Les Aventures burlesques

de Dassoucy

 

par Emile Colombey

 


Note sur cet article :

Emile Colombey a édité en 1876 dans un recueil sous le titre Les Aventures Burlesques de Dassoucy, chez Garnier Frères, quelques ouvrages de Dassoucy : Les Avantures, Les Avantures d'Italies, Les Pensées de Monsieur Dassoucy dans le Saint Office de Rome, La prison de Monsieur Dassoucy. Cette édition reste remarquable, ainsi que le signale Jacques Prévôt. Avec un peu de chance, le lecteur assidu peut se la procurer encore sur un site de livres épuisés, type Chapitre.com....

Surtout, Emile Colombey nous fait un bon résumé des écrits de Dassoucy, écriture pleine de méandre, burlesque, et délicate à suivre parfois. Enfin, Colombey termine sa préface - qui est reproduite ici in extenso - en exposant SA découverte de spécialiste de la littérature du XVII° siècle : c'est Dassoucy qui a composé la musique de l'Andromède de Corneille. L'honnêteté intellectuelle de Colombey le pousse même à rendre hommage à un spécialiste belge de cette même littérature pour signaler qu'en fait cette découverte avait déja été faite.

Pour nous, lecteurs et amateurs de musique, c'est là que se trouve la " découverte" des circonstances du recrutement de Marc-Antoine Charpentier par Molière, et les insultes de Dassoucy qui traite le plus grand musicien français du siècle de fol... On peut penser que Colombey savait que Charpentier était un " bon " musicien. Il n'a certainement jamais entendu sa musique, et se trompe donc complètement sur la valeur de sa découverte. Pour nous, c'est plus le couple Molière/Charpentier qui vaut le détour...

On se reportera pour l'analyse de ce texte aux travaux de P. Ranum, traduits sur le site.

JB Chenique

 

 

PREFACE aux AVANTURES DE MONSIEUR DASSOUCY

par Emile Colombey

 

 

Et jusqu'à Dassoucy, tout trouva des lecteurs.

 

Où rencontrer une existence plus agitée que celle de Charles Coypeau, sieur Dassoucy, empereur du Burlesque, premier du nom ? L'odyssée de ce bohème à tous crins est bourrée d'accidents de toute sorte, - où dominent les démêlés avec la justice : chacune des grandes étapes de sa vie est marquée par un cachot. La cause ordinaire de ces emprisonnements successifs, on la connaît : le pauvre musicien-poëte avait le tort de marcher flanqué de deux jeunes garçons d'allure équivoque, et qui, en réalité, n'étaient que des « pages de musique » chargés de prêter la fraîcheur de leur voix aux airs que leur maître composait.

I -Le début des Aventures :

Dassoucy raconte ses aventures en historien fantasque il se rit de l'ordre logique aussi bien que de l'exactitude des dates. Et d'abord, si vous voulez savoir à quelle époque il prit le coche d'Auxerre pour retourner à Turin, à la cour de Christine de France , il vous dira qu'il ne sait si ce fut en 1654 ou en 1655. Que lui importe une année de plus ou de moins ? - Ses « chantres à chausses retroussées » étaient vêtus de noir (triste présage quant à lui, il portait « un habit assez riche » et allait de l'avant, avec la gaieté d'un poëte qui a cinq cents écus dans sa poche. Le bateau avait à peine dépassé Villeneuve-Saint-Georges, qu'un compagnon de route vint demander à Dassoucy s'il voulait « tuer le temps. » Cet homme, qui s'annonçait comme un marchand de cochons, avait une vraie mine de dupe; Dassoucy pensa qu'il en aurait facilement raison et se hâta d'accepter la partie. Rien de plaisant comme cette scène. En résumé, le Jean Doucet mouille ses doigts pour faire couler les cartes et les distribue gauchement ; mais il gagne et gagne d'une façon si continue, que bientôt Dassoucy est entièrement dépouillé, voire même de son habit. « Je lui eusse, s'écrie-t-il, encore joué mes luths et mes pages, couché Valentin sur une carte et Pierrotin sur l'autre ; je me fusse joué moi-même... » Mais le marchand de cochons n'avait que faire de pareils enjeux. Dassoucy, obligé de battre en retraite, ne se répand pas en plaintes inutiles : arrivé à l'hôtellerie, il commande un repas succulent, qu'il payera Dieu sait comme, et, après de vaillants coups de dents et de larges rasades, s'endort d'un sommeil placide. Il revoyait en songe ses écus , qu'un miracle avait réintégrés dans sa cassette , lorsqu'un terrible vacarme le tira de ce rêve bienheureux : c'était le marchand de cochons qu'un valet de pied du roi et un cadet des gardes avaient saisi la main dans le sac et à qui ils faisaient rendre gorge. Le valet de pied a reconnu Dassoucy, qu'il a été chercher, il y a quelque quinze ans, pour l'amener à Saint-Grermain, où le duc de Saint-Simon voulait le présenter à Louis XIII. Il lui montre la table couverte de pistoles, et, après l'avoir engagé à reprendre son bien, se dispose à le mettre au courant des prouesses du maître fripon. Mais celui-ci lui coupe la parole : « Je confesse, dit-il, que je suis un adroit des plus fieffez ; appelez-moi filou, brigand et voleur, si bon vous semble, je vous fais connoistre que vous n'estes pas moins voleurs que moy, et que le monde n'est qu'une grande forest, que direz-vous ? » Et de soutenir cette thèse avec un arsenal d'arguments irrésistibles.

II - D'Auxerre à Lyon :

Descendu à Auxerre, Dassoucy continue sa route pédestrement, non par lésinerie, mais par goût. « Au lieu, dit-il, d'avoir tout le jour les fers aux pieds et les entraves aux jambes, et les deux mains occupées, l'une à la bride et l'autre à enfoncer son chapeau, quel plaisir d'aller les bras pendans avec une bonne paire de souliers plats, et sans craindre de se rompre le col, ou de se crever les yeux à quelque branche d'arbre ; de se promener dans une campagne comme un philosophe qui fait un tour d'allée dans son jardin ! Quel délice, après avoir fait ainsi trois lieues à pied, de se trouver inopinément sur le haut d'un tertre, y voir son giste, et pour le contempler avec plus d'aize et de loisir, s'asseoir sur le tin et le serpolet, tandis que, pour y flatter nostre lassitude, un charitable valet nous chatouille les gras des jambes durant cet extatique ravissement ! » Il décrit sa petite caravane de la façon la plus bouffonne : en tête est un âne « chargé d'un coffre tout remply de chansons d'épigrammes et de sonnets, tout caparassonné de téorbes et tout bardé de, luths ; » après viennent les deux pages, couverts d'un petit manteau serré et que rehausse un galon d'argent faux ; derrière marche Dassoucy, l'oeil et l'oreille au guet, prêt, en cas d'alerte, à enfouir sa bourse dans quelque sillon. Il n'a eu garde de se munir ni d'un poignard, ni d'une paire de pistolets : il ne fait pas profession de bravoure, et avoue naïvement que les armes dont il se serait chargé n'auraient servi qu'à ceux qui l'auraient attaqué. Il ne sait manier qu'une arme, son luth; mais il le manie de telle sorte, qu'il charme « la cruauté » des hôteliers et capte « les grâces » des servantes. N'allez pas prendre texte de ceci pour incriminer les intentions de Dassoucy. La séduction qu'il exerce n'est à autre fin que d'obtenir « toujours du bon vin et des draps blancs de lessive dans lesquels, étendu tout de son long parmy l'odeur de la lavande, » il s'endort « au coassement des grenouilles, d'un sommeil de roze » qui n'est « jamais interrompu que par les premiers rayons du soleil, ou par les chants des oiseaux. » Dassoucy est un sybarite, mais non un enjôleur de vierges, fussent-elles d'humeur à lui épargner la moitié de la besogne.

Après une heure de marche, notre, pèlerin, les dents finement aiguisées par l'air, « remuant les mâchoires et mâchant à vuide, » dévorait « par imagination un grand potage aux choux, avec une grosse queuë de mouton, » lorsqu'il se trouva face à face avec cinq cavaliers que sa frayeur transforma en coupe-bourses. Il fut bel et bien appréhendé au corps et conduit dans une caverne , spacieuse comme un château, et où on le gorgea des mets les plus savoureux et de vins des meilleurs crus. Le chef de la bande, qui n'était rien moins qu'un marquis, menaçait Dassoucy d'une captivité perpétuelle, avec perpétuel accompagnement de beaune et de perdrix en capilotade. Mais ce dernier, au bout de huit jours, soupirait « après la longe de veau et la pièce de b¦uf » il avait, sinon la soif ardente, du moins l'intrépide appétit de Saint-Amant, qu'il dut pratiquer chez le comte d'Harcourt, leur protecteur commun; et, comme l'auteur de la Crevaille se trouvait mal à l'aise à ces tables, où « il faut toujours avoir l'imagination tendue et l'esprit bandé comme une arbalaiste, pour viser à quelque complaisance et tirer à quelque bon mot... où vous n'ozeriez commander une grillade, faire réchauffer une saulce, porter une santé, ny dire une chanson à boire, faire un misérable carousse, ny seulement un pauvre rubis sur l'ongle. » Au diable l'étiquette, et vive le temps où, bonnet en tête et pantoufles aux pieds, il se carrait entre ses deux pages en toute liberté ! « Car, enfin, est-il un plus grand plaisir au monde que de commander dans son petit empire, d'y estre maistre de son plat, et d'y recevoir au sortir de la broche une éclanche de mouton, encore toute brûlante ? quel plaisir d'affiler un couteau contre un autre pour en faire la dissection, et, cette dissection faite, de voir au fond d'un plat nager les pièces encore demy sanglantes dans une chopine de jus ! » - L'épaule de, mouton, voilà le point vers lequel convergent toutes les ardeurs de Dassoucy...

Chère épaule, épaule ma mie.

Il la célèbre en prose, en vers, sur tous les tons et à chaque instant, en homme qui eût fait bonne figure dans la fameuse Société des Goinfres.

Le marquis finit par se laisser attendrir et permettre au prisonnier de « courir après » son « épaule » et de « ratraper » son « gigot. » Mais Dassoucy comptait courir à pied, et le trop bienveillant châtelain le huche sur un cheval, et sur un cheval des plus fringants... Hélas ! « maudit soit le podagre qui inventa premier l'art de chevaucher ! » L'infortuné cavalier avait à peine enfourché sa terrible monture, qu'il était désarçonné et gisait sur le sol. Mais la peur était plus grande que le mal, et, Dassoucy remis sur ses jambes, on lui amena un bidet d'un excellent naturel et d'allure douce, lequel le porta jusqu'à la dînée prochaine, où il retrouva « les plats et toute la cuisine du marquis. » Les cailles et les perdrix le poursuivaient toutes bardées de lard ! Quel contretemps ! il espérait se régaler de sa bien-aimée éclanche, et le voilà de nouveau en pleine venaison. Il fallut s'y résigner; mais Dassoucy jura qu'on ne l'y reprendrait plus. Le repas terminé, il renvoya tout, gens du marquis et bidet, puis chemina tranquillemnt devers Chàlons-sur-Saône. Messieurs les pages avaient, comme leur maître , lâché la bride aux chevaux qu'on leur avait donnés.

Dassoucy, qui se tenait toujours sur le qui-vive, ne tarda pas, à trembler pour sa bourse. Il avait aperçu, découpées sur l'horizon, trois silhouettes farouches ; il lui semblait voir des dragons du roi, le mousquet sur l'épaule, battant la grand'route pour se faire la main. « C'estoit un curé de village, monté sur une bourique, avec deux paysans, qui, aimant mieux user leurs pieds que leurs souliers, portoient galamment leurs souliers au bout d'un baston. »

Après cette alerte, Dassoucy s'embarque sur la Saône et a maille à partir avec un croquant d'Église, qui a retourné Pierrotin en tout sens pour en obtenir des renseignements sur la façon de vivre du poète, et n'en a tiré que des répliques narquoises. Ce drôle le traite de parpaillot, et Dassoucy aurait laissé sa peau aux griffes de deux harpies de dévotion ameutées contre lui, s'il n'eût donné des preuves manifestes de sa piété, en démasquant une petite croix d'or suspendue à son cou et en récitant d'une haleine trente pages du catéchisme. Le cuistre est confondu, et, de plus, battu comme plâtre par l'illustre Savoyard, arrivé tout exprès- du pont Neuf pour lui casser bras et jambes.

III - Rencontre de Molière :

Dassoucy rencontre à Lyon Molière et les Béjart, et reste trois mois au milieu d'eux « parmy les jeux, la comédie et les festins. » Il retombe sous la coupe de son tueur de temps, et, outre une partie de ses pistoles, perd un de ses pages, Valentin, qui s'est enfui, après avoir tenté de noyer son camarade, qui a le tort de chanter mieux que lui. Dassoucy, en rentrant au logis, est fort étonné « de trouver Pierrotin pendu par les pieds, qui achevoit de rendre à la Sône une partie de la Sône qu'à son grand regret il avoit si sottement avalée. » Il se lamente d'avoir séjourné, plus que de raison, dans une ville où il n'avait que faire, et se rend avec Molière à Avignon, où l'attend « une excellente voix de dessus. » Mais sa première visite est pour l'académie de jeu : il songera plus tard au successeur de Valentin ! Il va donc demander aux cartes la juste réparation de sa mauvaise chance passée ; il s'égare dans une forêt de juifs barbus, où il laisse tout, jusqu'à ses nippes, mais où il gagne la gale. Quelle, détresse eût été la sienne, s'il n'avait été recueilli par Molière et les Béjart, « qui ne se lassèrent pas de le voir à leur table tout un hyver ! » Il s'écrie, plein de reconnaissance :

Qu'en cette douce compagnie,
Que je repaissois d'harmonie,
Au milieu de sept ou huit plats,
Exempt de soin et d'embarras,
Je passois doucement la vie!
Jamais plus gueux ne fut plus gras...

Il se trouvait si bien dans cette « douce compagnie, » qu'il la suivit à Pézenas et à Narbonne, mais sans pouvoir mettre la main sur un second page de musiqne, qu'à la vérité il ne cherchait guère. Ce ne fut qu'au bout de six mois qu'il se décida à se séparer de Molière et des Béjart, pour se livrer à de sérieuses perquisitions dans Montpellier.

 

IV -Épistre à messieurs les Sots, tant ultramontains que citramontains - l'enfance de Dassoucy :

La relation de son séjour dans cette ville est précédéed'une curieuse Épistre à messieurs les Sots, tant ultramontains que citramontains. Il les remercie des clameurs qu 'ils n'ont cessé de faire retentir à ses oreilles' ; il se félicite de leurs insultes, qui n'ont fait que consacrer ses triomphes. Il n'avait pas six ans, que déjà l'envie s'attachait à ses talons, personnifiée par les polissons de son quartier, jaloux de sa raison précoce. - Que le ciel conserve donc cette précieuse graine ! « Hélas Seigneur ! s'écrie-t-il, qu'aurois-je fait sans messieurs les Sots Ce sont eux qui jusqu'à cette heure m'ont toujours fourny de pain, de vin, de chausses et de souliers ; qui m'ont toujours tiré les bas, écumé mon pot et lardé mes poulets qui m'ont toujours servy de bouffons et qui m'ont fait rire qui, à force de déchirer ma réputation, m'ont toujours procuré des habits tout neufs. Ce sont eux qui ont donné le jour à mes ouvrages, le feu à mes vers, la grâce à mes chansons, l'éclat à ma vertu. » La modestie n'est pas le défaut de Dassoucy : il est trop franc pour céler la bonne opinion qu'il a de l'auteur des Avantures ; mais il est trop franc aussi pour surfaire son origine en se taisant, et donner à croire qu'il est issu de la cuisse ou du cerveau de Jupiter. En conséquence, il adresse au lecteur la déclaration suivante :

« Comme ma mère n'estoit pas des plus mal faites, et que l'amour qu'elle avoit pour la musique et les vers attiroit chez nous tout ce que Paris avoit de gens de mérite et de vertu, comme je ne suis pas plus délicat que Thélémaque, je ne sçaurois t'assurer que je suis le fils d'un avocat en parlement, que j'appellois mon porc , de monsieur son clerc, ou de quelque gentil autheur, car la confusion des choses de ce monde est si grande, que tel qui se croit le fils d'un marquis n'est que le fils de son cocher, comme aussi tel qui croit- être fils d'un cocher a quelquefois un marquis, voire un duc et pair pour père. Je te dirai donc à tout hazard que mon père estoit de Sens en Bourgogne, mon oncle de Paris, ma mère de Lorraine, et mon grand père de Crémone. Et afin que l'Italie et la France, qui, dans la fabrique de mon composé, ont également concouru, n'ayent après ma mort aucune dispute pour ma nationalité, et qu'ainsi que la Grèce livra des batailles pour s'attribuer l'honneur de la naissance d'Homère, le monde, en ma faveur, ne s'aille point entre-tuer pour le mesme sujet, je ne te diray pas que j'ay comme luy la cuisse veluë, mais seulement que j'ay la teste longue', c'est-à-dire que je suis enfant de Paris, né à l'Et¦uf d'argent, rue Saint-Estienne des Grez, et fait chrestien sur les fonts de Saint Estienne du Mont, auparavant que l'on m'en eust demandé mon consentement, ny donné aucun avis. Pour ma qualité, personne ne me sçauroit disputer le titre de noble, car je suis noble en deux manieres, noble premierement par les lettres du costé de mon père, qui estoit homo litteratus, item, noble encore d'extraction par mon grand père , qui estoit cavalier cremonois, nommé d'Agnanis, qui, outre mille preuves qu'il a renduës dans le monde de sa gentilhommerie... a laissé pour monument à sa gloire quantité de violons de sa façon, qui, parmy les violons de Crémone, feront durer sa renommée tant que le monde violonnant sçaura joüer du violon. »

 

La mère de Dassoucy, « petit bout d'Amazone, prompte et colère, » n'était pas d'humeur à souffrir un maître, et M. l'avocat au parlement respectait trop le code pour permettre d'entamer son autorité. De là des disputes continuelles qui dégénéraient quelquefois en gourmades, et que termina ce qu'on appelle plaisamment une séparation à l'amiable. La mère emmena sa fille en Lorraine, et le père garda son fils près de lui. Toutes ces querelles ne pouvaient avoir une meilleure conclusion; mais, après le départ de cette femme, qui avait eu le tort de viser à la tyrannie, maître Coypeau s'empressa de courber la tête sous les caprices d'une servante. Dassoucy est, à ce sujet, d'une réserve qui jure dans sa bouche : elle « avoit, dit-il, des libertez avec mon père que je puis bien donner à penser, mais non à lire... » C'était, du reste, une excellente créature, avec qui Dassoucy vivait en parfaite intelligence, comme il se plaît à le constater : « Elle m'appeloit petit diable, et je l'appelois carogne ; elle me jettoit les pincettes à la teste, et moy la cuiller du pot. » Elle finit par lui jeter la porte au nez, et Dassoucy de courir à travers champs jusqu'à Corbeil, où une abbesse, séduite par sa bonne mine, lui confia ses~ dindons à garder, et l'éleva ensuite jusquaux fonctions de valet de chambre. Valet de chambre d'une abbesse ! c'était lâ un poste de haute confiance. Mais les neuf ans de Dassoucy étaient sans doute pour beaucoup dans cette grâce singulière. L'abbesse pensait que les menus détails de la toilette, l'ampoule a-Li fard et le reste ne pouvaient avoir en lui un témoin incomnimode ; elle ne songeait pas qu'un bambin qui sait le grec ne doit rien ignorer.

Dassoucy, à neuf ans, ne se contentait pas de parler grec comme un Hellène de l'ancienne Attique ; il était de force à prouver aux gens de Calais, chez qui le conduisit sa seconde escapade, qu'il possédait le syriaque, l'hébreu et le Chaldéen, et que, chassant de race, il était en. astrologie à la hauteur de Nostradamus - qu'on lui donnait pour père.

V - La prison à Montpellier :

Cette longue digression achevée, Dassoucy aborde le sujet des infortunes endurées à Montpellier. La malice insigne de son page a été leur point de départ. Pierrotin a eu l'audace de passer au fil de sa langue la réputation de la femme d'un conseiller, et de faire la nique à une riche bourgeoise affolée de sa jolie voix. Dassoucy endossa la responsabilité de ces deux méfaits. Il fut accablé de charges de toute espèce ; tous les crimes lui furent imputés. « Les catholiques, dit-il, qu'en ce païs-là on appelle catholiques à gros grain, m'appeloient parpaillot, et les parpaillots m'appeloient athée ; mais les femmes galantes, plus amyes de leurs intérêts et plus spéculatives, laissant le bon Dieu à part, m'appeloient hérétique, non en fait de religion, mais en fait d'amour, et sans se ressouvenir de tant de sérénades que je leur avois données et tant de tendresses que j'avois eues pour elles, quand, dès nies plus jeunes ans, passant à Montpellier, je leur enseignois à jouer du luth et leur mettois la main sur le manche, elles m'accusoient injustement des duretez que jadis Orphée eut pour les bacchantes... » Fatigué de cette tempête féminine, il lança ses :

 

ARTICLES DE PAIX AUX PRECIEUSES DE MONTPELLIER.   Pourquoy donc, sexe au teint de roze, Quand la charité vous impose Lit loi d'aimer vostre prochain, Me pouvez-vous haïr sans cause, Moy qui ne vous fis jamais rien Ila! pour mon honneur, je vois bien Qu'il vous faut faire quelque chose. . . . . . . . . . . . ... .

 

Cette satire mit le comble à l'exaspération de mesdames « les précieuses, » qui, importunant le prévôt de leurs criailleries, le contraignirent à jeter Dassoucy en prison. Il y resta une douzaine de jours et en sortit, selon le style judiciaire d'aujourd'hui, à la suite d'une ordonnance de non-lieu. Il s'en alla droit chez un M. de Vitrac, qui, « pour confondre » ses « ennemys » lui donna « la direction de ses propres enfans, pour leur enseigner quelques chansons » ce qui n'empêcha pas le gazetier Loret d'annoncer sa mort sur l'heure, et Chapelle, deux ans plus tard, de le rôtir sur la grand'place de Montpellier. Dassoucy reproche en quelques mots à Loret l'invention de cet autodafé, mais il tient longtemps Chapelle sur la sellette - il lui adresse une semonce moitié attendrie et moitié sarcastique. Il cite les éloges que Chapelle a prodigués autrefois à son ami. « Que vous a fait ce grand Dassoucy, s'écrie-t-il, pour, après en avoir fait un grand, le réduire à la taille d'un nain ? Vous avoit-il trop pressé à la table, presché l'abstinence , vanté la diette et bût votre vin ? Quand il a fallu rendre la bourse au coin d'une rue, n'a-t-il pas toujours suivy vostre exemple ?... Le verre en main, nous nous raillions de cette vertu farouche que l'on trouve parmy les éléphans et les tygres aussi bien que parmy les hommes, et nous dressions des autels à la déesse Poltronnerie... » C'était à qui serait le moins brave. Chapelle vantait la souplesse. de ses jambes, et racontait qu'un homme, qu'il avait pris pour un voleur, et à qui il avait jeté son manteau, courant après lui pour le luî restituer, ne put jamais le, rattraper. Et Dassoucy de renchérir.. Je pense , disait-il, « que vous n'aurez pas perdu la mémoire de feu Saint-Jean-le-Brutal, qui mourut si constamment à la porte de Paris, un crucifix à la main, et qu'il vous souvient bien que ce dévot assassin, qui ne tuoit les gens que les jours ouvriers... m'ayant rencontré sur le Pont-Neuf, un vendredy saint, je luy fis présent de deux pistolets chargés, bandez et amorcez, que durant trois mois j'avais portez dans mes poches pour me défendre de sa férocité... » Dassoucy ne tarit pas de plaisanteries sur ce sujet. Il évoque Cyrano de Bergerac, et, devant l'ombre du redoutable duelliste, s'enfuit terrifié. Toute cette tirade n'a d'autre but que de témoigner de la bonne entente des deux amis,, alors qu'ils hantaient le cabaret du Chêne-Verd. « Quand je, disois, ajoute Dassoucy, que j'étois le plus timide de tous -les enfans du Parnasse, il disoit que j'en avois menty par la gorge , et qu'il estoit non seulement le plus poltron de tous les favoris d'Apollon, mais plus encore de, ces gens qui, avec ces grandes moustaches attachées avec des boucles de fer aux deux oreilles, font peur aux petits enfans. » Pourquoy faut-il que Chapelle , pour écouler de spirituelles plaisanteries, ait « pris le party de la canaille » et soit devenu « le bourreau de son amy ? » Il avait sans doute, ce jour-là, laissé sa raison au fond d'une bouteille.

 

VI - De Montpellier à Monaco :

Après un séjour de trois mois chez M. de Vitrac, Dassoucy retourne à Avignon, va visiter la forteresse d'Orange et se dispose à passer les monts, lorsqu'il rencontre de nouveau son tueur de temps. Il est pillé de plus belle, et, pour gonfler sa bourse vide, fait volte-face et se rend à Béziers. Il comptait sur les États, mais il n'y trouve plus que le menu fretin : le prince de Conti, MM. de Lavardin et de Guillerague se sont envolés. « Voyant, dit Dassoucy, que la poésie et la musique, qui sont des arts en tous païs, n'estoient pas seulement un misérable mestier en ce païs-là ; et, ny moy ny Pierrotin ne sachant ny coudre ny filer, n'ayant parmy ce peuple jouant d'autres ressources que le jeu, je nie résolus de tenter le hazard et de m'exposer à sa miséricorde... » Et, sa bague vendue, il se livra à un lansquenet frénétique. Il n'avait pas vainement imploré la miséricorde du dieu Hasard. Le jeu lui fournit de quoi passer grassement et chaudement tout un hiver; mais ses gains se fondirent comme neige aux premiers rayons du soleil d'avril. Il était plus bas percé que le bonhomme Job, et se vit « sur le point » de se « scarifier » jambes ou bras, à la mode des truands, et de se « ranger aux portes d'une église pour y demander l'aumosne conjointement avec Pierrotin, qui, pour émouvoir les bonnes gens à pitié, estoit déjà suffisamment atteint de la maladie incurable de monsieur Saint Hubert. » Mais il se roidit contre le coup qui l'a frappé et résolut de se remettre « sans argent » au lansquenet. Ce n'était pas précisément d'un galant homme; mais devait-il plutôt s'abaisser, lui, l'empereur du Burlesque , jusqu'à jouer le rôle d'un lépreux de fantaisie ? - Nous n'avons pas le droit de l'en blâmer, si nous excusons les espiègleries du comte de Gramont.

Dassoucy n'avait -pas un maravédi à perdre, mais il avait son honneur à sauver; il fallait à tout prix qu'il gagnât. Aussi gagna-t-il, et le plus honnête(nent du monde, sans employer les procédés du cardinal Mazarin. Il s'éloigna de Béziers avec « six-vingts pistoles de reste, tous frais faits, » et, reprenant la direction de l'Italie, gagna Aix et entra dans Marseille, sur de très-bons chevaux de relais qui, moyennant vingt-cinq sols, » lui avaient fait faire « cinq lieuës fort gaillardement à pied. » Il malmène rudement cette « ville sans pareille...

 

Où le plus musqué sent la poix, »

 

et où les Oeufs se vendent plus cher que les poules. La scène de l'hôtellerie est très-piquante. Quel type mieux réussi, plus comique et plus vrai, que ce Marseillais bref et bourru, réclamant quatre francs pour quatre ¦ufs, - comme le marteau bat l'enclume, du même ton et sans se lasser !

Muni d'un second page qui porte le nom de son prédécesseur, Dassoucy se rend à Toulon, où, à son corps défendant, il est hébergé princièrement par le magnifique chevalier Paul. Il passe de ses mains dans les mains de chanoines mélomanes, prodigues de repas exquis, mais aussi de méchante musique. Il tombe ensuite dans celles d'un larron de bonne composition qui le dépouille consciencieusement des pieds à la tête, et qui, se laissant apitoyer par ses prières, lui rend le peu qu'il lui faut pour continuer sa route jusqu'à Monaco. Un généreux et splendide accueil l'attendait dans le palais du prince Honoré, qui ne lâcha son hôte qu'après lui avoir fait accepter trente pistoles d'or.

 

VII - A Turin :

En revanche, à Turin, but de tous les v¦ux de Dassoucy, une cruelle déception lui était réservée. On le fuit comme un revenant; et quand, par les soins de la bienveillante madame, Servien, l'ambassadrice, il voit son crédit se rétablir à la cour, ce n'est que pour être en proie à tous les tracas d'une fortune livrée à des oscillations quotidiennes. Le premier écueil sur lequel il manque d'échouer, c'est la soif contractée par Pierrotin, soif que rien ne peut assouvir. Le drôle, un jour de concert, se présente entre deux vins et chante d'une voix de rogomme. La fragile faveur dont jouit Dassoucy, violemment heurtée par ce coup inattendu, finit par se briser contre la rivalité d'un Auvergnat de la force de cinquante poètes : « une comédie ne luy coustoit qu'une nuit, une élégie un quart-d'heure et un s sonnet un moment. » il fallut plier bagage devant les exploits de cet Hercule.

Dassoucy couronne le récit de sa disgrâce par un épisode fort récréatif, l'histoire de quatre poètes dignes de figurer aux meilleures places dans la grande ménagerie des grotesques.

Voici d'abord un apothicaire « sage en apparence et fol en effet » avec sa « grande barbe d'opérateur faite en queue de carpe, on l'auroit pris pour un Hypocrate, s'il se fust abstenu de faire des vers. » Mais il passait son temps à aligner des rimes biscornues : sa boutique était « toute placardée de sonnets entrelassez d'acrostiches et de vers coupez en croix de Saint-André. »

Voici ensuite un avocat qui ne songe à plaider que la cause de la Vierge. Il a commis cent quarante sonnets sur son Assomption, et va les déclamant par les rues. Il a le poignet solide et ne rend la liberté aux gens qu'il arrête que lorsqu'il a défilé les grains de son interminable chapelet.

Le pâtissier Ragueneau. n'est pas le moins plaisant des quatre : « C'estoit le meilleur homme du monde; il faisoit crédit à tout le Parnasse; et, quand on n'avoit point d'argent, il estoit trop payé , trop satisfait et trop content, quand seulement d'un petit clin d'¦il on daignoit applaudir à ses ouvrages. » Quiconque eût fouillé ses registres y eût trouvé « le nom de tous les poëtes en aussi bel ordre qu'au Temple de mémoire. » Mais il ne pouvait que se ruiner à ce jeu-là. Le pauvre pâtissier en fut réduit, pour vivre, à s'engager dans une troupe de baladins, qui l'admit « en qualité de valet de carreau de la comédie. »

Mais le plus fou de ces grotesques, c'est ce curé du haut Languedoc, mordu par Dassoucy, et qui mourut de la rage de rimer. Dassoucy, qui alors n'avait que dix-sept ans, s'était enamouré d'une Iris de château, et lui témoignait sa flamme par des vers incandescents. Le pauvre curé ne put voir d'un oeil froid certaine pièce débutant ainsi

 

Iris, qui dedans vostre couche, Plus insensible qu'une souche...

Il se laissa ravir par le charme de cette fine galanterie si délicatement exprimée, et eut l'ambition de cultiver le même lyrisme. Il s'échauffa aux regards angéliques d'une Chloris qui s'en allait de langueur, et éclata soudain en strophes calcinées. Seulement, le saint délire l'emportait au delà des limites de la prosodie, et Dassoucy de crier : Holà ! Un jour qu'il lui signalait un vers qui n'en finissait pas, en lui disant « Je crois que celui-ci est un peu long, » le curé répond béatement « qu'il y avoit bon remède et qu'il ne falloit qu'escrire plus pressé. »

Dassoucy, dans cette parenthèse démesurée, ne se, contente pas de tirer sa poudre aux moineaux du « Parnasse » , il descend dans le cirque et attaque le taureau par les cornes. On se rappelle la tirade de Boileau contre le burlesque : le Typhon exilé par lui en province. Dassoucy s'indigne et frappe à tours de bras sur « ce stoïque constipé qui ne, rit de rien » puis, après lui avoir fait mordre la poussière, et, pour la gouverne du pédagogue , avoir traité du burlesque ex cathedra, il s'écrie, en manière de péroraison : « Quoi qu'on die de l'héroïque, il s'en faut bien qu'il soit de si difficile accez que le fin burlesque, qui est le dernier effort de l'imagination et la pierre de touche du bel esprit, et non pas encore de tout esprit; car pour y réussir, il ne suffit pas d'avoir de l'esprit comme un autre, il faut estre doüé d'un génie tout particulier, qui est si rare principalement en nostre climat que, hors de deux personnes, dont la France veut que je sois l'une chacun sçait que tout ce qui s'est mêlé de ce burlesque, n'a fait que barbouiller du papier... et si l'on me demande pourquoy ce burlesque qui a tant de parties excellentes et de détours agréables, après avoir si longtemps diverti la France, a cessé de divertir nostre c¦ur, c'est que Scaron a cessé de vivre et que j'ay cessé d'escrire... » Voilà qui est net.

Il s'en fallut de peu que Dassoucy, son congé demandé et reçu, ne s'éloignât pas de Turin, grâce à une gentillesse de Pierrotin, qui avait sur le c¦ur toute l'eau dont on avait baptisé son vin, et qui avait juré de glacer la main du coupable. Mais l'empoisonneur imberbe, ne put retenir sa langue et communiqua son projet au valet de Dassoucy. Ce dernier, averti à temps, gourmanda vivement Pierrotin, mais, le conserva près de lui : la voix de ce « précieux assassin » était son unique ressource.

Dassoucy a reçu de Madame Royale des « lettres de faveur pour madame la princesse de Bavière, sa fille » et, ses adieux faits aux quelques amis qu'il avait « de reste » il part, « non pas pour aller en Bavière, mais pour aller dans l'antre du cyclope. »

 

VIII - Rome, ses espions, sa prison :

Cette caverne, c'est tout simplement la ville éternelle, dont il vante le séjour en ces termes : « La liberté de Rome, c'est bagatelle, cette liberté n'est qu'en peinture ; il est vrai qu'on peut marcher toute la nuit sans craindre ny le voleur, ny l'assassin, mais on n'y sçauroit faire un pas sans craindre l'embusche de l'espion : vostre valet, ou vostre servante, vostre parent et vostre amy sont vos espies sur peine de damnation... » Il ajoute : « Cela n'empesche pas qu'on ne puisse demeurer dans Rome tant qu'on n'y aura pas d'ennemys, ou que l'on sera sous la protection de quelque cardinal; autrement il y a du danger, pour un malheureux, principalement s'il tombe entre les mains de certaines gens qui pardonnent tout, hors leurs propres injures... » Dassoucy ne récrimine pas sans motif : il a eu l'imprudence de lancer quelques brocards contre la gent cléricale, et a vu se fermer sur lui les cachots de l'Inquisition, qui ne se sont rouverts que par la haute intervention de Clément IX. Il a employé les longues heures de sa prison à jeter sur le papier de pieuses billevesées qu'il a solennellement intitulées les Pensées de Monsieur Dassoucy dans le Saint-Office de Rome . Ce livre respire une dévotion puérile et trahit une défaillance d'esprit que, d'ailleurs, justifie quelque peu le lieu où il a été conçu. Le Saint-Office n'avait pas la réputation de lâcher les proies qu'il saisissait, et Dassoucy ne se sentait aucune vocation pour un in pace qui ne prenait jour que sur le bûcher. De là cet acte de foi de croyant timoré. Dassoucy, dans sa dédicace AU PIEUX LECTEUR, proteste qu'il n'a «jamais lu que dans la Vie de Jésus-Christ » et qu'il n'a « jamais eu la hardiesse de, mettre le nez dans la Bible, pour ce » qu'il aurait « eu peur de n'y rien comprendre. » Il « ayme mieux travailler à purger » son « ame qu'à lui acquérir de nouvelles sciences » dont il « la connoist incapable. » Aussi a-t-il toujours été favorisé des grâces d'en haut. Chacun de ses revers a été précédé d'un avertissement céleste. « Je sçay bien, répond-il aux objections prévues, que l'impie qui se croit beaucoup plus sage que moy, dira que je suis un fol et un visionnaire ; le pieux lecteur voudroit bien en estre, mieux éclaircy; et, comme cette matière est digne de la curiosité d'un homme de bien, il voudroit bien avoir des témoignages plus sensibles que des paroles, pour pouvoir parvenir avec moy à la connoissance de ces merveilleux effets ; et je ne doute point que parmy ceux dont je ne suis point connu, il ne s'en trouve encore quelqu'un qui croira que je veux faire le béat pour persuader au monde que je suis une belle ame devant Dieu et un vaisseau d'élection... » Nous voici loin du burlesque. Mais, quoi qu'en dise Dassoucy, cette couche de mysticisme, dont il s'enveloppe n'est qu'un masque à la faveur duquel il espère s'échapper des mains du Saint-Office. « Voilà, cher lecteur, dit-il en terminant, de quoy je m'entretenois dans ma sainte solitude et dont je te fay part. Mais j'entends une voix tonnante avec un grand bruit de clefs : c'est mon geolier qui me vient donner le bon soir et éteindre ma chandelle; il ne m'est pas permis d'écrire davantage que ce mot : Croy. » Le stratagème réussit, et, comme nous l'avons dit, le pape aidant, Dassoucy reconquit sa liberté.

Il nous fournit, dans ses Pensées, quelques détails sur son séjour à Rome. Pierrotin l'avait quitté pour suivre un riche Vénitien au service duquel il était entré : quant à Valentin, il n'en est plus parlé. Dassoucy avait sans doute été contraint par la mauvaise fortune à se séparer de ses deux pages. Aussitôt que les pistoles affluèrent dans sa poche, il s'empressa d'envoyer à Pierrotin, son enfant gâté, la somme nécessaire pour venir le rejoindre. Mais cette aisance fut de courte durée. Dassoucy se vit ruiner par un incendie qui dévora tous ses meubles et dont il ne put sauver que ses Avantures d'Italie. Pour habiller Pierrotin, arrivé sous des vêtements de pèlerin, faute d'autres, il lui fallut vendre les chandeliers d'argent qu'il tenait de la munificence de madame l'ambassadrice de Chaulnes. L'incorrigible page avait bu en route sa garde-robe. Il joua encore quelque méchant tour à son maitre, car celui-ci raconte qu'un mois avant d'être arrêté lui-même, il avait fait incarcérer Pierrotin.

Avant d'aller plus loin, donnons quelques explications sur les diverses phases de l'autobiographie de Dassoucy. Les deux volumes simplement intitulés Avantures ne renferment que son voyage dans le Midi; le volume des Avantures d'Italie ne comprend rien au delà de son départ de Turin. Dans la Requête à Monsieur Letellier, insérée dans les Rimes redoublées, Dassoucy parle d'une relation qui doit contenir ses aventures de Rome; mais elle n'a jamais paru ( Un autre ouvrage, annoncé, par lui, est resté de même au bout de sa plume : c'est la contre-partie de la Rome ridicule de Saint-Amant. ) C'est pour y suppléer que nous publions les Pensées dans le Saint-Office.

 

IX - Le retour à Paris et à la Bastille :

Quant aux aventures Paris, elles sont consignées dans la Prison : c'est pourquoi nous avons aussi donné place à cet ouvrage.

Dassoucy reçoit à Paris l'accueil qu'il a reçu à Turin : on le prend pour un revenant. Loret l'a si bien tué dans sa gazette, que personne ne veut croire à la réalité de son existence. C'est en vain que, pour faire acte, d'homme vivant, il va « tous les matins acheter » lui-même « la viande à la boucherie et le beurre au marché » on n' en persiste pas moins à le ranger au nombre des défunts. - Il n'est reconnu que le jour où l'on juge à propos de l'envoyer à la Bastille ( Rimes Redoublées, épitre au lecteur )

Le destin ne se lasse pas de le frapper, et Dassoucy d'adresser, comme devant, des actions de grâces à ses ennemis, qui lui donnent le droit de se proclamer « le plus illustre persécuté de l'univers. » Pouvait-il être plus largement récompensé des longs services qu'il a rendus aux grands ? Combien il se réjouit, sous sa couronne d'épines, d'avoir déridé le maussade Louis XIII, amusé Louis XIV enfant, diverti tous les princes des cours de France et de Savoie ! Il joue au martyr avec une charmante naïveté.

Dassoucy, relâché, fut encore ressaisi, alors qu'il allait « recueillir les fruits de ses travaux. » Il venait de traiter, pour ses Avantures, avec un libraire du Palais, et de faire « afficher par tout Paris ses concerts cromatiques. » - La calomnie allait toujours son train. Rien ne pouvait l'arrêter, pas même les soixante-dix ans du musicien-poète. Comme à Rome, elle avait endossé la robe de Tartufe, Dassoucy proteste contre certain bruit de ville, d'après lequel il serait victime

D'une jalouse concurrence.

Il est :

... un trop petit docteur Pour disputer la préférence Au grand Dieu de la consonnance (1).

(1) Chapelle.

Dassoucy refuse également de s'en prendre aux rancunes, de Chapelle, qui n'a garde, au milieu des pots, de se souvenir des traits décochés contre lui dans les Avantures. La véritable cause de sa nouvelle disgrâce, c'est l'Ombre de Molière . Dassoucy a osé glorifier un honnête homme de génie, mis hors la loi religieuse par un prélat qui avait transformé en mauvais lieu le château de Conflans; la villa des archevêques de Paris. - Sa prosopopée lui coûta six longs mois de prison. Mais ce ne fut pas là le grief invoqué contre le musicien-poète, car les verrous avaient aussi été tirés sur les successeurs de Pierrotin et de Valentin, qui, en vérité, ne pouvaient être poursuivis comme complices des vers de leur maître.

 

X - La brouille avec Molière - où il est question de Charpentier :

Toutes les infortunes de Dassoucy découlent de la même source : la boutade s'envenime, et tout le monde, de s'éloigner de Dassoucy comme d'un pestiféré. Molière lui-même finit par lui tourner le dos. De là les lamentations suivantes

...........
J'ay toujours eté serviteur
 De l'incomparable Molière 
Et son plus grand admirateur. 
. . . . . . . . . . . ..
Il ëst vray qu'il ne m'ayme guere.
Que voulez-vous ? c'est un malheur:
L'abondance fuit la misere,
Et le petit et pauvre hère
Ne quadre point à gros seigneur (1)

(1) Rimes Redoublées

Dassoucy, calomnié, calomnie à son tour. Il prête à Molière une fierté de parvenu que tout dément. Le vide qui s'est fait autour de lui l'aigrit et l'aveugle :

« Il fut autrefois pourtant mon ami, ajoute-t-il, et je crois qu'il le seroit encore, si ses excellentes qualitez luy pouvoient permettre d'aimer d'autre que luy-même... »

Passons. Dassoucy nous fournit des renseignements curieux, et que personne n'a, jusqu'à présent, mis en lumière [ Ceci était écrit, quand M. Paul Lacroix nous a communiqué un petit volume publié en Belgique, sous le titre de la Jeunesse de Molière, et qui nous a prouvé que le savant bibliophile avait élucidé avant nous ce point d'histoire littéraire ] :

« Il sçait , continue-t-il, que c'est moy qui ay donné l'ame aux vers de l'Andromède de M. de Corneille, que j'étois en réputation de faire de beaux airs auparavant que tous ces illustres Amphions de nostre temps y eussent jamais pensé, que je suis sur le point de faire entendre au Roy et au public un genre de musique tout particulier, et qu'enfin, à mon trèsgrand regret, je me puis vanter d'estre aujourd'huy le doyen de tous les musiciens de France. C'est pourquoy, outre ces notions, comme j'avois déjà animé plusieurs fois de ses paroles [ Il fait sans doute allusion à quelques couplets qu'aurait composés Molière, et que lui, Dassoucy, aurait mis en musique. ], il ne se fit pas grande violence pour me prier de faire la musique de, ses pièces de machines, puisque je ne fais la musique auprès des roys que pour ma gloire, et pour mes amys sans interest. Cependant, ayant esté averty qu'au prejudice de la parolle qu'il m'avoit donnée, il employoit un garçon qui, pour avoir les ventricules du cerveau fort endommagés, n'est pas pourtant un fol à lyer, mais un fol à plaindre, et qui, ayant eu dans Rome besoin de mon pain et de ma pitié, n'est guère plus sensible à mes graces que tant de viperes que j'ay nourries dans mon sein, cela m'obligea de luy envoyer cette lettre :

 

A MONSIEUR MOLIERE.

 

« Je fus charmé et surpris tout ensemble d'une nouvelle que j'appris hier : on m'asseura que vous estiez sur le point de donner vostre pièce de machines à l'incomparable Mr... pour en faire la musique, quoyque le rapport qu'il y a de ses chants à vos beaux vers ne soit pas tout à fait juste, et que cét homme, qui sans doute est un original, ne soit pas pourtant si original qu'il ne s'en puisse trouver aux Incurables quelque copie. Comme pour les grands dessins il faut de grands personnages, et qu'il ne tient qu'à une paire d'echasses que celuy-cy ne soit le plus grand homme de nostre siècle, vous avez tort de heziter sur un si beau choix. Toutefois, si Vous daignez vous souvenir de la promesse que vous me fistes lorsque je vous allay voir durant vostre dernière maladie, aujourd'huy que, perdant M. de Lully, vous ne sçauriez tomber que de bien haut, possible que vous ne tomberiez pas au moins du ciel en terre, vous auriez quelque pitié de vos chers enfans, qui sont à la veille de se rompre le col, et ne les sacrifiriez pas à l'ignorance de ceux qui ne me connoissent pas, ou à l'envie de ceux qui me connoissent; et comme, dans cette affaire, il y va sans doute du vostre plus que du mien, vous penseriez un peu avant que de cracher contre le Ciel, et me faire cette injure, puisque vous ayant offert et vous offrant encore par cette Lettre, de faire vostre musique purement pour mon plaisir, et d'ailleurs, ne pouvant douter ny de l'affection que j'ay toujours eue pour vostre personne , ny de l'estime que j'ay pour vostre merite, non plus que de ma capacité, vous ne sçauriez me manquer de parolle, sans faire eclatter à la veuë de tout le monde une aversion d'autant plus injuste que ceux qui lisent mes ouvrages et m'entendent parler de vous sçavent trés-bien que vous n'avez point de plus grand estimateur, ny de meilleur amy que moy, qui suis et seray encore après cela toute ma vie,

 

« Vostre, etc. »

 

Dassoucy clôt ce débat par les lignes suivantes :

« Je croy pourtant qu'il avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour me tenir sa parolle et me procurer un si glorieux employ; mais quoy ! parmy les commediens, il y a toûjours des heroïnnes et des déesses qu'il faut encenser. Mais si, pour l'archet de ma lyre, je n'ay pas seulement de la poixraisine, comment aurois-je de l'encens pour les fausses divinités, et comment, estant si fort broüillé avec le beau sexe, pourrois-je pacifier tant de vierges irritées, n'ayant plus rien desormais à leur donner ? »

 

On voit que Dassoucy n'est pas homme à récriminer longtemps : pour égayer le récit, il finit par tirer sur lui-même.

Récapitulons. Ce qui domine tout ceci, c'est la révélation au sujet de l'Andromède. Nous savons maintenant que c'est Dassoucy qui a fait la musique de cette tragédie. Qu'importe que Corneille, dans l'Argument de sa pièce, n'ait d'éloges que pour le machiniste Torelli ? Il confesse qu'elle « n'est que pour les yeux. » Puisqu'il s'efface, il a bien le droit d'effacer le musicien, dont l'action consiste « à satisfaire les oreilles des spectateurs, tandis que leurs yeux sont arrêtés à voir descendre ou remonter une machine, ou s'attachent à quelque chose qui les empêche de prester attention à ce que pourroient dire les acteurs... » C'est surtout à Pégase que l'auteur dut le succès de sa pièce; c'était la première fois que l'on mettait en scène un cheval de chair et d'os; on l'avait fait jeûner tout un jour, et l'on vannait de l'avoine dans les coulisses. Il fallait voir comme le pauvre animal battait du pied et comme les spectateurs battaient des mains ! on ne songeait guère au musicien. Et d'ailleurs, qui a jamais songé au doyen des « Amphions » de ce temps ? non-seulement personne n'en dit mot, mais encore on a supprimé ses airs édités chez Ballard [ Bien plus, on chercherait vainement dans les Gazettes de Loret et de Robinet ce qui a été écrit pour ou contre Dassoucy Elles ont été complétement expurgées à son endroit ]. Il n'en reste qu'une vague mention dans le catalogue de la bibliothèque du duc de la Vallière [ Première partie, n° 3539. - Airs de Monsieur Dassoucy, en musique, 1653, 4 vol. in-8o. (manuscrit sur papier, du dix-huitième siècle, contenant cinquante-sept feuillets).]

La pièce de Molière dont Dassoucy avait ambitionné de faire la musique n'est autre que le Malade imaginaire [ C'est de février 1673 que date le Malade imaginaire, improprement appelé pièce à machines, par Dassoucy ] et le nom laissé en blanc n'est autre que Charpentier. Ce qui le démontre, c'est d'abord ce passage : « Aujourd'huy que perdant M. de Lully... » Lulli venait (novembre 1672) d'obtenir le privilége de l'Opéra, aux lieu et place de l'abbé Perrin. Ce qui vient aussi à l'appui de notre dire, c'est que Marc-Antoine Charpentier a fait un voyage à Rome au moment où Dassoucy s'y trouvait : il a pu y avoir recours à la bourse de ce dernier. De plus, c'est lui qui a été chargé de composer la musique du Malade imaginaire. Voilà tout expliqué.

 

XI - Les dates exactes :

L'auteur des Avantures, de l'Ovide en belle humeur et de tant d'autres oeuvres burlesques , naquit en 1604 et mourut en 1674, selon les quelques biographes qui ont bien voulu s'occuper de lui. Qui sait si, à l'imitation de Loret, ils ne l'ont pas tué avant le temps ? En tous cas, ils l'ont fait naître trop tôt, comme l'atteste son extrait de naissance, trouvé dans les papiers de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont, et dont nous devons la communication à l'obligeance de M. Ravenel, le savant éditeur de la Muse historique. - Il est ainsi conçu :

 

« Du dict jour (samedy, XXII° d'octobre 1605).

 

« Charles, filz de Gregoire Coippeau, advocat en Parlement, et de Chrestienne Damama, sa femme, né le dimanche précédent, seiziesme du dict mois, sur les neuf heures du soir, baptizé par nous et tenu sur les fontz par noble homme M" Charles Dulis, conseiller du roy et son advocat general en sa cour des aydes, lequel luy a imposé (son nom),et Me Estienne Reillon, procureur au Parlement, et damoiselle Isabeau d'Herbis, femme de noble homme Me Jehan Lanoue, gentilhomme. »

 

Cet acte fait plus que rectifier une date : il prouve que l'empereur du Burlesque, ne s'est appelé Dassoucy que par droit de conquête. Pouvait-il , en conscience , s'intituler Coippeau, comme un simple avocat au Parlement ?

 

XII - NOTE BIBLIOGRAPHIQUE : ‘UVRES DIVERSES DE DASSOUCY.

 

Le Jugement de Pâris, en vers burlesques, de Monsieur Dassoucy; dédié à Monseigneur de Lionne. Paris, T. Quinet, 1648, in-4°.

Autre édition in-12, publiée chez Est. Loyson, en 1664, moins complète que la première.

 

Les Amours d'Apollon et Daphné, comédie en musique dédiée au Roy (en trois actes), par le Sieur Dassoucy. Paris, Raflé, 1650, in-8°.

 

Poésies et Lettres de Monsieur Dassoucy, contenant diverses pièces héroïques, satyriques et burlesques. Paris, Chamhoudry, 1653, in-12.

Dédicace à M. Bordier, conseiller dit Roy en ses conseils.

 

Nouveau Recueil de poésies héroïques, satyriques et burlesques, de Monsieur Dassoucy. Paris, J. B. Loyson, 1653, in-12.

Répétition identique de l'ouvrage précédent, sauf la dédicace, qui est ici à l'adresse du comte d'Harcourt. - Le Privilége reproduit le titre : Poésies et Lettres, etc.

 

L'Ovide en belle humeur, de Monsieur Dassoucy, enrichy de toutes ses figures burlesques. Seconde édition. Paris, G. de Luynes, 1653, in-4o.

Autres éditions in-12, de 1659, 1664, 1665. Celle de 1659 (Loyson) comprend de plus le Ravissement de Proserpine et le Jugement de Pâris. - Selon la Bibliothèque d'un homme de goût, la première édition de l'Ovide en belle humeur serait de 1650, et, selon le Catalogue d'un Amateur, la seconde aurait été publiée en 1651 en Hollande.

 

Le Ravissement de Proserpine, de Monsieur Dassoucy, poëme burlesque, enrichy de toutes ses figures. Paris, P. David et Pepingué, 1653, in-4e.

Autre édition de 1664, in-12.

Oeuvres de Monsieur d'Assoucy. Paris, Jolly, 1668, in-12.

Elles renferment l'Ovide en belle humeur, le Ravissement de Proserpine, le Jugement de Pâris et quelques autres vers burlesques.

 

Les Rimes redoublées, de Monsieur Dassoucy. Paris, Nego. S. D. in-12.

Le catalogue de Secousse donne à cette publication la date de 1671. - La pagination des Rimes redoublées est irrégulière. Après les 189 premières pages s'ouvre une nouvelle série de chiffres, allant de 91 à 136. Le dernier feuillet, non chiffré, comprend deux pièces de vers adressées, l'une à Lulli, l'autre à Dupré.

 

L'Ombre de Molière et son Épitaphe, Paris, J. B. Loyson, 1673, in-4,.

Le nom de Dassoucy ne figure pas sur le titre, mais il se trouve à la fin de la dédicace, qui est adressée au duc de Saint-Aignan.

 

La Prison de Monsieur Dassoucy, dédiée au Roy. Paris, Raflé, 1674, in-12.

L'édition de 1679 n'est autre que celle de 1674 : la seule différence consiste dans le changement de millésime, et dans la substitution du nom de Quinet au nom de Raflé.

 

Les Pensées de Monsieur Dassoucy, dans le Saint-Office de Rome, dédiées à la Reine. Paris, Raflé, 1676, in-12.

L'édition de 1679 (Quinet) est encore exactement semblable.

 

Les Avantures de Monsieur d'Assoucy. Paris, Audinet, 1677, in- 12, 2 vol.

Il y a des exemplaires de cette édition sous différentes dates et avec différents noms de libraires : 1677, Raflé; 1678, Audinet; 1678, Quinet.

 

Les Avantures d'Italie de Monsieur d'Assoucy. Paris, Raflé, 1677, 2 parties en 1 vol. in-12.

 

P. S. - Si, comme nous l'espérons, le lecteur fait bon accueil aux Avantures, nous publierons toutes les oeuvres burlesques de Dassoucy, et nous sommes certain d'avance qu'on ne les trouvera pas inférieures à celles de Scarron.

 

XIII - Conclusion ( par JB Chenique ) :

On ne connait pas les chiffres de vente de l'édition des Avantures par Emile Colombey. Mais il n'y a pas eu de suite.... Je pense personnellement que les oeuvres burlesques de Dassoucy - au moins celles qui sont accessibles - ne sont pas inférieures à celles de Scaron, du moins celle que l'on connaît. A mon sens, la pathologie " burlesque " de Dassoucy est différente : Scarron était gravement handicapé physique; Dassoucy a une pathologie plutôt psychique : il apparaît instable, plutôt alcoolique, pervers sexuel, certainement un peu paranoïaque. Dans ce sens, le témoignage de Dassoucy est extraordinaire pour qui peut s'intéresser aux marges de la société du XVII° siècle. Pour tout un chacun, on admets volontiers que les oeuvres de Dassoucy sont assez ennuyeuses et qu'il vaut mieux offrir un bouquin d'Arturo Perez-Reverte à un ami, si on veut le garder...