirs d'une adolescence agitée entre la musique et le jeu, deux passions de sa vie.
On le retrouve en 1621 sur le chemin de la Provence ; il a pris le pseudonyme de D'Assoucy ou Dassoucy, sous lequel nous le connaissons. C'est la vie de bohème. En 1662, à Grenoble, il rencontre un musicien formé à l'école italienne du luth et du chant, Pierre de Nyert, dont les leçons consolident et affinent sa formation.
S'écoulent alors une quinzaine d'années sur laquelle nous sommes démunis de tout document. Il faut attendre 1637 pour revoir Dassoucy, à Paris. Il s'y fait une grande réputation d'instrumentiste et de maître de chant. En 1639 il est introduit à la Cour, où Louis XIII l'apprécie: " Le duc de Saint-Simon - écrit Bayle - le fit entendre à Louis XIII' à Saint-Germain. Il donna dans le génie de ce prince par une chanson à boire qu'il fit, et que tout le monde chanta à la Cour. Le roi depuis prêta toujours l'oreille à ses chants, et lui permit l'entrée de son cabinet, et on appela d'Assouci Phébus Garderobin, pour ce qu'il avait toujours ses luths dans la garde-robe du roi . Il continua ce manège sous la minorité de Louis XIV. Ce jeune prince lisait les vers de ce poète à son petit coucher et riait toujours et fort à propos du bon mot, que bien des courtisans, qui riaient à contretemps, ne pouvaient attraper. Il ne dédaignait point de prêter l'oreille à ses chants, ni de les exécuter lui-même"
C'est une époque joyeuse et glorieuse où il multiplie poèmes et chansons. Il fréquente les grands. C'est le moment, aussi, ou il fait la connaissance de Chapelle, fils de Lalier, et de Cyrano - relations homosexuelles pour qui sait lire entre les lignes. Dassoucy est désormais constamment accompagné de petits pages, dont les voix agrémentent les concert, qu'il donne, mais auxquels il semble avoir porté un intérêt particulier.
En 1639 il part pour un premier (à notre connaissance, mais qu'a t-il fait entre 1622 et 1637 ?) voyage en Italie avec le Comte d'Harcourt. Il Parle italien et en 1641, après la mort de Louis XIII. il s'attache à Mazarin et profite de la vogue italienne dans l'entourage du jeune Louis XIV.
Lorsque, quelques années plus tard, la mode du burlesque est lancée par Scarron, Dassoucy s'y sent chez lui. Et il est, en effet notre deuxième grand burlesque : Le Jugement de Pâris (1648) ou L'Ovide en belle humeur (165o) le prouvent .
Mais il a aussi écrit en 1647 pour Corneille lui-même la musique d'Andromède enfin jouée en 165o. Et tout en continuant de cultiver l'amitié de Tristan L'Hermite, ou de Cyrano et de son ami Le Bret, il écrit et compose Les Amours d'Apollon et Daphné, première pastorale en musique en France, qui ne sera pas jouée mais marque une étape sur le chemin de l'opéra.
Depuis un certain temps, Dassoucy a pour page Pierrotin qui va faire le tourment de sa vie pendant plusieurs années et qui lui vaut un bref emprisonnement (1652). Le soupçon de pédérastie ne va plus cesser de peser sur lui.
Il remonte pourtant à Paris; la faveur de Louis XIV ne se dément pas. Il publie Le Ravissement de Proserpine, Poésies et lettres de M. Dassoucy, ainsi que de nombreuses chansons. Il gagne de l'argent.
Mais voici qu'éclate la querelle avec le redoutable Cyrano'. Dassoucy quitte Paris précipitamment. C'est le début des «Avantures burlesques ». Il rencontre et accompagne Molière et les Béjart. Pierrotin provoque une nouvelle mésaventure à Montpelier (1655). Le bruit court, malgré sa libération, que Dassoucy a été brûlé. Chapelle et Bachaumont dans leur Voyage curieux, historique et galant, contenant plusieurs particularités très considérables dont le manuscrit circulera avant la publication en 1680, l'accableront sur ce point.
Dassoucy a gagné Turin; il y demeure plus d'un an, s'étant acquis la faveur de Madame Royale que les écarts de conduite de Pierrotin vont lui faire perdre. A la fin de 1658, c'est Mantoue, où Charles III fait enlever Pierrotin, dont la voix l'a charmé, et le fait châtrer. Dassoucy s'enfuit : Modène, Turin, puis Florence où la grande-duchesse de Toscane l'accueille jusqu'en 1662.
Il se rend ensuite à Rome et se mêle à la colonie française. En 1665, il réussit à reprendre Pierrotin; mais celui-ci le vole et, lorsque Dassoucy le fait arrêter, son gentil page l'accuse d'athéisme. Il est jeté dans un cachot de la fin de 1667 au début de 1669. Ni suppliques ni requêtes ne le font sortir, jusqu'à ce qu'il ait l'habileté de rédiger ses Pensées de M. Dassoucy dans le Saint-Office de Rome qui lui valent la confiance du pape Clérnent IX; il est relâché, autorisé à quitter Rome, après avoir même reçu une médaille d'or à l'effigie du pape, et en compagnie de deux nouveaux petits pages...
En 1670 il rentre à Paris; mais on l'a oublié. Le Roi reste insensible à sa pauvreté, et Molière préfère confier la musique du Malade imaginaire à Charpentier. Alors que Dassoucy tente de reconquérir un public par sa production musicale, il est encore arrêté et emprisonné pour sodomie (mars 1673). Au bout de six mois il est de nouveau libéré, et réhabilité.
Le voici dans la « Musique du Roi »; il reçoit une pension, réussît à publier ses Aventures de Monsieur Dassoucy et ses Aventures d'Italie, qu'il a dédiées au roi. Nous sommes en 1677, il a soixante-douze ans. C'est l'année de sa mort (29 octobre).